sans suite XIII

Nous racontons des histoires dans lesquelles nous rentrons. Les amnésiques qui accrochent leur regard au plafond ne sont pas drôles, de peur qu’ils tombent on se tait. Nous-mêmes si incertains là où on est, si peu ponctuels, et tout se précipite si vite. Usés nous reconnaissons mal les choses à peine découvertes et qui déjà s’effacent ou s’ensevelissent.

Toute la journée assis derrière la vitre, la neige tombe, folie le perfectionne, il court de plus en plus vite sur une surface qui se réduit, le poisson rouge entame sa nuit, grossit les reflets des vitres.

À qui était mon corps, demandait-il. Par éclats, loin, par éclats sa peur qu’il délirait, en raide posture et marche pénible l’obligeant à souffler, à s’adoucir, puis une autre peur en écho s’y superposant, longeant son ombre, sa dernière forteresse. Un autre visage émergeait, face à face, etc.

Il a bien plus d’ennemis qu’il ne le croit, il le sait. Il feint de n’en rien savoir, et les convoque, les aligne un par un, histoire de régler leur compte au plus près, en secret, une fois pour toutes.

La salle est un couloir dans un désert parmi tant d’autres. Les murs ont absorbés assez de folies que derrière eux s’échappent des histoires toutes seules qui se perdent. Les corps pesant des tonnes, à moitié là, des mains osseuses et flasques pendues au vide intact. D’un tremblement, une intercession espérée, un biais, un contournement, un raccourci imparable, ou tout autre chose, une main tendue, ou plutôt rien qu’un banc, un banc impérial.

Les abandons, il cherche l’amour des vagabondes, le gueulard qui s’est tu, lentement, avec tristesse, ici et là il s’effrite, s’égare encore sur les lieux de la colère, les milles et une raisons de la première, de sa première raison.

De plus en plus souvent il ne répond que par oui ou non, sans qu’on trouve toujours le rapport et nous oublions la question. De temps à autre vérifier s’il parle, l’interpeler, s’il est encore vivant, s’assurer où est-il, une ombre transparente.

Quoique sa langue ait perdu la grammaire, que ses phrases se disloquent et les mots lui échappent, il ne s’était jamais senti si puissant avec pour seul interlocuteur le vent.

Lui sous une succession de perceptions qui surviennent et loupent la chronologie (trop vite, trop lent). Au supplice il se raccroche au corps du roi, il irradie, et plante le milieu du monde en soi.

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