Patrick Modiano, l’origine du roman, la solitude et Internet

Modiano à l’occasion de la sortie de « L’Horizon » /  Entretien Sylvain Bourmeau  /  Mars 2010.

En 8 épisodes, clic-clic :  2ème un roman du futur antérieur / 3ème chaos originel et guerre d’Algérie / 4ème des groupes et de la solitude littéraire / 5ème topographies et noms de personnage / 6ème liberté et intimité des personnages / 7ème  du bon usage d’internet en littérature /  8ième  à propos du débat sur l’identité nationale.

Un silence abrupt au milieu d’une conversation nous ramène souvent à l’essentiel : il nous révèle de quel prix nous devons payer l’invention de la parole. E. M. Cioran, Aveux et anathèmes.

conscience

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 Il passe, si je me médite

Si je m’éveille il est passé

F. Pessoa, Cancioneiro, poèmes 1911-1955

sans nous

L’homme est comme Macbeth après le crime : reculer serait pour lui beaucoup plus difficile et plus fastidieux que de persévérer, que de s’enfoncer davantage dans l’irréparable. Cioran, Cahiers 1957-1972, p. 224.

 


broderies sans étoffe

Jamais nous n’arrivions à nous perdre assez pour nous retrouver, jamais nous ne parvenions à toucher et à suivre cette coulée uniforme où la durée déroulerait une histoire sans histoires, une incidence sans incidents. Nous aurions voulu un devenir qui fût un vol dans un ciel limpide, un vol qui ne déplaçât rien, auquel rien ne fît obstacle, l’élan dans le vide, bref le devenir dans sa pureté et dans sa simplicité, le devenir dans sa solitude. Que de fois nous avons cherché sur le devenir des éléments aussi clairs et aussi cohérents que ceux que Spinoza puisait dans la méditation de l’être. Mais devant notre impuissance à trouver en nous-même ces grandes lignes unies, ces grands traits simples par lesquels l’élan vital doit dessiner le devenir, nous étions tout naturellement conduit à chercher l’homogénéité de la durée en nous limitant à des fragments de moins en moins étendus. Mais c’était toujours le même échec : la durée ne se bornait pas à durer, elle vivait. Si petit que soit le fragment considéré, un examen microscopique suffisait pour y lire une multiplicité d’événements ; toujours des broderies, jamais l’étoffe ; toujours des ombres et des reflets sur le miroir mobile de la rivière, jamais le flot limpide. La durée, comme la substance, ne nous envoie que des fantômes.

Gaston Bachelard, L’intuition de l’instant, Ed. Gontier Méd., 1973. p.32 ( ici )

musée Guimet - Divinité féminine, 1873 ou 1881. Angkor Vat (12e siècle) Louis Delaporte Marie Joseph (1842-1925)

dissoudre l’image

Chaque objet, de quelque nature qu’il soit, revêt pour nous la forme du monde et fait référence à l’histoire de ce dernier. Les concepts également, qui nous permettent de comprendre, ont pour nous la forme du monde, la forme intérieure et la forme extérieure du monde. Nous n’avons pas encore transgressé le monde par la pensée. Nous avancerons quand nous aurons totalement délaissé le monde en pensée. Il doit être possible, à chaque instant, de dissoudre tous les concepts.

[…]

ce qui est indispensable […] c’est que l’image du monde soit détruite par nous, toujours et par n’importe quel moyen ».

Thomas Bernhard, Perturbation, Paris, Gallimard, 1999, p. 190

au restaurant Lakeview

night & day

Welles. citizen kane. opening monkey 2Welles. citizen kane. opening monkey 1

L’horloge nous donne l’heure. Ce qu’est l’heure, on ne l’a pas encore établi. Et quant à la raison pour laquelle on nous donne l’heure –          cela n’a rien à faire ici.

L. Wittgenstein. Investigations philosophiques. § 363