qui est-ce ?

« Qui est-ce ? Qui se promène sous les arbres du quai ? Qui est à jamais perdu ? Qui ne peut-on sauver ? Sur la tombe de qui pousse l’herbe ? Des rêves sont venus en remontant le fleuve ; avec une échelle ils escaladent le mur du quai. On s’arrête, on cause avec eux, ils savent bien des choses, ils ignorent seulement d’où ils viennent. L’air est bien tiède ce soir d’automne. Ils se tournent vers le fleuve et lèvent les bras. Pourquoi les lever au lieu de nous étreindre? » (Alexandre Vialatte, Les fruits du Congo p. 384, Col. L’Imaginaire, Ed. Gal.)

tintinnabuli

habillée d’ombres, éclose en fin de nuit, tombée le matin, close, absente au midi

désolation moderne, délectation morose

À la télévision, aux émissions animalières, les maîtres lancent des regards furtifs sur l’animal, ils l’évitent car la caméra n’attend pas, elle va comme elle veut, ils doivent être là, ils sont là perplexes et fiers, un air de charmantes créatures prend, une fusion où le passeur s’efface, et laisse d’un geste appuyé voir le miroir pénétrer leurs yeux. Un masque prenant visage et l’âme se revigore, une jeune pousse retrousse ses jupons, abandonne l’écran, le ciel est bleu, les images de voyage en drone commencent. Regarder à la télévision la fenêtre de ses semblables qui regardent la télévision réconforte. Un à un ensemble nous nous endormions mutuellement.

Après la barbarie venue, les maîtres se reprirent et gravirent d’un cran. À peine poussés par une main invisible ils s’enrôlent à titre d’ «animal de compagnie». Maîtres ainsi faits, béatifiés et désonglés, êtres «immatériels de l’humanité». Comme fous du roi, egos servis en pâture, à l’affut d’une saveur, ils se regardent dans de vieilles faïences à recoller. Maîtres préservés en tant qu’origine, maîtres de cérémonie des origines, endossant ce qu’il y avait de plus crédible, de plus enviable. Perdure la fascination des momies, de découvrir la nuit dedans. Maîtres probablement dévolus poètes, une dignité offerte. Capables au cours de promenades interminables et désappointées de passer entre toutes sortes de brèches, de promener leur lanterne sur des inaperçus, de l’inédit, et de voir comment le ciel est devenu. Maîtres des vertus animales.

L’homme se hissait sur une scène interprétant « les athées ne savent pas ce qu’ils perdent » : des lumières fantômes, des politesses, de la misère, de la révolte, de la douleur, du sang, de la chaire, la mort, bref ce qui fait l’homme auquel on s’accroche, on se serre : toutes choses que le public ignorait.

La représentation se devait d’atteindre au magnifique, à l’événement d’un jour, afin d’être au plus vite effacée efficacement par la vie, de ne pas l’assombrir au delà. Elle ne devait presque rien raconter, juste ce que le public avait devant les yeux.

La sorte de public n’était pas celui du métro, ni du travail, ni de la télévision, ils étaient on ne sait d’où, ils étaient de là car ils étaient innombrables, il y avait des milliers de salles comme celle-ci, ils étaient comme d’avoir été longtemps reclus, c’est à dire d’avoir oublié la présence des hommes ; la scène exacerbait en lui, le public, une attention cannibalique ultra raffinée, et à leur tour de se retourner, d’en revenir aux siens, d’y appartenir. Les hommes pensaient-ils, passaient leur temps à courir après le bonheur et l’anéantissement, s’essoufflaient à cette course hostile. Au bonheur fuyant, ils préfèrent plus surement l’anéantissement. Quant à lui-même, le public savait que son monde (bien qu’à peine constitué) n’échappait pas plus à ce sacré foutoir : il leur restait juste un peu de place, entre la scène et les rangs, ainsi que dans les poulaillers, encore quelques places pour voir le spectacle.

 

dans l’empreinte

La surface du puzzle s’est accrue jusqu’à épouser la moindre anfractuosité du dernier point visible. Puis le regard revient, s’attarde au plus petit point, se pose à portée de main, il croise Daedalus égaré creusant son labyrinthe pour s’en évader, revenir au plan. Pas la moindre seconde à perdre, pourtant il n’y a aucun temps en réserve, le temps qu’il imagine n’existe pas.

Par nuit claire quatorze milliards d’années dorment au fond des yeux. Les calculs nous dépassent, cinq à dix milliards d’années resteraient encore pour épuiser la connaissance de l’univers observable.

pain changes every shape

pain changes every shape

once you are truly lonely
you will never be alone

feel my hand
I feel you
touch my cold hand
I will take you
from her
to your new cold land

I have chosen you
my only love
those others
they search for you
but
where they search
they will never find you

after the leaves fall, spring returns
after love is parted, it returns
all you have to do is
come with me
and wait
one day she will be lowered in the earth
beside you
my hand will guide her home
to the place where love is
and no pain

when that door opens
you will be healed

dearest man, dearest woman
dearest boy, dearest girl
dearest mother, dearest father
dearest son, dearest daughter
you will never leave me

you listen
you are silent
you feel me leaning towards you

nothing escapes me
not the warrior
not the hunter

everything awaits the way it changes
when life falls away
that is the meaning of the swan
and its song

the night can’t last forever
nor will this sleep
beyond this sleep is light
forever light
until that light can shine
until you see it shining
sleep sweetly here
in the cool, dark night

le dimanche d’après

hiver 1932

Voici les récits que racontent les Chiens quand le feu brule clair et que le vent souffle du nord. La famille alors fait cercle autour du feu. Les jeunes chiots écoutent sans mot dire. Et quand l’histoire est finie, ils posent maintes questions:

Qu’est-ce que l’homme ?

Qu’est-ce qu’une cité ?

Ou encore, qu’est ce que la guerre ?

Siodmak, RobertMenschen am Sonntag (People on Sunday, 1930)