colle fraîche

« En tant que copiste, Bartleby appartient à une constellation littéraire dont l’étoile polaire est Akaki Akakiévitch (là, dans ces recopiages, le monde était pour lui, en quelque sorte, enfermé tout entier… certaines lettres étaient ses favorites, et, quand il y arrivait, il perdait tout à fait la tête (*)» en son centre se trouvent les deux astres jumeaux Bouvard et Pécuchet (« bonne idée nourrie en secret par chacun d’eux… : copier »), et, à l’autre extrémité, brillent les lumières blanches de Simon Tanner (je suis copiste» qui est la seule identité qu’il revendique) et du prince Mychkine, qui peut reproduire sans effort n’importe quelle calligraphie. Un peu plus loin, telle une brève cohorte d’astéroïdes, les greffiers anonymes kafkaïens. » Giorgio Agamben, Bartleby ou la création, p. 11 (Belval, Circé, 1995).                              (*) Le manteau, Nicolas Gogol

« Et les images s’abaisseront jusqu’au sol »

Les muses reviennent sur le lieu des méfaits, changent nuit en soleil, écart minime, promenade des ombres dans la cour, le rythme écarquille les yeux, la répétition déplie sa ronde, les hurluberlus reprennent le balai comme pour la première fois ; tu avances ou c’est plutôt le paysage qui avance quand après des heures de train, à l’arrêt dans une gare, tu crois décoller quand c’est le train dans l’autre sens qui se fait la malle : tu rages prêt à croire avoir été trompé et qu’on te fait reculer. 

la Femme 100 Têtes

« Demandez à ce singe : Qui est la femme 100 têtes ? À la manière des Pères de l’Église il vous répondra : Il me suffit de regarder la femme 100 têtes, et je le sais. Il suffit que vous me demandiez une explication, et je ne le sais plus » ( Max Ernst,  La Femme 100 têtes, Éditions du Carrefour, 1929, planche 146).

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Adaptation cinématographique d’Éric Duvivier, en 1967, à partir des collages que Max Ernst a réuni sous le volume « La Femme 100 Têtes » (1929).
La voix off récite les ritournelles ramassées en légendes prises au vol que Max Ernst donne à ses images ; comme un interrupteur qu’on actionne pour découvrir la pièce, ou pour d’autres, afin de s’assurer qu’effectivement il fait bien jour.
L'immaculée conception manquée

« (…) la même pour la deuxième et la troisième fois manquée. Le paysage change trois fois. Le paysage change trois fois! le paysage change trois fois (….)
le ciel se découvre deux fois, le ciel se découvre deux fois.
L’immaculée conception ». 

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et la troisième fois manqué
(…)  

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Ici sur poul web art blog autre bouquin de collage de M. Ernst, publié 4 ans plus tard, « une Semaine de Bonté ».

Het Joodse bruidje, « La Grande Mariée juive » – ou « Esther » ou « Minerve » ou « Une sibylle » ou « Saskia »

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Saskia, sa femme, mourut jeune, en 1642, l’année même où Rembrandt peint la Ronde de nuit. 
Rembrandt, Het Joodse bruidje – 1667

Terre d’homme, au ciel des consolations de n’y rien voir, plutôt d’une hauteur de chien, la pièce, une véranda de pierres, les visages, le port des têtes, les têtes suspendues, le foyer de l’ombre, l’oeil corps à incandescence, à deux mains qui se touchent, deux autres bercées, le sol est un plateau, trois mains ensemble, basculent, la main d’en bas, du milieu, la première, feuille se donne, la mort l’amour côtoient, l’axe est d’autre chose, l’insouciance sauve le malencontreux, les maladresses tellement aveugles, la lumière bruisse.

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Série Eau forte, son père-  « Vieillard chauve de profil, tourné vers la droite »

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Georges et Micheline

Georges ; Nu — 18 x 27 cm — Juillet 1980

Micheline

Aquarelle et pastel — 16 x 24 cm — 1992