A Smoggy Day in Old L.A

“Deliverance” Llyn Foulkes, 2007 -- “He’s not even a real mouse / he’s that rat that lives in your house.”
“He’s not even a real mouse / he’s that rat that lives in your house.” “Deliverance” – Llyn Foulkes, 2007

Homme orchestre, chanteur de paysage embrumé, Llyn Foulkes conduit son tacot The Machine, assemblage de batteries, tambours, cymbales, de cloches de vache, d’un glockenspiel, de cornets poire et cornes de brume, pied de nez au pif et la barbe des Mickey’s.

s’éclipser

Shoji Ueda, Dunes, Portrait of Mr. Sohji YamakawaJe peux vous rassurer ? vous avez parfaitement raison, même si, à titre personnel, voyez-vous, je n’en sais pas plus, sur cela-même, en vous confiant que je partage, jusque là, depuis toujours la même opinion, c’est à dire la vôtre. Aussi est-il encore temps que je vous quitte, nous garderons ainsi l’un de l’autre le meilleur des souvenirs.

Il était assuré que lui-même valait moins que tout ce qu’il faisait, tant pis, même s’il voyait que tout le menait à la catastrophe c’était encore un jour de gagné.

météo du vent

Ce matin la météo signalait un défilement de nuages, un temps d’orage puis, de faibles averses, des courtes éclaircies, des vents forts et pluies en rafales — jusqu’au soir, puis calme et douceur. La radio n’avait pas prévu une succession et un ménage de cieux déferlants si mal agencés. Surpris comme tout le monde, nous nous regardions en chiens de faïence tirant têtus des humeurs noires sous cette pluie lourde et froide qui se répétait entre chaque orage apprécié quand on croyait de loin l’éclaircie, ses éclairs de nuit rageuse — tu as vu partir en aquaplaning deux voitures qui t’avaient dépassé et tu te demandes pas comment tu as fait pour traverser entre les débris qui volaient, glissaient sur l’eau, tu te souviens pas de tes pneus trop lisses. Mais le soir il faisait beau, beau et froid, du banc on voyait sur un panneau indiquée la présence d’un magasin monastique, de petits panneaux blancs plantés au sol fléchaient le chemin sous des arbres centenaires parmi les petits cailloux blancs de toute éternité, petit morceau de paradis entêtant qui se passerait bien des hommes. Il pensa aussi qu’une histoire telle le ciel d’un jour, arrive là, ou ailleurs, comme le vent : l’histoire est un grand râteau édenté manié par un bourreau au nez rouge.

activité bocagère du vent à l'ombre dormante d'une oasis
activité bocagère du vent à l’ombre dormante d’une oasis

 

un monde facile comme boîte

La porte est entrouverte, des têtes et des pieds soudés de poupées gigognes émergent de l’amoncellement qu’elles forment, un tas à taille de robe, une poupée nue sort. Il se rappelait rarement un rêve, une conque sombre de silence, peut-être l’odeur de sable sec, de vent trop chaud qui s’y emprisonne – et aussi au bout du défilement de gros problèmes de poupées, dont une refuse de s’emboîter, trop petite pour celle qui la précède, trop grosse pour celle qui la suit.

Oui les possessions dépossèdent autant que la jouissance inconstante et frustrante que nous en tirons. Des boîtes il arrive, j’exagère, certaines fois, d’en voir partout, sans compter, de les remplir tout à l’avenant sans prendre garde, méditation nez à nez avec un coffre dans une décharge oubliée, déséquilibré aux tremplins à fixations immatérielles.

Ou à l’arrêt, possédé par une façon de voir, retenir, trouver du regard où reposer ce qui d’évidence ne tient pas en place, échappe comme la journée qu’agite joyeusement le vent, où ma tête tente de tenir, loin de moi, tandis que des tirs au-delà derrière la vitre du train éblouie de soleil. 

Souvenirs sur fond de tiroir, lumière éteinte, deux ailes alignées ouvertes côte à côte, couchées, le squelette qui se retourne.

Une boîte détournée de sa fonction recueillerait des boutons de nacre mêlés à du sable ; ersatz fossile. Pour boîte-reine s’endormir à la fenêtre d’une maison de bord de la mer.

