Saxifrage

 

Ne t’écartèles pas, si tu ne la vois pas, laisses passer, abandonnes, va comme à cheval sur la première image venue, rien ne préoccupe, excentres-toi (avant de disparaître derrière soi les choses semblent plus lumineuses). Reprend, concentré sur un point, dans la roche, tu as beau creuser à même la roche il se trouve une faille et tu tombes. La vitesse prise brutalement cesse. Par ailleurs, même si la demeure planquée s’avère inconfortable, tu dois continuer, tu t’enfonces, l’espoir invraisemblable s’érode tout de même, le temps ralenti. Au centre du territoire uniforme aussi long que large s’éteignent les cercles.

 

poursuivre

 

Le moteur de recherche conduisait à des réseaux de plus en plus étrangers à ce qui était cherché, à ce qui devait être conduit, continué, à retrouver. Tu croisais d’autres tout aussi paumés et tu prenais le sillage des vrais fous. Les anges construisaient des programmes hautement transparents dont le rythme s’interrompait parfois à devoir chasser rapidement l’ombre minuscule d’un égaré qui s’approchait. Communément admis par nous et les anges le territoire de l’homme devait rester à l’écart et hors de la vue. Nous comprenions furtivement sur le tas que rien n’était clair, nous traiterons ça plus tard quand une place sera vierge.

 

Grotesque

 

« Le monde du grotesque est plus ou moins terrible et étranger à l’homme. Tout ce qui est coutumier, banal, habituel, reconnu de tous, devient de but en blanc insensé, douteux, étranger et hostile à l’homme : son monde se transforme soudain en un monde extérieur. Et le coutumier et rassurant révèle soudain son aspect terrible ». Mikhaïl Bakhtine, L’œuvre de François Rabelais… Éd. Gal., p. 48

 « Nous sommes tellement affectés et terrifiés du fait que notre monde cesse d’être censé que nous pensons ne pas être à même de pouvoir vivre dans ce dernier. Le grotesque insuffle la peur de vivre plutôt que la peur de la mort. Structurellement parlant, le grotesque rend impossible les catégories à travers lesquelles nous tentons d’appréhender le monde « . Wolfang Kayser, the grotesque in Art and Literature, Éd. IUP, p. 184

liquidation

 

« En réalité, il connaît la signification de son acte. Il sait qu’au fond, il a refermé – ou plutôt, liquidé son passé. Il comprend enfin ce qui le meut réellement : « la passion de la liquidation, écrit-il, dont la cause est impénétrable. » On lui demande s’il veut que ses manuscrits donnent lieu à une exposition. Non, répond-il, il ne le veut pas. Il ne veut plus jamais revoir les traces des combats de sa vie, ces écrits de combat. » Imre Kertész, L’Ultime Auberge, p 153, Actes Sud

besoins

  « Ne cherche pas de sagesses ultimes car il n’y en a guère. On ne pense pas d’après la vérité, mais d’après ses besoins, et plus l’on se confronte à ses besoins plus on est sage – pour autant que par sagesse nous comprenions la liquidation de nos propres besoins ».  Imre Kertész, L’Ultime Auberge, Jardins de trivialités, 18 juillet 2009, Actes sud.

 

raconter encore

 

Les premières histoires que nous écoutions furent celles racontées à propos d’inconnus que de loin, cachés nous épiions. Nous nous sommes donc habitués au mensonge qui est, dit-on, une méthode qui aide à se connaître. En quête de ce qui reste et de ce qu’on ignore, nous revenions nous échouer derrière cette cache pour raconter encore.