insomnia ∼ 3

 

Il traîne, l’humeur sombre et avachie, dispersé, l’insomnie n’est pas visible au début, l’insomniaque se répète, s’emporte, les nuits s’accumulent, il devrait être fatigué, chaque heure comptée ralentit le film, dérègle la succession des jours, les jours sont dépassés, couverts d’histoires sur images fixes, de flèches et commentaires épars. En plein jour il fouine un indice du rêve, son utopie en loque, en jeans dsquared. L’insomniaque n’a pas seulement raté son train, il ne sait plus où est la gare. Son image dès l’aube s’efface, mêlée aux remblais, le chemin s’allonge.

insomnia / 2

 

Ficelles de l’insomniaqueatterrir dans le sommeil, suivre attentivement sans entêtement les paroles à la radio, flotter dans le flux jusqu’à ce que la voix parle toute seule en partant. Travail pratique paradoxal : se déconcentrer le plus rapidement possible par grande patience. Conduire une à une toutes les images projetées sur un seul plan, les maintenir dans ce cadre, apaiser le geôlier. Laisser défiler les images pensées, s’y abandonner, faire comme se départir de soi, rêver dans une fleur à chardons.

 

insomnia * 01

 

Quelqu’un, partant d’une image bien précise, parle tout seul de l’invisible. Les systèmes de grands espaces y verrouillent tout événement et tournent en rond au pas du métronome. L’errance obtuse produit des faux-souvenirs. Des géants et des nains lisant les journaux s’y coupent la parole. Des folies plus grandes le prenaient dès qu’on l’approchait. Quelqu’un pendu à ses propres paroles se débattant pour dormir.