effort

 

« J’étais trop léger, ou pour mieux dire, je n’étais pas léger, ma propre personne me tenait trop peu à cœur pour que je tinsse à faire beaucoup d’efforts »   (In « souvenir du chemin de fer de Kalda », Récits et fragments narratifs, Pléiade, vol II, p 299)

maira-kalmans

Don’t know where, don’t know when

 

De retour au box-office nazis émus par les pleurs des super héros. D’un haussement de menton de leur bouche échappe « nostalgie du futur », au pied leurs femmes sans voix, éplorées, cris de joie. Assomption des pires rêves à bigotes que la télé-réalité récolte, viande brassée, tu fends le vent, personnage Snapchat tu entres dans la télévision, la poule et l’œuf se fécondent, le dilemme s’envole. L’histoire se déshabille, le présent semble immobile, l’avenir gueule en chambre close, les slogans résonnent, les images se recouvrent, raison et croyance associées donnent gueule à notre âme, le crime est parfait. Dans le clair-obscur les milliardaires effeuillent la marguerite des dieux-robots démembrés. Au balcon les robots affranchis et invités de marque apprécient la vue dégagée.

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la Cavalcade des Rêves

 

« C’est un bien joli travail, et qui fait beaucoup d’effet, cette cavalcade que nous appelons la Cavalcade des Rêves. Nous la montrons déjà depuis des années ; celui qui l’a inventée est mort depuis longtemps, de phtisie, mais cette part de son œuvre posthume est restée et nous n’avons aucune raison d’éliminer la Cavalcade de nos programmes, d’autant moins qu’elle ne peut être imitée par nos concurrents, elle est, tout incompréhensible que cela paraît à première vue, inimitable. Nous la plaçons généralement à la fin de la première partie, elle ne conviendrait pas pour la fin du spectacle, ce n’est rien d’éblouissant, rien de précieux, rien dont on puisse parler en rentrant de chez soi ; la représentation doit finir sur quelque chose qui reste inoubliable même pour la tête la plus grossière, quelque chose qui sauve la soirée de l’oubli, cette cavalcade n’est rien de tel (…) »  Kafka, récits et fragments narratifs, La Pléiade, vol II, p 647

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         « tel un pont » [Kafka, journal de voyage, août/septembre 1911, en train entre Prague et Zürich]

Les recherches d’un chien

 

« On peut vraiment dire que nous formons littéralement tous un seul groupe, quelles que soient les innombrables et profondes différences qui sont constituées au cours des âges. Tous en un groupe unique ! Quelque chose nous pousse les uns vers les autres et rien ne peut nous empêcher de satisfaire ce besoin ; toutes nos lois et nos institutions, les rares dont je me souvienne encore et les très nombreuses que j’ai oubliées, procèdent de nos aspirations au plus grand bonheur dont nous sommes capables, le chaleur de la vie en commun. Mais voici la contrepartie. Il n’est, à ma connaissance, pas d’autres créatures qui vivent aussi dispersées que nous autres chiens, aucune autre ne possède à perte de vue tant de différences de classes, d’espèces, d’occupations. Nous qui voulons tenir les uns aux autres – et ne cessons en dépit de tout, d’y parvenir dans des moments d’exaltation –, nous vivons séparés les uns des autres, dans d’étranges métiers, souvent incompréhensibles à notre plus proche voisin, attachés à des préceptes qui ne sont pas ceux de la condition canine et qui seraient plutôt dirigés contre elle ».   /  F. Kafka, Les recherches d’un chien, La Pléiade, vol. II, p 675

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qui ?

 

Dans les petites sucreries chéries qui se mangent toutes seules il y a l’histoire de la distinction de l’homme en tant qu’être de la langue. L’homme n’est pas un paysage facile à décrire de l’extérieur, il n’est pas un paysage.  Comme nous nous croyons parfois être à même de raconter le fil rouge de ce que sont nos décisions, les raisons les sentiments intimes qui nous y ont poussés, et qu’en même temps, nous sommes déjà dans l’incapacité de décrire à posteriori comment en être arrivé là (ni mieux éclairés quant à ce qui conduit à se poser de telles questions) alors par dépit nous concluons que « je est un autre » ; sinon d’avoir fait de l’aventure l’unique moyen d’être saisi par la vie, ou autre chose encore rendue à l’immobile, s’abandonnant à se laisser pousser une énième tête énuclée, recommencer, tout fout le camp.

"Nous roulons dans le futur en utilisant seulement notre rétroviseur."- Marshall McLuhan
          « Nous roulons dans le futur en utilisant seulement notre rétroviseur. » – Marshall McLuhan

quelle histoire au robot ?

 

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Maintenant que tout est prêt, quelle histoire raconter au robot ? — Un problème de mise au point et de focale persiste à propos de leurs yeux ; quelque soit la distance, réelle ou virtuelle, la macro seule fraye. L’opération qui consiste à juxtaposer, ordonner et ramener le champ du paysage dans une simultanéité souffre d’un tout léger temps de retard qu’on pense être une lenteur, une distorsion rétroactive. La question de la fixité démultipliée que son regard nous offre désespère : tout repenser sans savoir quoi devant la netteté, la clarté en tous points, le relief profond révélé… Nous bloquions à ce point désertés, dessourcés, à court d’informations.

Effet secondaire, son ombre quand il marchait c’est le paysage devant lui qui s’anime. Engagé et divisé, en apnée solitaire, il tente au crépuscule de freiner la plongée, scaphandrier au devenir poisson, au devenir vent. En grand fracas maintenant endormi dans les algues – il semble que le paysage en fasse sa créature. Contre cette créature en délibération frauduleuse dame nature se passera des hommes.