sans la corde, plus légers, le froid plus net. brouhaha, il aurait fallu être plus loin pour que naisse un prélude. starting-block à la renverse, des nids de poule les têtes émergent, des pièges à la cheville on s’habitue à tout, aux verticales de guingois, à coucher en meurtrières aménagées parc fortifié. mise au vert, l’attente du soleil traîne une bonne aumône, peut-être du dessert, bandelettes salivées, un ruban bleu tortille entre les explosions, perce à l’horizon, mansuétude des robots visionnaires.
Catégorie : ROBOT / HOMME AUGMENTÉ
désolation moderne, délectation morose
À la télévision, aux émissions animalières, les maîtres lancent des regards furtifs sur l’animal, ils l’évitent car la caméra n’attend pas, elle va comme elle veut, ils doivent être là, ils sont là perplexes et fiers, un air de charmantes créatures prend, une fusion où le passeur s’efface, et laisse d’un geste appuyé voir le miroir pénétrer leurs yeux. Un masque prenant visage et l’âme se revigore, une jeune pousse retrousse ses jupons, abandonne l’écran, le ciel est bleu, les images de voyage en drone commencent. Regarder à la télévision la fenêtre de ses semblables qui regardent la télévision réconforte. Un à un ensemble nous nous endormions mutuellement.
Après la barbarie venue, les maîtres se reprirent et gravirent d’un cran. À peine poussés par une main invisible ils s’enrôlent à titre d’ «animal de compagnie». Maîtres ainsi faits, béatifiés et désonglés, êtres «immatériels de l’humanité». Comme fous du roi, egos servis en pâture, à l’affut d’une saveur, ils se regardent dans de vieilles faïences à recoller. Maîtres préservés en tant qu’origine, maîtres de cérémonie des origines, endossant ce qu’il y avait de plus crédible, de plus enviable. Perdure la fascination des momies, de découvrir la nuit dedans. Maîtres probablement dévolus poètes, une dignité offerte. Capables au cours de promenades interminables et désappointées de passer entre toutes sortes de brèches, de promener leur lanterne sur des inaperçus, de l’inédit, et de voir comment le ciel est devenu. Maîtres des vertus animales.
L’homme se hissait sur une scène interprétant « les athées ne savent pas ce qu’ils perdent » : des lumières fantômes, des politesses, de la misère, de la révolte, de la douleur, du sang, de la chaire, la mort, bref ce qui fait l’homme auquel on s’accroche, on se serre : toutes choses que le public ignorait.
La représentation se devait d’atteindre au magnifique, à l’événement d’un jour, afin d’être au plus vite effacée efficacement par la vie, de ne pas l’assombrir au delà. Elle ne devait presque rien raconter, juste ce que le public avait devant les yeux.
La sorte de public n’était pas celui du métro, ni du travail, ni de la télévision, ils étaient on ne sait d’où, ils étaient de là car ils étaient innombrables, il y avait des milliers de salles comme celle-ci, ils étaient comme d’avoir été longtemps reclus, c’est à dire d’avoir oublié la présence des hommes ; la scène exacerbait en lui, le public, une attention cannibalique ultra raffinée, et à leur tour de se retourner, d’en revenir aux siens, d’y appartenir. Les hommes pensaient-ils, passaient leur temps à courir après le bonheur et l’anéantissement, s’essoufflaient à cette course hostile. Au bonheur fuyant, ils préfèrent plus surement l’anéantissement. Quant à lui-même, le public savait que son monde (bien qu’à peine constitué) n’échappait pas plus à ce sacré foutoir : il leur restait juste un peu de place, entre la scène et les rangs, ainsi que dans les poulaillers, encore quelques places pour voir le spectacle.
appeler le silence
La fuite entraîne tant de déconvenues que jamais tu n’y arriveras. Sans que tu l’aies voulu les choses s’approchent d’elles-mêmes et affamées te dépassent entraînant la venue d’autres à de plus grandes vitesses. Fermant les yeux, décidé à ne plus bouger d’un poil, tenter, folie, de rebrousser chemin : abimes, rien n’avait tenu.
J’écoutais gentiment les scripts endimanchés inventer les mots qui touchent au cœur et humanisent le programme ; aux coûts sociaux du contrôle devenus exorbitants répondra un changement par étape, lors d’une pause on accélère, c’est plus simple, on ne voit pas la différence.
Le désœuvrement donne ses leçons d’observation du temps qui passe. Laisse de coté l’invisible pour ne pas te distraire. Pas loin de rien, mettre à l’épreuve le silence. La vie est assez longue encore. Recommencer : reprends un peu d’indifférence d’hier, sans gloire et qui repose, mariée au gris du ciel la lumière de feuilles mortes.
lire en dormant
allongé le jour durant sous la couverture, entrepris lecture de « fonds perdus » (T. Pynchon) entrecoupée de micro-siestes, histoire embarquée lavée aux embruns du rêve, ciel immobile qui déborde un peu quand les yeux fermés se réveillent, arrêts ralentis, mon robot lecteur d’en face ne comprend pas encore, je m’élève dans son estime mais sa présence fait barrage, il est tard, il n’a pas de paupière et semble dormir, jour nuit s’entrelacent à la proue, les brumes où l’île s’enfonce.
vivement les robots !
Qu’est ce que l’humanité ? question posée reposée, campagnes endiablées verbe image périodiquement contre pitance weekends entiers symposiums visite très fortement conseillée forums, séminaires etc., documenter jusqu’à pierre fendre ce qu’est l’humanité. Aller, simple-aller matin qui s’allonge chemins frayés entre troupes musiciennes et repli tard le soir dépité yeux levés dans l’ombre de lune, « c’est la vie ». Nous regardions quelque fois autour, le regard insistant sur un point dans le paysage, ailleurs.
Presque tous les animaux nous avaient quittés, il restait encore du temps à perdre, dans l’entre-deux nous nous tenions, explorer les terrains vagues pourquoi pas, confondre les scarabées et l’or, se pencher sur les flaques. Voit-on à quel point nous avions été aimés dans les yeux de nos chiens ?
Assaillis par notoires symptômes à s’accrocher à ce qui disparaît, à se débattre, mordre tout ce qui bouge encore, la masse de ceux qui n’en s’en relevaient pas, en grappes croulaient. Quelques uns rencontrés pliés crispés pendus au dessus des fossés, face coupée en deux par le gyrophare du service ambulatoire, emmenés loin, les bras injectés de produits d’action prolongée & effet retard, histoire à l’amiable de faire durer sauve qui peut. Pour que ceux qui vont et viennent la ronde des matins lèvent dans têtes sans encombre, sur le macadam resplendissant, se livrant vaillant à l’énième bras de fer au tout sourire robot fantôme.