La boîte de Pandore, écrit Hésiode, est l’écrin de l’espoir, lequel est poison des poisons. J’écris « Écrin » car le mot fait pendant au détestable « espoir », un tombeau lesté qui ne coule pas.

L’expression pour le moins raide et toxique sortir en boîte persiste, justifie de soutenir abondamment le monde dans sa danse désorientée d’atomes et de cellules, suivie par un Kaléidoscope à pleine main, aspiré dans une combinaison hétérogène de formes emboîtées.

Sous l’agrément de la lampe d’Aladin les boîtes à satiété reflètent le jour qu’il fait, ouvrant leurs tiroirs à ce que nous trions. Une armée de petits robots, visibles et invisibles indissociés, remédie à l’infructueuse quête, prompte à essuyer nos larmes.

Ramené à la dimension boîte au monde tout est permis, pourvu qu’elle contienne un bout où s’y révèle une quelconque image, qui n’arrête pas le vole libre du voile. Réduire ainsi le monde libère d’un clin d’œil les injonctions furieuses et rébarbatives des réducteurs de tête, laissés cois.

Autrefois, les tiroirs abritaient des bondieuseries miniatures, des répliques de fouilles imaginaires sous les crèches, des reliquats d’ontologie archaïque, croix, médailles, chapelets, candélabres, fioles de Lourdes, figurines de porcelaine, de fer ou de plomb, ou couchées sur des cartes postales. Et les odeurs, d’ustensiles obsolètes, ampoules, stylos, gomme, plumes n°de téléphones griffonnés, pièces billets d’anciens voyages etc.: amas, collection fortuite devenue étrangère au temps où on en eût l’usage; archéologie du quotidien désaffecté, pour un temps désormais où glissent tiroirs, archives, dans le caisson d’un disque dur. Odeur de tiroir vide d’ancienne présence, odeur qui n’existait pas, dois-je reconnaître, et, sans y pouvoir faire vraiment, d’écarter la fausse nostalgie, la tentation d’apparat  à regarder d’anciennes photos si promptes à retenir ce qui jamais n’exista.

Les boîtes te tombent dessus et tu retombes sur une boîte — les boîtes sont de toutes sortes. Des mentales, opaques et virtuelles, solaires et obscures, dont les ajours inondent de biens supposés la trappe des coffres-forts — les simples, les visibles et faciles contiennent ce qu’on ouvre, et de n’en pas savoir à l’avance quoi, ouvrant la porte du labyrinthe tel le sommeil le rêve.

Des boîtes tu faits donc cuisine du jour, décrète le monde sous trois menus, trois mises en boîte : les mentales, les simples, et les plus belles, les entre-deux, les délicates, les transmuables, mutantes, en lisières; celles qui ouvrent les yeux se nommeront le cœur. D’autres viennent par surcroît en paradoxales «sous-catégories», les semi-simples qui nous tiennent tant, extirpant des énigmes policières l’événement, trou dans la boîte qui permet de relier un effet à sa cause. L’horloge reprenant sa course.

Tu retrouves ta boîte qui repose de la route au pare brise qui d’un long voyage disperse l’infini. Vidée et décevante qu’importe l’illusion se contente de ce que la boîte disperse, utile sans doute un jour. Les boîtes sont fidèles, empilables, juste pour les voir tomber, n’en plus voir que l’image, des couleurs ou des signes. Un pied s’écrasant à moitié dans leur fatras, leur gravitation défunte, l’autre s’en relevant, sortant des images-boîte qui délivrent un contour. Abandonnées elles laissent leur couleur, quand seules tes mains les ouvriront.

boîte à images / 4

Nous sommes quelque chose qui se déroule pendant l’entracte d’un spectacle ; il nous arrive parfois, par certaines portes, d’apercevoir ce qui n’est peut-être que le décor. Le monde entier est confus, comme des voix perdues dans la nuit.   —–   Pessoa

la classe ouvrière n’a pas de patrie

J’ai engagé un tueur (I Hired a Contract Killer), Aki Kaurismäki, 1991.