voir


 

Un seul coup d’œil embrase une étendue plus vaste que ce que l’œil borgne de la mémoire reconnait dans le décor rangé du bazar. Nous le voyons, sans y croire, et n’en avons pas le pouvoir. Les conquêtes mettent en pièces.

Ce qui retient. D’avoir à capter. À attraper ce qui a ouvert l’attention, l’a portée, ce qui est là et échappe, ce qui fut là. L’échappée ratée, lestée, et le rivage toujours plus vide. Un âne sans personne, une course qui nous dépasse.

Les yeux au ciel ne rien voir juste un instant accélérer le passage. Partir en pèlerinage rejoindre son lit. Ce faisant, sur la pointe des pieds, apercevoir la nuit. Près du rocher perdre tous ses mots.

 

sans suite II

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Le fou, vissé à la vérité: à moitié en vie, à moitié malade. Existence confuse à plein-temps, l’autre fleur toxique entêtante à jamais.

Couper la langue narrative qui lui sert de pont. Les cordes si bien tressées qu’un jour elles t’étranglent.

Il en fait trop. Son corps n’étant plus à lui sa bouche parle toute seule. « De l’eau, de l’eau » demande t-il. Plongé dans le bassin d’eau suroxygénée, il se plaque en position fœtale contre la paroi.

Depuis qu’il est bébé l’angélus sonne au-dessus de son lit. Quand il n’a pas dormi et après trois séries de trois tintements, il se perd à la pleine volée. Il délire des papillons des cygnes dormant sous l’édredon où ses oreilles se ferment.

L’attente des sirènes derrière les fenêtres rend insupportable les dernières mouches.

Zone de turbulence. Repos : la vague, ses ourlets. Sa lave, son silence, les poissons commencent à parler. La tourbe mouillée glissant dans les bottes.

Le lac, la chaleur, densité découpée, allée courbe, plonger, ruisseler de l’intérieur.

Le vent chassa la pluie, puis l’emmena.

Attendre le bruit de la pierre dans le puits, l’averse tombe, la tempête entrevue.

À rater sa sortie du corps suicidaire il perd sa voix, ce n’est qu’une oreille.

Le monde sonore, non-visitable, sa source, proche, multipliée, belle et trompeuse, résonances, son amplifié, et un peu plus de silence inséré, sur le bout des doigts. Puis les vases clos.

Silence démultiplié, écrans ouverts sur le ciel, entropie en images, parcours fléché magnétique.

Se rapprocher de soi, s’éparpiller, pressé d’arriver quelque part.

Le vent l’automne les feuilles les arbres s’élèvent, dispersion maximale les oiseaux en altitude équilibre redeviennent bavards dès le crépuscule.

La preuve se tient sous une pierre tombale. Je brûle mon malheur dans la cheminée.

Statue de Buddha trouvée dans le monastère de Tapa- Kalan :Mission Foucher 1923, cliché Godard,

sans suite I

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remise en ordre, perdre les pédales. les tristes mines de ses interlocuteurs ragent, exigent sa décapitation

ça fait partie du chemin à l’intérieur du labyrinthe, le labyrinthe n’a pas de centre, ou ce serait un cimetière

y a-t-il des ruines dans le labyrinthe ? bien sûr. percer des ruines et arriver aux pyramides, mort

devenir vieux, tresser des cordes noires et blanches, royauté défaite. tant de malheurs à oublier qu’il les perd en mémoire, qu’il y est perdu

perdre la mémoire, survoler frénétiquement, ruer dans les brancards. regarder ses mains et ne plus en avoir le souvenir

chercher une page blanche, un plateau, le temps pour toujours et l’espace pour en rire

sur quoi repose la musique pour attester du passage du temps ?

le fil à force d’être tiré rend la pelote plus lourde, c’est étonnant. des coutures sans aucun fil, c’est inimaginable, mais ça doit bien exister

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Moitié de tapis dit Jardin de Paradis Afghanistan, Hérat ou Iran, Tabriz ; 2e quart du XVIe siècle - XVIe
L’histoire se décompose en images, non en récits. (Walter Benjamin)

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classer ?

Il n’y avait de classement fait qu’après. Des marque-pages dépassant des histoires, des tailles dans la faille.

De toute façon ne gardant pratiquement rien ça pouvait bien attendre, d’attendre inlassablement à son tour décomposé, c’est à dire attendre avec plus de temps, honorer l’attente, balayer la place vide.

Night Watch, Cy Twombly, 1966

___________ #11

 

Pierres offertes aux mains la nuit. des jours où le vent donnait congé, quand le froid sortait de terre. Sait-on encore de quoi il parle ?

« D’abord où sommes-nous ? » avons-nous entendu. on le regarda, nous longions les parois de l’iceberg, on le réchauffe nous chuchotions-nous, on se promettait de lui redonner d’urgence des cours de langue : tes yeux, ta bouche, le lait, le soleil, les brumes.

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