les folies 11

 

Plus rien ne s’accorde, les chambres ne correspondent plus, les pièces sont des couloirs, des couloirs sur couloirs, au silence il culbute, tant de voix dans sa tête, une seule souveraine y ramène l’ordre, tranche, il est temps, toutes les autres têtes au dehors, le langage n’a plus de tête, une bouche affolée parle en ventriloque, balbutie, redouble d’efforts afin de détendre ses lèvres, prononcer le nom coupable qui se refuse, la tête parle toute seule, à voix haute, quel murmure, personne n’entend, trop rapide, légère aussi, des réponses ou l’écho, le méandre d’une voix lourde, sombre, décalée, ravie par la lueur d’ombres colorées. Des creux et ralentis, des franchissements du sas, un lieu où se poser, les mots s’approchent comme d’un miroir, la voix est forte et peut se taire, si près, de peur de réveiller les morts.

Raymond Depardon. San Clemente, hospital psychiatrique 1978-1979
Raymond Depardon. San Clemente, hôpital psychiatrique, 1978-79

insomnia * 01

 

Quelqu’un, partant d’une image bien précise, parle tout seul de l’invisible. Les systèmes de grands espaces y verrouillent tout événement et tournent en rond au pas du métronome. L’errance obtuse produit des faux-souvenirs. Des géants et des nains lisant les journaux s’y coupent la parole. Des folies plus grandes le prenaient dès qu’on l’approchait. Quelqu’un pendu à ses propres paroles se débattant pour dormir.

 

Les folies * 10

 

Son appartement un amoncellement de meubles aux portes sans accès. Les coïncidences muselées, sa carapace comme de l’eau mais en verre fragile, crevette dans le ventre d’une méduse, il parle en apnée.

En mission il git au fond des origines, quand tout est encombré il saute contre le mur de verre, d’un ultime souffle de rage sa douleur supprimée. Réanimé aux urgences, pacifié, la quête à la désolation est maintenant ouverte.

Renouveau, son image de dos, le bras levé l’appareil photo posé sur la tête, l’objectif tourné vers le miroir pour capturer l’aura.

Zak Smith

les folies * 9

 

Balayer toute la journée les allées du cimetière et se retrouver plantée au sommet de sa vie à minuit sans dormir. Descendre du grenier, monter de la cave, les escaliers menant à la cave et ceux montant au grenier lui étaient mêmes, au rez-de-chaussée elle bricolait sous la lampe un nouveau tableau de bord en fredonnant, quoique pleine de doutes. De temps à autre elle jetait un œil sur les poissons rouges qui tournaient en rond, à la fenêtre ouverte l’eau de la fontaine s’écoulait bleu et rouge, sur la table une boîte de sardines.

des ombres du paradis

 

Il est tordu assis sur le parvis devant le portail ensoleillé, les obsèques d’un grand homme attendent que passe le matin, les chanteurs presque prêts répètent dans le chœur au-dessus des touristes, les couronnes de fleurs s’amoncellent au pied de l’autel, un mendiant illuminé de toutes les idées schizos du monde contenu par la manche miraculeuse qu’il se fait, craint par tous, des yeux suivi sur la rive, dans sa barque le défunt.

poursuivre

 

Le moteur de recherche conduisait à des réseaux de plus en plus étrangers à ce qui était cherché, à ce qui devait être conduit, continué, à retrouver. Tu croisais d’autres tout aussi paumés et tu prenais le sillage des vrais fous. Les anges construisaient des programmes hautement transparents dont le rythme s’interrompait parfois à devoir chasser rapidement l’ombre minuscule d’un égaré qui s’approchait. Communément admis par nous et les anges le territoire de l’homme devait rester à l’écart et hors de la vue. Nous comprenions furtivement sur le tas que rien n’était clair, nous traiterons ça plus tard quand une place sera vierge.