sans suite XIV

Dehors froid, pluie battante, chaleur humide dans le bus, elle relève plusieurs fois la tête du Smartphone aux nuages aquarelle et soleil perlé, qu’est ce qui l’attend aujourd’hui ?

À tous moments la bêtise crasse, qui a pu faire les choses comme ça ? Il a fallu qu’il y ait un précipice, il le faut. Pourtant combien la vie elle-même est parfaite, comme la possibilité d’entendre sans rien écouter des heures durant, le silence soudain l’heure de filer sonne.

L’histoire avance comme une tortue. Le ciel si beau sous sa carapace. Un ciel d’avant. À chaque étape l’homme lui découpe une patte. Elle n’en ralentit pas moins sa trajectoire laissant derrière un précipice.

Il n’était que l’ombre de lui-même, cette ombre le vent maudit ne la relevait pas.

Euphorie du scientifique, les populations se tuent pour acquérir l’essence des objets, priant de n’être jamais abandonnées.

Saccager la planète est pour l’homme la façon la plus naturelle de la quitter. Il en part moins étranger, il entraîne les siens.

Ils progressent dans le carcan provisoire des murs de verre. Un clochard céleste rouille dans la décharge, la dernière neige couvre le bruit.

Droits humains soutenus in extremis par les droits animaux (le droit des robots tranchera).

La terre empaquetée dans un papier de boucherie. Au bord le quai bouffé par les mousses, les mauvaises herbes, la mer.

La glose des frères des marchés financiers sort d’une bête déjà crevée. Comme personne n’y comprend rien, tout le monde l’ignore et obéit.

Le chat est d’un naturel très craintif, s’arrêter, patienter, le caresser c’est d’abord une approche, atteindre le point au calme même.

Ce robot est un chat joueur, un animal nocturne adorateur du soleil, on s’enferme, flatté, dans sa tanière.

Un crabe sourit, d’une tête si lourde, souvenir du robot collabo.

Untitled par Vincent Pn sur Flickr.

sans suite XIII

Nous racontons des histoires dans lesquelles nous rentrons. Les amnésiques qui accrochent leur regard au plafond ne sont pas drôles, de peur qu’ils tombent on se tait. Nous-mêmes si incertains là où on est, si peu ponctuels, et tout se précipite si vite. Usés nous reconnaissons mal les choses à peine découvertes et qui déjà s’effacent ou s’ensevelissent.

Toute la journée assis derrière la vitre, la neige tombe, folie le perfectionne, il court de plus en plus vite sur une surface qui se réduit, le poisson rouge entame sa nuit, grossit les reflets des vitres.

À qui était mon corps, demandait-il. Par éclats, loin, par éclats sa peur qu’il délirait, en raide posture et marche pénible l’obligeant à souffler, à s’adoucir, puis une autre peur en écho s’y superposant, longeant son ombre, sa dernière forteresse. Un autre visage émergeait, face à face, etc.

Il a bien plus d’ennemis qu’il ne le croit, il le sait. Il feint de n’en rien savoir, et les convoque, les aligne un par un, histoire de régler leur compte au plus près, en secret, une fois pour toutes.

La salle est un couloir dans un désert parmi tant d’autres. Les murs ont absorbés assez de folies que derrière eux s’échappent des histoires toutes seules qui se perdent. Les corps pesant des tonnes, à moitié là, des mains osseuses et flasques pendues au vide intact. D’un tremblement, une intercession espérée, un biais, un contournement, un raccourci imparable, ou tout autre chose, une main tendue, ou plutôt rien qu’un banc, un banc impérial.

Les abandons, il cherche l’amour des vagabondes, le gueulard qui s’est tu, lentement, avec tristesse, ici et là il s’effrite, s’égare encore sur les lieux de la colère, les milles et une raisons de la première, de sa première raison.

De plus en plus souvent il ne répond que par oui ou non, sans qu’on trouve toujours le rapport et nous oublions la question. De temps à autre vérifier s’il parle, l’interpeler, s’il est encore vivant, s’assurer où est-il, une ombre transparente.

Quoique sa langue ait perdu la grammaire, que ses phrases se disloquent et les mots lui échappent, il ne s’était jamais senti si puissant avec pour seul interlocuteur le vent.

Lui sous une succession de perceptions qui surviennent et loupent la chronologie (trop vite, trop lent). Au supplice il se raccroche au corps du roi, il irradie, et plante le milieu du monde en soi.

sans suite XII


Le cadre a souvent changé, le bord des cadres. Le territoire devenant flou j’ai changé le paysage, emménageant mes propriétés, sans plus pouvoir alors y pénétrer

Le jardin se réduit, il habite sous le regard des caméras, les barbares se promènent avec quiétude

Toute la journée à éplucher la même pomme pas mûre

Rassuré de planter son bâton au milieu de la brume allant s’épaississant

Le vent n’a pas de bord, le vent grince au volet, la maison si grande qu’on ne sait qui regarde, si telle fenêtre où ça?

