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Pour en revenir au spectacle, à la compétition entre excellence et servitude volontaire, au vainqueur désigné, alliance parfaite des deux dispositions, s’y déclinant à l’infini, porté par acclamation et grommellement besogneux.
blanc que la neige assemble, la nuit tombe sur la mer, derrière les rideaux le vent dans les cloches. à force d’échouer un seul mot suffit

« Le mieux, c’est de faire semblant de comprendre. / Faire semblant de comprendre, mais en fait ne rien comprendre. / En réalité je ne comprends rien, strictement rien. / C’est comme ça. »
Gao Xingjiang, dernières lignes de La montagne de l’âme, éd. de l’Aube, 2000, trad. N. et L. Dutrait, p. 670
sans la corde, plus légers, le froid plus net. brouhaha, il aurait fallu être plus loin pour que naisse un prélude. starting-block à la renverse, des nids de poule les têtes émergent, des pièges à la cheville on s’habitue à tout, aux verticales de guingois, à coucher en meurtrières aménagées parc fortifié. mise au vert, l’attente du soleil traîne une bonne aumône, peut-être du dessert, bandelettes salivées, un ruban bleu tortille entre les explosions, perce à l’horizon, mansuétude des robots visionnaires.
Appris à vivre avec la crainte, à vivre ainsi, essayant entre deux alertes d’oublier, vivre d’oublier, s’y perdre dedans dehors, joindre les yeux au ciel, pas les mains, une guerre secrète, appris cet art que seuls les nés dans la crainte connaissent sans comprendre, art entré et appris aux heures creuses d’après-minuit, aux insomnies bordées de fétus de rêves, une partie de soi tapie silencieuse laissée comme alarme dans renfoncement, laissée derrière au plus loin, un art du lointain toujours là, prompt avant que, au dernier moment, fuir, un art perdu d’avance.
La télé est regardée parce qu’elle est tout ce qu’il y a de réaliste. Elle dit vrai et elle informe absolument. Elle est la pollution vraie de notre oxygène mental. (…) A un détail près cependant : le seul monde dont elle ne cesse de nous donner des nouvelles (aussi précises et survoltées que les cours de la bourse ou le Top 50), c’est le monde vu du pouvoir (comme on dit « la terre vue de la lune »). Comment saurions-nous sans elle qui a du pouvoir et qui n’en a pas ? Qui vaut quoi et qui ne vaut rien ? (…) C’est bien pourquoi nous la regardons, car de cela, au moins, elle nous informe. De cela, oui, mais de rien d’autre. De la bourse, oui, mais pas de la vie. C’est pourquoi, quand même, nous ne la respectons pas. — Serge Daney, Montage obligé, Cahier du cinéma (1991)