Les sociétés finissent toutes par se rendre littéralement invivables. L’histoire, sans avancer, sans retour, se meurt de tanguer, d’être invraisemblable, vie et mort égales en même temps, virus, guerres, climat, puissances impensables. L’histoire se raconte après, pour rendre vraisemblable ce qui devient le passé. L’histoire tardivement revient au language. Alerte d’un demi-siècle pour se faire entendre, toujours pas déchiffrée un demi-siècle plus tard. Ce qui arrive est le début de la rencontre d’un temps de terreur, application précipitée d’un vieux plan prévu durer cent ans où personne ne descendra du train. Que faire du temps qui nous est imparti ? Si l’histoire est prévisible alors il n’y aura plus d’histoire, on appelle ça l’apocalypse.
Catégorie : Zik’
interlude
les pieds du vent
Formes éparses suspendues dans l’air, qui s’allongent, s’éclipsent et réapparaissent, se délestent, s’appesantissent, s’associent, se divisent, les jours avancent, reculent. Refuge du miroir, l’illusion d’une distance, l’insondable pour distance.
Ciel bleu, lumière, nuages ourlés en nuances de blancs, ensemble d’une vingtaine de nuages que l’oeil, à cette distance du bleu, englobe clairement, revenir aux dimensions palpables parmi les grenouilles de l’étang.
campagne / 3
C’est d’un fauteuil où les dimanches après-midi meurent sereinement dans les jeux d’eau des fontaines que nous nous levons pousser des landaus escortés de papillons. Avec une paresse d’aveugle-roi encore une fois nous passons devant du linge aux fils, du soleil du vent, des papiers-peints de pièces éventrées. Les nuages font une blanchisserie au-dessus du silence des villes dévastées.
Il y a un an j’étais ici à la cueillette des myrtilles. je compte ainsi le temps. Au retour je marchais dans les rues vides de ce bled groggy, la coupe du monde par les fenêtres ouvertes. L’équipe perdait car tout était silencieux, en mode mi-temps du monde présent.
Approcher les corbeaux fort nombreux dans le parc, c’étaient eux qui marquaient la distance, qui inscrivaient en fuyant la ligne de démarcation, notre présence de trop. Les grands vents froids et piquants les rapprochaient de la maison; dès que quelqu’un en sortait, ils disparaissaient longtemps. Les cyprès du cimetière s’en couvraient en grappe. Les longues averses sans eux inondaient l’étang.
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Monter un pont, pierre par pierre toutes hissées du lit de la rivière. En dessous le soleil tape, la maladresse se dissout dans l’air amolli, le temps de s’attarder prospère, à midi le langage s’en va, à son chevet les paroles sont contredites.
Pendant la taille des pierres, se répéter ce qu’on dit pour conjurer le sort.
Ce caillou est descendu intacte des sommets. La caresse de la rivière en fait son sable. Les nuages traversent la montagne.
Le seuil est une ride d’éternel. Derrière la porte les ruines, autour d’elles le béton. Sur le seuil le sable, la terre, les feuilles, la pluie, la neige, la pierre.
Tendus vers une fin manquée toujours. Travail laborieux du scribe. Apprendre à couler, imaginer la mer. Seul le vent sur le visage.
Derrière elle la mer. Devant ses yeux la mer encore. Demi-lune dans les embruns.
D’épuisement ou par l’inanité de tout, arrive un peu de la douceur et de la fluidité du jour.
Pourtant même en plein brouillard le temps file si vite.
À tes oreilles souffle C’est le corps, c’est le corps … C’est l’amour, l’entravée, la parole
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Plus les lointains s’éloignent plus ici tout est plat, les repères s’absentent, seul le temps passe
D’un grain de sable une oasis. Et toujours pas de pas
Tu te penches du côté de la mer, les mers se traversent, la lune élève l’eau au point de flottaison, le vent a une rondeur de cœur, en son sillage reposent les perdus
Sans notre inconstance comment verrions-nous le sable se déposer ?
Les objets perdent tout poids dès lors qu’ils ont quitté les mains
Témoins miraculés du hasard la vie est trop courte pour s’arrêter, s’étendre à son propos, l’expérience n’y est pas si heureuse
Ce labyrinthe quel que soit le lieu où on le déplace occupe toujours le centre
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