« Nous sommes des animaux d’esprit en ambulation libre dans la boîte noire. » V. Novarina, L’Acte inconnu
Catégorie : JOURNAL D’IMAGES
boîte à images / 1
Vivre, c’est passer d’un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner. L’espace est un doute. —– G. Perec, Espèces d’espaces, p 14
les feux de l’amour
Où, dans quel nid de l’histoire le camarade Kim Jong retrouve t-il son almanach? chaque jour une nouvelle page rafraîchit l’épique épopée, le trône glisse sur le toboggan, s’accordant au vent et aux retournements étonnants. Le ciel va comme une barbe à papa se manger à pleine main.






broc’ clémente
Clémence du ciel pour les châteaux de sable, la décantation des prières, les boîtes de conserve éventrées & canettes gueule de bois à l’effigie de Gaudi, la barque chahutée des ex-voto, les écharpes mouillées sur les herbes coupantes, les aurores boréales sur des carlingues en rade, l’amont des collines aux milles serpents d’eau, les chapiteaux et gondoles, les cours de récréations sur des terrasses liquides, les coquilles Saint-Jacques aplaties, les sangliers aériens, les ocres jaunes de remorque dégrisée, les temps de pause grippés, le poison de l’éternité, les roulements dévastés des skates, l’avachissement du rock’n’ roll, les petits matins sur le billard, les overdoses de botox et le brushing de la momie, les visions-éclair des aveugles, l’errance de la syntaxe, la langue et les vagues à sec, les trous d’eau, les déserts les marées-basses, les aires d’atterrissage des pigeons.
poudre de tungstène
Bouillon d’images TV des dimanches étales, poussière fine si vite accumulée et pressée des dimanches invisibles. Les enfants ne sont pas sortis du grenier depuis quand ? Sous le temps gris la couleur vernit les objets (la plante en pot au sol, la mouche d’hiver sur l’écran qui neige, le dos du corbeau), on dirait, à défaut d’éclat, que leur surface est gazeuse; Bartleby se tient à carreau, écartelé par ce codex où les mots sont du vent entre deux chaises, au point de songer à aller faire un tour, si toutefois les escaliers n’étaient si raides, le vent si belliqueux. La feuille de route à l’état de puzzle aux branches des arbres qui l’ont laissée choir pour réchauffer leurs pieds. La porte attend d’être brûlée. Grisaille d’autant que la neige alentour est mouillée, plaquée glacée en surface. L’enfance et le temps gris attendent qu’on se joue du monde avec des miniatures. Des filets prodigues ayant valeur de présage, mais loin, trop loin jetés, plus d’amer, de retour.
Déjà ce matin à 4.00 h les lapins hors de leur clapier couraient au ralenti dans la neige, la lune pâle et le vent amolli aux quelques flocons parsemés. Le reste de melon au poivre ne leur a rien dit. Ils dorment les yeux ouverts et s’ébattent bruyamment dans le terrier.
Homo-sauriens
lenteur froide en ronde minuscule, eau à la bouche ou manquante, matelas aux odeurs de pommes sèches, déploiement lourd, mou, qu’une détente horizontale, de tout le corps, d’étirement ardent, referme, fait disparaître, nuage de gloire, couvercle du cercueil, Méduse ravie.
penser « Chute de l’Homme » & Alligator, penser « clouer le bec », « Alligator- résolution » revenu loin de ce monde, ce monde à jamais dévoré, Alligator anti-karma, retour au terrain vague des origines, Alligator sage, auquel chaque jour on tourne son dos nu, abandonnant quelques pièces à son royaume, à ses faveurs, ses étourderies ; à son corps défendant nous ne sommes que de passage, fiers entre temps court d’aller et venir librement au ciel, à la terre, à l’eau, traversant les frontières de vie de mort striées une ombre parmi d’autres ombres, que la nuit enregistre, un film à jouer, des yeux à voir, partir. Par tous ces territoires, évidemment le temps vient à manquer. Liebe ist Heimweh (l’amour est le mal du pays). Parmi toutes les pierres une rouge dans le désert, digestion solaire, par la fenêtre ouverte la puanteur s’évanouit, les nuages duveteux annoncent un climat serein, une nouvelle origine du monde, un œuf tendre, une paupière amoureuse, un air vivifié. Avec les bras et un drap de jouvence nous pouvons envelopper notre corps, nous déplacer en robe de chambre, épier du regard le vide sous le lit, suivre le bruit de la rivière, entendre les pas d’une nymphe. Les draps froissés se refroidissent, se replient sur l’obscurité échappée du tumulte, caressent sans mouvement solitude, silence, en attendant le trois fois rien du jour.







