D'un plan sauvé des ruines

Au mois d’août 2019 après la canicule le sol se parsemait de feuilles d’automne précoce. Réveillées, légères, brûlées et effritées, portées par vagues, au vent ralenti, désorienté, par les rues désertes qui convergent toutes sur des places identiques. Revient le temps cette fois bien dézingué où se trouvaient les clairières et là les animaux leurs yeux collés à la fenêtre, sans même reconnaître qu’on leur parle, disparus quand on va voir, pendant qu’on parle le ventre vide. La fin du jour arrive qu’on a pas vue passer. Chaque nuit qui vient est plus claire, immobile, d’un groupe d’étoiles fixées longtemps, au bout de quoi impossible de ne pas s’avouer, voir que le ciel et la terre tournent très très légèrement dans ce corps, du sol au champ de vision entier. De retour, pour s’arrêter quelque part, et pris bien sûr à propos, ce coronavirus, par la question à savoir comment les psychotiques compliants font-ils pour être si singulièrement calmes depuis quelques jours ? Leur quête éperdue d’un sens prend fin en ce grand invisible, le Nord, qu’ils n’avaient jamais vu qu’après, noyé dans les ravages, qui n’existe en définitive que par circonstances passagères et là en particulier revenant, parce que chaque journée est unique. Ils découvrent, testent le terrain, d’un pas traversent l’horizon stable, tout se solidifie, tout est à la normale, aucune révélation. Leur moitié privée de parole se rassure. Ils tiennent ferme le mur pour les prochains arrivants largués, patients d’un nouveau genre, survivants venus de nulle part. Ils obtiennent cette distance qui ne vient plus d’eux, enfin débarrassés d’y être enfermé et d’avoir à la prendre.

L’ arche a oublié les arbres / @Josh Haner/The New York Times