___________ #11

 

Pierres offertes aux mains la nuit. des jours où le vent donnait congé, quand le froid sortait de terre. Sait-on encore de quoi il parle ?

« D’abord où sommes-nous ? » avons-nous entendu. on le regarda, nous longions les parois de l’iceberg, on le réchauffe nous chuchotions-nous, on se promettait de lui redonner d’urgence des cours de langue : tes yeux, ta bouche, le lait, le soleil, les brumes.

.

___________ #10

blanc que la neige assemble, la nuit tombe sur la mer, derrière les rideaux le vent dans les cloches. à force d’échouer un seul mot suffit

temps cannibale

Max Klinger (Detail) la mort qui pisse, 1880le jour est de plus en plus court, le temps file, déborde, fatigue – une impasse sur la nuit, des stores, des nuits de plus en plus blanches, la mémoire longue qui s’endort, l’exigu gonfle à vue d’œil – n’avoir rien vu venir, tout ce temps volé, par quel tour croire que maintenant on sait ? réunis, exténués, déplacés par des rêves archaïques, tanguant de colère et malheur, prisonnier d’une ombre, temps vorace, et la mort riant te rattrape, malheureux, te dire tout ça n’est pas histoire de temps   /   Dehors la nuit et la neige. la méditation est une façon radicale de laisser le temps passer, la mort rit à chaudes larmes, ondule le silence. le bruit des combats approche et nulle place pour fuir. le rêve est un véhicule emprunté. les chemins passent entre les rêves pour les réunir, des syllabes s’y prennent, le chat suit des yeux les échanges invisibles

dans l’empreinte

La surface du puzzle s’est accrue jusqu’à épouser la moindre anfractuosité du dernier point visible. Puis le regard revient, s’attarde au plus petit point, se pose à portée de main, il croise Daedalus égaré creusant son labyrinthe pour s’en évader, revenir au plan. Pas la moindre seconde à perdre, pourtant il n’y a aucun temps en réserve, le temps qu’il imagine n’existe pas.

Par nuit claire quatorze milliards d’années dorment au fond des yeux. Les calculs nous dépassent, cinq à dix milliards d’années resteraient encore pour épuiser la connaissance de l’univers observable.

plancher

Je l’ai rencontrée il y a longtemps, il en fut déjà ainsi au premier jour, l’espace pivotait s’accélérait, la béance du soleil, les ombres amies prodigues. Il y a combien d’années ? Depuis j’abrège mes jours, je disperse le temps de l’origine aux creux des lisières microscopiques, les ombres allongées occupent la nuit, j’ai mangé du temps, je mange le temps d’encore, je laisse les brumes brouter l’avenir, le dos tourné. Ce que j’ai lu entendu vu se confond, s’éloigne un peu plus, la passion laisse un goût de fane ou croupit quelque part, compagnie pâle du refuge, indifférente aux catastrophes, un sourire à rien, des portraits des odeurs de couloirs sans porte où traversent des veilleuses aux lueurs ternes ensommeillées.

Comme ça, à moitié, de temps en temps pour de vrai, jouer la comédie, la vraie enfin, entrée en scène, masqué, seconde peau, présence amante sous capuche transparente ; voir s’élever et prendre sol, en vis-à-vis le miroir de ses yeux, s’étonner encore, d’un seul regard la multitude des visages, plonger dans le décor, puis se coucher sans rien penser, comptant repassant les images, le ciel blanc délavé, écoutant le plancher craquer, bienheureux.

lire en dormant

allongé le jour durant sous la couverture, entrepris lecture de « fonds perdus » (T. Pynchon) entrecoupée de micro-siestes, histoire embarquée lavée aux embruns du rêve, ciel immobile qui déborde un peu quand les yeux fermés se réveillent, arrêts ralentis, mon robot lecteur d’en face ne comprend pas encore, je m’élève dans son estime mais sa présence fait barrage, il est tard, il n’a pas de paupière et semble dormir, jour nuit s’entrelacent à la proue, les brumes où l’île s’enfonce.

%22Untitled (Hateruma-jima, Okinawa), de la série %22The Pencil of the Sun%22 (1971)