m o n . n o m

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J’entendais mon nom sans savoir qu’il s’agissait de moi. Par déduction à force de l’entendre, quelques furent les autres autour, je compris peu à peu, avec les jours qui passaient et les inconnus qui s’approchaient de moi, les inconnus le restant, qu’il s’agissait bien de moi ; c’était plutôt bien pour commencer à marcher, pour aller quelque part, le plus loin possible : juste entendre flotter le nom qui était celui de la voix de la mère.

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Microgramme 117

Walser, inlassable jardinier du désert philosophique, dormant l’été, buvant au feu du regard la neige d’hiver, à la nuit décomptant plutôt que du mouton les corbeaux déteints dans les flocons des jours.
 
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 Face à son être merveilleux
ne soyons pas révérencieux,
surtout, n’en faisons aucun cas,
sinon lui-même ne s’y retrouve pas,
devient bizarre et tout grincheux,
il suffit de lui dire ; « viens-ça ! »,
et là-dessus, hop, le voilà !
Mais lui réserve-t-on caresses, chatteries,
Il devient chat qui griffe,
s’arrête et se rebiffe.
Si on le dresse avec rouerie,
Et le traite comme un toutou,
quel bonheur il affiche, tout
rond et rubicond de joie
corps et âme il déploie.
Si l’on voyait toutes ses humeurs,
on resterait frappé de stupeur.
À peine croit-on l’amour idéal,
qu’il devient supplice infernal,
bref, en gros, on peut bien penser
qu’il a du plaisir à danser,
car ce qui le distingue le mieux
remonte au temps des aïeux,
surtout ne fais jamais son éloge,
sinon, sois-en sûr, il déloge,
ne lui demande rien, il sera là, pas loin.
 
Robert Walser, l’écriture miniature, microgramme 117, P. 49 Zoé


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 » Il me plaît de comparer mes petites proses à de petites danseuses qui dansent jusqu’à ce qu’elles soient totalement usées et s’écroulent de fatigue « . 
Stray Ghost – Music for Robert Walser

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« — Sauf qu’il est »

« Je suis maintenant un vieil homme, et, comme beaucoup d’habitants de notre vieille Europe, la première partie de ma vie a été assez mouvementée : j’ai été témoin d’une révolution, j’ai fait la guerre dans des conditions particulièrement meurtrières (j’appartenais à un de ces régiments que les états-majors sacrifient froidement à l’avance et dont, en huit jours, il n’est pratiquement rien resté), j’ai été fait prisonnier, j’ai connu la faim, le travail physique jusqu’à l’épuisement, je me suis évadé, j’ai été gravement malade, plusieurs fois au bord de la mort, violente ou naturelle, j’ai côtoyé les gens les plus divers, aussi bien des prêtres que des incendiaires d’églises, de paisibles bourgeois que des anarchistes, des philosophes que des illettrés, j’ai partagé mon pain avec des truands, enfin j’ai voyagé un peu partout dans le monde … et cependant, je n’ai jamais encore, à soixante-douze ans, découvert aucun sens à tout cela, si ce n’est, comme l’a dit, je crois, Barthes après Shakespeare, que « si le monde signifie quelque chose, c’est qu’il ne signifie rien – sauf qu’il est. » Claude Simon —  Discours de Stockholm.

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Le photographe britannique Tim Hetherington et le cinéaste et photographe américain Chris Hondros ont été tués en avril 2011 alors qu’ils couvraient le conflit en Libye.  Hetherington, laisse ce journal-vidéo, « Diary », réalisé quelques mois auparavant.
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demain a existé

BUGGE WESSELTOFT – Existence – 
I AM NOT MOVING – Short Film – Occupy Wall Street
 Dustin O’ Halloran – We Move Lightly

 

19 02 2012 les escaliers glacés et la mer

« la campagne doit être heureuse »
 on y vient, la viande:
« toute la viande distribuée en Ile-de-France est halal »
Pêche Yogie le méga-yacht de Stéphane Courbit a fait naufrage en mer Egée

lucarnes dominicales

« De tout temps le bruit court ou encore mieux l’idée a cours qu’il existe une issue. Ceux qui n’y croient plus ne sont pas à l’abri d’y croire de nouveau conformément à la notion qui veut tant qu’elle dure qu’ici tout se meure mais d’une mort si graduelle et pour tout dire si fluctuante qu’elle échapperait même à un visiteur. Sur la nature de l’issue et sur son emplacement deux avis principaux divisent sans les opposer tous ceux restés fidèles à cette vieille croyance. Pour les uns il ne peut s’agir que d’un passage dérobé prenant naissance dans un des tunnels et menant comme dit le poète aux asiles de la nature. Les autres rêvent d’une trappe dissimulée au centre du plafond donnant accès à une cheminée au bout de laquelle brilleraient encore le soleil et les autres étoiles. Les revirements sont fréquents dans les deux sens si bien qu’un tel qui à un moment donné ne jurait que par le tunnel peut très bien dans le moment qui suit ne jurer que par la trappe et un moment plus tard se donner tort de nouveau. Ceci dit on n’en est pas moins certain que de ces deux partis le premier se dégarnit au profit du second. Mais de façon si lente et si peu suivie et bien entendu avec si peu de répercussion sur le comportement des uns et des autres que pour s’en apercevoir il faut être dans le secret des dieux. » S. Beckett, Le Dépeupleur