totalitarisme inversé

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« Nous vivons à présent dans une nation où les médecins détruisent la santé, où les avocats détruisent la justice, où les universités détruisent le savoir, où les gouvernements détruisent la liberté, où la presse détruit l’information, où la religion détruit la morale, et où nos banques détruisent l’économie ».        Chris Hedges

nadir brumeux

Comme sous une mer gazeuse vertigineuse la pluie précédait l’orage, le ciel épais bleu-gris très sombre, inamovible, tremblait à peine pendant que la tempête dévastait la forêt. La nuit (ou bien le jour) qu’au début nous nous attendions à voir tomber, tombait désormais continument, la vue fendue d’ombres. Nous habitions à la ceinture de contrées urbaines aux maisons à prix flambant neuf. Des milices protégeaient la vue imprenable des terrains vagues sur pleine lune opalescente. Étendus au sol quand le bruit s’éloignait nous retenions l’amour en consolantes nostalgies. C’était une fin du monde moderne et spacieuse que dieu gouvernait d’une armée de robots auto-engendrés. Bien nés mais trop tôt nous enviions déjà le bonheur des générations nouvelles, planquées les unes des autres, dispersées à vaquer parmi les ruines, anthropologues réanimant le monde évanoui.

verbe-boucherie

Pour surseoir à l’oubli des mots, car leur sens avait été perdu, comme on respire en nombre on répétait les blocs-phrase du programme. Leur répétition, pour ne pas rendre fou, appelait la rengaine et ses errements, obligeait à la fuite en avant. Nous les prononcions vite, tel un mot étiré, variant les intonations, surpris qu’ils fourchent encore et trébuchent, les recouvrant sans réfléchir de mots pris au vol, s’intercalant, écornés, effarouchés, entraînant parfois de désastreux lapsus, retoqués à la va-comme j’t’pousse pour les dissimuler, en course folle sauve-qui-peut. Des phrases impensables qu’un instinct de survie, de légitime défense, muselait, l’ignoble déchaînement, à l’abris dans le carcan protecteur des murs défoncés, la poussière et une vieille ombre éthique. Nerveusement aux pauses on se taisait, et dès le dos tourné la conspiration du silence reprenait. Nous rêvions en secret, les organes des sens enflaient, engorgés, ballants dans un espace déserté, croupi. Un rappel à l’ordre coupait court ce galimatias hébété, l’imposition de termes techniques remettait d’équerre la langue morte du privé, sous couvre-feux de lois martiales : un nouveau champ de vision édifié où s’engouffraient les hordes barbares, imposant au silence le joug de la désolation, noyant la flamme du sacré dans les ruisseaux de sang, plus tard sous la chaux métaphorisés en saignée dame-nature, oiseaux muets, et tout alors redevenait uniforme.

Aaron Siskind

moi François Hollande

Jusqu’alors je me France, je me Français, je suis François Hollande, j’emporte les tunnels au fond de ma Citroën DS5, j’emprunte le tunnel du lac supérieur, je fends ses murs vierges, ses ondes de chaleur du temps, les élections m’ignorent, j’efface les sondages, je dépeopolise à tout va, des points lumineux glissent sous le ciel bleu nidifié qui m’attend, m’attendait, une grande âme blanche floconne encore le ciel, je suis la France, moi seul le peut, j’étais seul et unique à porter le possible, je ne peux pas être un autre, ni hier ni maintenant, il m’arrive de glisser, je n’ai pas de corps, j’ai la mission de vivre sans inconscient, j’ai juré et m’en suis privé (ne me demandez pas pourquoi) moi seul condamné au dernier mot, au plus proche de l’avenir, ses soupirs, ses extases, sa prison.

Rapidement Moi Lui Hollande président ai pris de la hauteur, j’ai endossé les costards à chef d’état, j’imagine qui être, mon obsession de la vitesse, d’emballer, le rêve vient lentement juste quand je me réveille, je cours la journée dans ses cachettes vides. Être là-devant quand tout le monde perdu.

Homme de poigne légère et de ruse aiguisée, ça fait une drôle de gueule, un amoureux léger et important des femmes, mais quelque fois le soir se dit-il quelqu’un de louche j’ai peur. Escroc par gentillesse de feindre de mieux savoir, d’être avant les autres à leur servir la solution toute faite, l’arrangement attendu de la bande. Serviteur qui n’aurait qu’un seul langage, incarnant la justice et dès lors assumant, bouclier de n’importe quoi et du chaos, le temps du pouvoir devient long. Adieux gênés et soulagés au socialisme, au socialisme achevé, on aura décidément jamais su ce que c’était, et puisque tout part se fait tard on se fera philosophe aux petites heures repentantes, rampantes de la barbarie.

massacrant

Aux messes d’enterrement c’est la vie qu’on enterre, on oublie la mort, la morte, on ne peut pas on se condamne, derrière au ciel feu le pape, un rideau de fer couvert de fleurs, on ose pas ouvrir les parapluies, on se sent chair enlacée et nouée dans un ornement, on a le vent qui nous étouffe, on ne voit pas d’où il souffle, les vitraux ont souffert de la grêle, on attend que la pluie passe on se casse on la fend, retour massacrant.

actualité au paradis

« Tout lu » d’habitude à l’aveugle, journaux livres écrans, n’importe quoi pour voir d’abord, ne faire que ça, continuer à voir, et réfléchir à vide, voir de quoi ce monde est fait plus loin, ce que ça laisse, à revenir. Hier déserté, de même dans la lancée, dans la room à patience des lentes fermentations, j’étends mon voile de jaïn, j’attends le filon rouge filtré goutte à goutte, et poussière dans l’œil, relisant les attendus du procès, à rebours voir l’entrée dans le décor.

