(* – Bachelard, La Terre et les Rêveries du Repos, Paris, Corti, 1948, p.296)
«II nous semble qu’on (pourrait découvrir) une véritable ligne de force de l’imagination. Cette ligne de force partirait d’un pôle vraiment vital, profondément inscrit dans la matière animée, — elle traverserait un monde de formes vivantes réalisées dans des bestiaires bien définis, — puis une zone de formes essayées comme rêves expérimentaux [ . . . ] , — elle aboutirait enfin à la conscience plus ou moins claire d’une liberté presque anarchique de spiritualisation. Tout le long de cette ligne de force, on doit sentir la richesse de la matière vivante; suivant le stade de la métamorphose, c’est la vie sourde qui brûle, c’est la vie précise qui attaque, c’est la vie rêveuse qui joue et qui pense.» Bachelard, Lautréamont. Éditions José Corti, 1951., p. 179-80
« Nous sommes devenus arrogants, nous ne connaissons pas l’histoire, et nous n’aimons pas ceux qui ne sont pas comme nous. » J-Cl Juncker — Clownerie testamentaire au levé du jour — sommes-nous des chiens?
« Nous avons tous été probablement trop arrogants, trop convaincus que les choses étaient correctes telles qu’elles étaient. » Andrea Orcel, Membre du Conseil exécutif et chef de la direction d’UBS Investment Bank, UBS AG — Storytelling Talk titrisé, probablement trop
Film de John Cage, produit et réalisé par Henning Lohner | USA | dvd | 1992 | 92 mn, N&B. Pièce orchestrale pour 103 instruments. «Composition solo pour opérateur-caméra 35mm»
Entre musique et silence, ombres et lumières, parenthèses de temps non refermées. Dix-sept variations reflets. Cage écrit: « One 11 est un film sans objet, il y a de la lumière mais pas de personnes, aucune chose, aucune idée sur la répétition et la variation. Activité inutile pourtant reliée, comme la lumière elle-même qui échappe à notre attention, sans contenu prédéfini, son pouvoir est d’engendrement, d’œuvrer à sa propre transformation. »
« 103 est une œuvre orchestrale divisée en dix-sept pièces. Les longueurs des dix-sept pièces sont les mêmes pour les cordes et les percussions – les bois et les cuivres suivent un autre plan … suite de chances… d’opérations aléatoires, le nombre des instruments à vent varie selon chacune des dix-sept parties. «
Lorsque ces deux œuvres sont jouées ensemble, le titre devient un 11 et 103. La pièce a été créée de cette manière en 1992 à la Philharmonie de Cologne, par la radio et Orchestre Symphonique de la WDR. Cette version vidéo a été supervisée par J. Cage.
« je ne veux m’engager dans rien (…) tenir les mains toujours complètement libres dans l’air, n’entrer dans aucune écorce, ne toucher à rien du moins directement, que les choses viennent avec des pieds muets, d’elles- mêmes elles entrent sans que j’entende aucun éclat de porte qui s’ouvre et se ferme, aucune ligne droite, aucune blessure, je ne les toucherai pas. » (1933) A. Giacometti, Ecrits, Hermann, 2001, p. 161.
« […] j’ai fait un immense progrès, maintenant je n’avance qu’en tournant le dos au but, je ne fais qu’en défaisant. » Alberto Giacometti, « Notes sur les copies », Écrits, ibid., p. 97.
Du temps passé, à aujourd’hui, du temps passé et d’un quidam arrivé là, au temps restant, à, où, aujourd’hui quoi ? quelle taille a ce jour ? Par bonheur pas de barrage sur la rivière, l’espace se rit de ce monde, tu enjambes le lit. Tu fais des souhaits, égal oui c’est un peu tard. D’un temps reculé reviendraient des lieux vierges, aux frontières intérieures volatiles, à la bonne fortune du jour d’un village étendu, le murmure conservé de vieux gardiens-jardiniers et de mères-jardinières, des imaginatifs, des contemplatifs, des fatigués, des fuyards – apparaissant sous les pluies, les inondations, creusant le sable jusqu’à la roche dont la brûlure solaire garde le corps, ouvre des galeries — s’enfonçant dans des forêts sombres qui se referment sur les passages, des clairières bâclées d’ouragan, des précipices, des… — tu cherches à tâtons les sentiers mille fois entretenus mille fois dissimulés par d’autres qui bifurquent, par chance tu trouves une grotte, le secours d’un sommeil profond. Sans savoir tu reviens, tu enjambes les exodes rabattus des morts animales humaines minérales végétales qui jonchent la frontière devenue inutile. Sous d’autres cieux à peine plus éloignés tu badgeais fidèle à ton poste d’animateur du parc; toutes sortes d’oiseaux aux chants plus doux que l’art, de coupoles magnétiques et musicales, de poètes assermentés, de restaurants d’antan, accueillaient les familles.
Tu disposais des plages de mousses rouge, dépliais dans le noir les fausses chronologies, fabriquais les secrets qui éclairent le cours incompréhensible des jours, évoquais « la grande campagne ; Tuez les moineaux » fatale à trente millions de Chinois, les remords les jeûnes et les méditations de Mao Tse Toung instruit par son hôte de la mécanique des fluides, du principe de Bernoulli, contemporain de Bach, des vertus du baijiu et de la chouette de Minerve, de Jacques Tati sorti droit du melon de Bouvard et Pécuchet.
Tu restais plusieurs mois rejoignant au soir le fond de ta grotte jusqu’à ce qu’arrive le bus de l’hiver boréal.