Une antichambre où des passants se croisent sans jamais se retourner (il n’y a plus personne). Des lignes de cercles imaginaires, ombres et lumières se coupent

Les intervalles à tout moment, le pas, un rythme qui reste ignoré, tu n’as jamais pu rester là, devant, demeure où brûlent les présages

Un instant, au lieu de monter, l’impression d’être resté derrière, même si montant encore, cette fois déporté avec grande lenteur, prisonnier dans une région intermédiaire, grain d’un sablier inépuisable en rotations aléatoires

Quand le monde devient plus simple, la tristesse s’avance, remonte, alors vraiment le monde devient plus simple; sa fixité est enivrante, tant de choses à disposition pendant que tant d’autres choses arrivent encore


Carl Størmer,  Northern Lights 1910

sans suite XI

un robot allemand très sentimental & suicidaire

l’aventure d’aller se poser quelque part où il n’y a rien

quand je ne peux plus faire autrement je décide

entre deux passer des portes étroites, personne ne se presse

pas assez de temps pour se raconter (tout le monde a déraillé)

les ombres longues, les courbes renversées, la lumière et le souffle tièdes d’un couchant hivernal

la grêle rebondissait au sol, pulvérisée au vent chaotique, un nuage bas de duvet à en perdre la tête

enfoui et oublié, le seul secret qu’enferme la neige fond

pendant qu’il neige ici, dans un autre monde quelque part à cet instant comme ici quelqu’un verse du lait dans son thé

la peau du rêve. froideur jubilatoire. le fantôme du rêve

viral mais pas transférentiel: et de même, pas de bouche, de coeur, ni d’oreille, un trou d’air intercède

je suis droit je m’amuse

Version 2

sans suite X

divisés du monde, d’autant par le miroir démultipliés, se tenant devant comme des originaux

la tête ne suit pas et l’esprit va dormir, la porte royale poussée, ainsi l’ambition ouvre la voie

la bourrasque me déporte, m’enfonce à flanc de forêt, glissade, banc de feuilles mouillées, pas trouvé mieux, troncs évités. au bout un chant d’été crépusculaire à la surface du ruisseau devenu torrent lent et épais

les animaux affamés se perdent, il pleut sans cesse depuis des jours. dissiper le temps, accompagner la promenade du chien

sage loup qui nous apprend depuis la première rencontre ce que ne voulons ni voir ni savoir

des bois, des forêts, tour à tour la charrue et celui qui ne la pousse pas

le roulement des pavés dans les brouettes et les mauvais chemins

avec l’idée fixe d’escalader la montagne immobile, léger progrès dans la pensée

sans mouvement, et sans répit. usure, effacement des limbes. le nom et la fonction des objets s’échappent, attendant leur disparition

calme après la tempête, les portes de l’attente baillent, le calme grandit, au guet balaye tout ce qui arrive

grande neige du dimanche, aucun pas sur le chemin, toute la lumière tombe en silence, rosée du lointain vole dans le ciel de demain. puis au dos le bleu du ciel, terrasses au désert

le papillon, le verre qui tombe, qu’il y ait vents, courants, ou pas, les pierres dérivent, des bras les lancent des sommets

sans suite IX

pleins feux sur le labyrinthe, les robots libèrent les hommes, le zoo est ouvert, les animaux ne trouvent pas la sortie, les hommes se perdent dans la ville sans limite, le signal avec les robots n’est plus, des fantômes viennent à leur rencontre

dans les vastes ruines d’un temps fini, l’espoir à chaque porte, le nom donné aux statues relevées

les robots armés plus humains sur le champ de bataille que les humains, désarmant

robot-revenant à fureteuse mémoire vit sa vie petite source sombre d’associations, revient en surface labour sableux faible, mission trouée, reprendre l’archivage des unes en live pour planète terre, nostalgie d’un recommencement, roulement d’une bouteille à la mer

chronique d’un temps qui s’effondre. On repartirait à zéro, zéro cette fois fermé à double-tour

la vie est un film, juste après

comment passer du temps-cinéma à celui de la rue. La tête de l’homme appartient à tant d’espèces

un lâche restera caché dans le scénario du pire

le contexte changeant nous voile

inventer des langues que google ne reconnaîtrait pas, secourir les robots accablés, déconnectés, souffler à l’oreille des robots peluches, aristocratiques

l’enclos des religions cachent la relique d’un vieillard

assis la journée derrière la vitre, tombe la neige, neige jours et nuits encore si calmes, diamants taillés en poussières, folie parfaite, course en chambre de plus en plus rapide, surface qui se réduit si petite chacun l’ignore, le crépuscule fond, nage un énorme poisson rouge

quelques mots tombent et se suivent selon leurs résonnances, sans se lier, pas longtemps. Quelques pas en cercle dans la pièce, un vide concentrique

parler ne dit, le temps manque. des sages cul de jatte, renonçants, sages et renonçants, une foule ou chacun s’évite, condamné à murmurer, à grommeler, maîtres des feux de paille

troublant que le corps en sache plus sur soi que soi, tout n’est pas perdu

s’embêter à porter l’attention sur son corps à chaque fois montant l’escalier

chacun sous l’emprise a sa chance, les pauvres achètent aux pauvres d’autres pauvres etc.

l’enfant exilé, nouvelle humanité

03_Untitled, Constellations 2012 © Grâce Kim