Larry Towell. Un homme hébété ramasse un papier qui a été soufflé hors de tours après l'attaque du World Trade Center, et commence à lire. NYC. 09. 11. 2001

Presque toujours à l’éviter, à s’efforcer de mettre l’actualité le plus loin possible, ne lire que ce qui tombe un peu par hasard dessus, les filets des dépêches qui sous les yeux glissent au coin des yeux, un repérage lire-sans-lire, retenir du coin de l’œil, d’en savoir tout autant, le temps n’est trop rien, éponge d’ignorance en survol ou qui te tombe dessus. Ou bien, avant de s’endormir on partirait à la recherche d’un coin écorné qu’ignore le Cloud, sans richesse sans homme, traverserions à vol d’oiseau, l’actualité plein nez à s’asphyxier, se calmer, ne plus bouger, le journal sans date froissé juste allumer le feu, ne plus parler, faire dire aux animaux noctambules qu’ils te ramènent, tu les as entendu, aux balbutiements de la langue.

S’endormir, et revenir à l’actualité, des bouts d’histoires plus ou moins proches, à durée de vie variable, difficile à situer, des présupposés, des coïncidences vues ou pas dont on fera histoire, plus tard, il n’y a rien à comprendre, c’est assuré de n’y rien comprendre mais on est assuré de savoir, trempés dans l’air du temps, ça défile, on avance, on attend des explications. L’information à nous raconter sans même que nous nous en apercevions, un sablier à vie. Nous sommes une foule, ou en couple dans une suite, une pièce du puzzle dans l’image d’Épinal, pour en revenir au combat de la démocratie contre le terrorisme et de moins en moins sûrs à la fin sur rien.

Siroter à la paille l’actualité nous la valons bien, ce mixe entre produit et information du meilleur rapport qualité prix, candidat Win-Win, collaborateur à temps de cerveaux disponible, possibilité de gagner son congé aux Caraïbes, être à crédit.

Le passé se passe de visibilité, de commentaires, pilote les yeux fermés, à tombeau ouvert, il lit les pierres, la documentation, et pêle-mêle nous nous émerveillons de notre architecture et des projets d’urbanisation à grande vitesse, les traits tirés nous inventons des définitions. Des gens qui imitent des gens, la chaîne humaine.

Le quotidien ramené à ce qui fait que rien ne changera, les promesses s’adaptent, tiennent, et que l’avenir est à tenir bon, qu’il se rapproche de toute façon.

Les événements ont leur propre vitesse, nous croyons les voir s’arrêter, germinaux, essaim à prédictions, prendre résolutions. Secoué par leurs impacts, leurs imprévisibilités, ou du refus à les considérer et d’être tout le temps sans attendre, à la fuite en avant. L’événement est une découverte tardive, ou comme on entre dans le noir de la salle quand le film a commencé, les profils qu’éclairent la projection.

L’intérêt de l’événement avant d’apparaitre sous nos yeux est de remplir le vide dans le film des pensées. L’effet de son intensité ne regarde pas la distance de son point d’émission, le temps qu’on file a filé. Les lecteurs sont nombreux, on en vient à penser l’uniformisation à tout prix, c’est une nécessité, les vagues et l’horizon l’emportent sur notre lucidité. D’ailleurs à choisir nous préférons que le lieu, d’où nous l’observons, tangue à l’incertain. La distance où nous nous croyons placé cultive notre désir d’immortalité. Tenus à un pari dont nous avons oublié l’objet.

le monde, la merde et les prophètes

sans avoir vu revenir la neige le froid, ça dérape. alors qu’on allait faire le feu chez l’inaccessible hibernante, on somnolait quand même depuis longtemps    /    Révolution Ukrainienne, en live, dans libé « D’après le New York Times, la police ukrainienne géolocaliserait les opposants. Les citoyens se trouvant à proximité des lieux de manifestations auraient ainsi reçu un texto : «Cher abonné, vous êtes enregistré comme participant à un trouble massif à l’ordre public.»    /    France-Suisse : 0-0, HSBC: Paris a falsifié les listes d’évadés fiscaux volée par Falciani    /    Cazenave récuse et martelle      Un banquier d’UBS accuse    /    le paradis de la révolution, OffshoreLeaks : révélations sur l’argent caché des « princes rouges » chinois    /     les pauvres n’iront plus sur la lune; le rapport Oxfam     /     le monde, la merde et les prophètes, François Leclerc :

Détaché de toutes autres considérations que ses résultats financiers, le Pdg de Total Christophe de Marjorie a déclaré dans son petit monde de Davos que « l’Europe devrait être considérée comme un pays émergent ». N’ayant pas froid aux yeux, Douglas Flint, le patron de la banque britannique HSBC, a souligné qu’aucune autre industrie, « à part le nucléaire », n’a autant à démontrer comment elle est préparée à faire face à l’éventualité d’un effondrement de son secteur. Sont-ils bien conscients de la portée de ce qu’ils disent parfois ?