vivement les robots !

Qu’est ce que l’humanité ? question posée reposée, campagnes endiablées verbe image périodiquement contre pitance weekends entiers symposiums visite très fortement conseillée forums, séminaires etc., documenter jusqu’à pierre fendre ce qu’est l’humanité. Aller, simple-aller matin qui s’allonge chemins frayés entre troupes musiciennes et repli tard le soir dépité yeux levés dans l’ombre de lune, « c’est la vie ». Nous regardions quelque fois autour, le regard insistant sur un point dans le paysage, ailleurs.

Presque tous les animaux nous avaient quittés, il restait encore du temps à perdre, dans l’entre-deux nous nous tenions, explorer les terrains vagues pourquoi pas, confondre les scarabées et l’or, se pencher sur les flaques. Voit-on à quel point nous avions été aimés dans les yeux de nos chiens ?

Assaillis par notoires symptômes à s’accrocher à ce qui disparaît, à se débattre, mordre tout ce qui bouge encore, la masse de ceux qui n’en s’en relevaient pas, en grappes croulaient. Quelques uns rencontrés pliés crispés pendus au dessus des fossés, face coupée en deux par le gyrophare du service ambulatoire, emmenés loin, les bras injectés de produits d’action prolongée & effet retard, histoire à l’amiable de faire durer sauve qui peut. Pour que ceux qui vont et viennent la ronde des matins lèvent dans têtes sans encombre, sur le macadam resplendissant, se livrant vaillant à l’énième bras de fer au tout sourire robot fantôme.

:2012:05:terry-dennet-and-jo-spence-excertfrom-industrialization

promesse

aurore polaire

malgré les nuages

c’est promis

les robots

auront toujours

notre beau sourire

seconde fois

Enfermé avec clef dans boîte sans serrure. Chercher sens de la vie, trouver la serrure. Histoire de se faire idée de la mort. J’ai ravalé ma bile, mon dernier souffle mes derniers mots demandèrent à mon ennemi qui j’étais, puisque j’avais, la tête décomposée, tout avoué. Je suis mort donc ne me souviens plus ce qu’il m’a dit, juste le sentiment de ne m’y être pas plus reconnu qu’au cours de toute ma vie, ou plutôt, seulement une chose quand même, j’ai reconnu très nettement celui qui allait mourir une seconde fois, il n’y avait pas de mot.

Unnamed Road 010 © Jungjin Lee.

intranquillité, lambeaux

Appris à vivre avec la crainte, à vivre ainsi, essayant entre deux alertes d’oublier, vivre d’oublier, s’y perdre dedans dehors, joindre les yeux au ciel, pas les mains, une guerre secrète, appris cet art que seuls les nés dans la crainte connaissent sans comprendre, art entré et appris aux heures creuses d’après-minuit, aux insomnies bordées de fétus de rêves, une partie de soi tapie silencieuse laissée comme alarme dans renfoncement, laissée derrière au plus loin, un art du lointain toujours là, prompt avant que, au dernier moment, fuir, un art perdu d’avance.

Pilgrim , Zanskar 1983, Richard Gere

mandala sans tracé

Après l’orage le ciel s’ouvre à nouveau, l’horizon d’ici est vaste. De malmené devenir l’invité, minuscule et perdu. Le bleu du ciel s’irise, offert aux humeurs de la terre, à la nuit qui tournoie de l’autre coté, il s’étend, mêle le haut aux confins du paysage, en corps poudreux et lisses. Des formations en fins rideaux, fenêtres sur fenêtres, matières lumineuses indécises presque transparentes attirent d’autres lumières : un champ de profondeur où courent les reliefs, se jouant des distances, hauteur qui ne trouve pas son toit : règne de la diffraction, reflets et éléments multipliés, prémices et fins dansantes. L’idée tant de fois repoussée du monde n’existant après tout que par le seul regard me ressaisit encore, des pluies battantes renouvelées s’immobilisent dans le vertige au pied du refuge, dans le tranchant, inséparable du rêve.

Mario Giacomelli  - Série mer (1953-1963)

___________ #9

Gros coup de pompe, soudain les sons arrivent avec léger décalage, arrivent par eux-mêmes, sans lien, une cassure sonore, ce bruit fait ce bruit, ce bruit se produit pour lui-même, je n’y suis plus, j’enregistre deux fois, le souvenir immédiat de l’action et son annulation par la vitesse de rémanence du bruit produit. Le bruit d’une porte qui claque, libérateur mais de quoi. Le son persiste à vivre sa propre vie, et revient par la même porte, inlassablement depuis des siècles, à peine voilé par notre corps troué qui jette l’éponge. Je tente une dernière fois, muet je rembobine le film de l’action, je remonte d’un passé lointain dont le fil s’est rompu, mon présent est rayé, je reviens à moi, la nuit dans les marais.

Par ici le soleil est plutôt de passage, depuis le 22 juin les jours passent comme une flèche. Moment idéal pour viser l’hiver au cœur de l’oubli.