Je me déplace, sans le savoir, à des vitesses de déplacements inclinés vers des cibles que je n’ai pas choisies, gentillesse et brutalité m’éprennent et changent à leurs points de rupture, de l’une à l’autre s’éprouvent, permutent dans un nuage, et me saturent alors… nous refixons une cible que nous loupons au premier coup, la flèche s’est encore perdue. Nous tombons sur des cibles fendues, joyeux même dans l’acharnement.
Catégorie : CHEMINS
masque
ni ce qui est neuf ou passé

Lorsque ma vie passait quelques tunnels obscurs je revenais souvent épier en pensée ce lieu continuellement retiré et silencieux où je n’avais jamais été. Plusieurs nuits s’étant rendues, la distance fut franchie, je relevais la tête; le lieu m’était méconnaissable, quoique certains éléments anodins d’arrière-plan, comme flous dans la mémoire, le désignaient lui assurément, mais par intermittence. Un brouhaha lointain régnait et j’entrepris mes jours à explorer les alentours pour remonter sa source. Passant du silence au brouhaha au silence je dormais beaucoup je ne sais où et m’égarais. Je laissais mes pensées se délier sans m’y interposer, interrompues par une alarme, persévérant sur d’infranchissables et ridicules obstacles. Je continuais très secoué en tous sens, ressaisi au sol, tiré lentement en arrière. Un peu plus loin tout le jour la lumière restait uniforme, un pays où on ne sait jamais l’heure quand on se réveille ni ce qui est neuf ou passé ni quand s’arrête l’interminable voyage.
trou d’air

Les fenêtres m’ont largué mais demeurent une belle découverte. Si la vie est longue et toute petite, la maison vue du ciel est un trou, une termitière de pierre, des couloirs aux vents froids.
Se déplacer dans un quartier vide et bruyant, éviter les ronces et les bulldozers, revenir, la maison vit encore, les murs dorment dans la nuit, des fenêtres retiennent la dernière seconde, les volets sont empilés à l’intérieur. Comment renaître dans un monde qui n’existe qu’à peine?
Derrière les rideaux s’étire la multitude des héros cassés, des amoureux sont passés, il y a longtemps que l’heure s’est arrêtée, certains ricanent à la télé, ton ombre se réchauffe, se colle à la lumière, les chuchotements du silence se sont tus.
Tomber, tomber mollement, apprendre à bien tomber, se déniaiser, roulant sur soi, se régler, pile électrique au réveil. Du corps le rêve se dessine, un creux se forme au-dessus au-dessous. Parmi les choses qui tombent un creux se forme aussi, les unes remplacent les autres. Ceux qui courent n’auront pas été loin.
nouer l’oubli
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Chaque matin c’est un autre que soi rassemblé dans ce corps. La trace légère des corps anciens cumulés y prend sa place vague, une poussière flotte dans un oeil de jade. Des matins difficiles à prendre conscience passent, et là debout bien avant le jour, un message m’ayant pressé d’écrire, décidé à faire quelques pas dans le jardin, la grande gueule de la mer soufflant à l’horizon, la nuit en suspens. Rattrapé par la journée d’hier qui n’était pas finie, et ses ombres errantes creusant la nuit, la coupe blanche des rêves qui la renouvelle renversée, vide. Cruelle pensée alors qu’une vie entière soit une seule et même inlassable journée, fenêtre dans le cachot du monde.
dedans dehors
Il parcourt le désordre des archives, son territoire l’encombre, parmi des lignes d’erre il rassemble les éclats d’un terne puzzle. Le lieu où s’avance l’historien est vertigineux, devant le pont il voit ce qui a disparu, le pont a disparu. Plus tard lui-même s’écroule de fatigue dans son fauteuil. Au bout de la nuit il y a un point, c’est une montagne de ciels qu’il faut remonter, disparaître dans la montagne de ciels.
Quand il rêve il y a ce mur, au pied du mur et au-dessus sa ligne à perte de vue, assez large pour y poser un avion, y passer des voitures, des trains. Le désert qui précède l’entrée est si vaste qu’on y croise pas une âme. Il reste dans l’angle du mur jusqu’à ne plus le voir, il s’y engage alors, la crête tient force de hauteur, son regard s’absente, ignore ceux qui reviennent ou arrivent, comment savoir, les mots ont pris le vent, inaudibles, serrés, prêts au silence.





