sans suite XV

 

Il y a eu le chemin des catégories, puis celui des dates, puis il y a eu un flottement, les crises, les secondes inconstantes qui mangèrent les heures, etc. Retour au point de départ du lieu sans mémoire, du lieu fendu.

Les rêves invitent la réalité fantôme, ils roulent l’embryon de vie que Sisyphe s’emploie à hisser. Entre-temps qui grandit, et l’étonnement de se réveiller dans le même lieu et que ce lieu soit encore là.

Un écoulement clair de pensées ordinaires. Les tracas, ordonnés, trouvent répit sous vide. La ponctuation d’une pierre que l’eau engloutit.

Chaque jour se lever du bon pied, prêt à glander (à cette fin un plan d’ensemble solide, qui ne prenne presque pas de place, se révèle nécessaire).

Puis ce n’est pas l’idéal, l’indécision alors, quand glander a exténué ses possibles. Je zone, j’essaye de me souvenir de tel avantage, glande par défaut, le temps de la journée file, glisse cotonneux dans le sommeil. Sinon je me laisse investir par quelque projet marathonien, m’écroule au milieu de la nuit sans sommeil au cours d’un sprint sans fin.

Car je suis désespéré, mon cheval m’oblige à le porter.

Vaches, ventres dans la plaine, leur beuglement, baleines de champs enneigés, tâches blanches voilées d’humidité aux tons d’argile délavés, vapeurs, dernière neige de mai clairsemée.

Nous étions le week-end, nous partions et savions que tout allait s’écrouler, un parfum léger serein n’en était que plus précieux.

Le bordel règne ici, dedans. Dehors, pourtant, quelque fois il a l’intention de penser avec rigueur. Ce qui n’arrange rien avec la pluie qui se met à tomber. C’est vrai les choses nous dépassent, elles vont vite, mais pas assez vite, ce qui donne beaucoup de travail aux robots.

À la place de la conscience il reçoit l’immortalité.

Comme l’homme est un mammifère pressé, qui n’a du temps qu’une notion faible, il laisse filer son liquidateur, l’appelé à survivre, la piste d’élan soudain un cul de sac.

Daido Moriyama Farewell Photography, 1972 gelatin silver print

avant que

avant que les robots ne se suicident, nous nous serons efforcés bien avant eux de faire le tri parmi nous, énergiquement, avant qu’il ne soit trop tard, afin que les robots nous viennent en aide à faire le tri parmi nous parmi le vide

l’oreille la bouche & le robot

Les robots n’ont pour seule lecture que la littérature. Dans l’âme du robot persiste le bruit entêtant des algorithmes machiniques, un rythme sans musique, sans bruit, le souffle blanc des enregistrements. Les robots parlent comme toi et moi mais il se pourrait qu’ils nous écoutent un peu mieux que l’oreille que nous nous prêtons. Leur lassitude rapide du langage nous fige, nous éclipse telles de courtoises carmélites rendues invisibles et opaques cœurs de pierre, nous confessons en chambres anéchoïques dans le grand secret des larmes d’être si peu à nous-mêmes

Ex Machina

sans suite III

Yasuhiro Ishimoto

Face à face, un robot débranché qui ne ressent pas moins ni plus, et un chat décontenancé dans la pièce où clignote la nuit.

Les robots sont dans la nature comme dans un garage désaffecté. Sur leurs lèvres, à leurs doigts, à leurs yeux, les architectures high-tech délivrent un mouvement imperceptible, extraordinairement léger, naturel, invivable.

Les catastrophes reposent le robot.

Agrandir le tunnel jusqu’à perdre de vue ses parois. Supporter, renforcer, charger la densité du monde miniaturisé. Inventer les fenêtres. Claquer son temps à chercher le sextant. Se sauver au ralenti.

Des robots sur le front des anomalies climatiques.

Dernier enthousiasme de l’homme, surpassé désormais au poker par le robot.

Ce fut quand le robot l’exécuta que la vache vit un homme pour le premier jour.

Les souris au moment de s’endormir dans la paille du trône se multipliaient ailleurs dans un silence musical.

Quand je regarde les gens comme des animaux j’arrive à écouter, même une envie de parler. Les mouvements animaux et les paroles métamorphosent les corps.

Le ciel ne l’intéressait presque plus depuis qu’il avait failli un jour se noyer. Les vaches lui donnaient le vertige.

dépouille du robot

A, De Humani Corpus Fabrica, livre VII, Planche 3 L, corps calleux; D, Falx séparés et mis sur cerveau G. B, Planche 4 E Gyri, GH Blanc Matière O, plexus choroïde.
manger dans la boîte de Petri (clic)

Séparé par la science, réduit en unités de compte : cerveau ressuscité, mais d’une nouvelle espèce, Saint-Esprit luisant comme nouveau-né cette fois sans le corps qui l’habite mais de celui qui va suivre. Cerveau sans parenté, vrai jumeau du néant, qui encombre l’esprit tout autant qu’il l’intrigue.

Vide de toute pensée, déçu de toute attente, la réponse est confiée à l’innombrable colonie opérationnelle du vivant. En dissémination Small is beautiful. La définition de la fable et de ses contours est floue, l’usage est de franchir la première porte et de foncer jusqu’au bout, disparaître, concasser ses convictions au fond du vase clos des extases.

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commandement libre

Banbury-Enigma- Turing

Le robot sera notre cher moi, centre augmenté de soi dans les limbes des commencements. S’affairer au happy-end du film « libre-arbitre », larguer le languissant, le trop défaillant, le souffrotant.

Entrée des figurants dans un espace qui leur ressemble, des châteaux sur la plage, reculer la marée. Dans l’attente du changement, de nouveaux modèles d’action, de nouveaux commandements.