bouillie d’immortalité

Sans titre2mauvaise nouvelle, une étude multidisciplinaire découvre les replis cachés de la socio-culture, les laborieux premiers de classe réalisent leur vengeance ourdie de longue date; non seulement les nantis devront enfouir leur fortune dans les grottes des paradis fiscaux, mais les quidams quelque part sur la chaîne du spleen, pendus à cette blague austère, restent béants d’expectative ; méritons-nous cela ? J’imagine que suicidés, endeuillés à vie, dépressifs-optimistes / fous en tous genres ont giclé du panel des 30.000 personnes. Reste aux « études » ce goût de cramé dont les éclaboussures bouillonnantes tiennent lieu de croyance ; de la bouillie étalée, parcheminée, oripeau que la désorientée s’efforce à réunir d’une dentelle: vieillir c’est pas pour les lâches ou les poltrons, dit-elle, la gravité est massive et la tête vacille.

eurocalypse

disparition

D’une rotation sur lui-même il s’affaissa, avec la bénédiction des genoux qui divisa la chute par deux, ce que personne ne remarqua. On le crut mort, on l’enterra pendant qu’il se réveillait dans les ruines d’un hôtel incas, s’émerveillant des touffes d’herbe desséchées affleurant sous une roche effritée. L’ombre d’un papillon jaune sur son front grandissait tout en s’éloignant, chaude et soyeuse, grandissait jusqu’à disparaître.

plongé dans la lumière

Depuis le cinéma parlant les fantômes ont été relâchés, libres enfin des caches secrètes entre lesquels ils erraient. Désormais leur image ne se glisse plus aux angles morts, elle se décompose et s’éclaire à travers les clignotements de satellites. Écran total. Des drones de la paix sillonnent édictant la justice. La tête en bas sur la balançoire.

autres histoires floues

Par nostalgie de ce qui aurait pu être, on garderait en mémoire cette image du passé qui, si on se rapprocherait trop près, instantanément nous livrerait au vieux fantôme, faucheur égaré, menaçant. On se retournerait avec colère dans l’allée qui n’en finit pas, pour aller se coucher dans les plis noirs de la pièce, otage d’un temps arrêté. Pourtant alors l’allée commençait par des chemins terreux, dans une campagne banlieusarde qui n’avait pas beaucoup bougée depuis le siècle dix-septième où une après-midi suffisait pour atteindre à pied Notre-Dame, les fumées, les odeurs de bois, les piquantes bourgeoises dans la pénombre des rideaux. On commençait la balade sous le regard de jeunes vaches ô combien pour qui l’imitation est douce, alerte — une vache s’approcha de soi, suivie de toutes – cloches, herbe, pattes, toutes avançant en même temps, à se rouler par terre – suspendues face à l’intention de l’observateur étonné. Muettes et ravies, meuglantes et lui courant après, le long du barbelé. Aujourd’hui plus proche du passé que de demain.

histoires fantôme

Les entités fantômes sont planquées à l’angle le plus sombre, derrière le tronc noir de pluie, dans l’air échu qui redouble et ne décolle pas des bains de foule – elles épousent la matière, comme l’eau le sable, dormant dans l’or de la couronne, bien planquées, gardiennes d’horreur à ne pas réveiller, aux trousses de ta peur. Ne reste pas soucieux à traquer leurs présences, te cognant aux troncs que tu ne vois plus. Pour détourner l’appétit des fantômes on parlera du sac qui pend gorgé d’argile et d’eau, un gros sac de jute, ou on désignera les armoires, d’étoffes pliées empilées, serrées aux ombres, aux teintes immaculées, on surprendra les silences animaux, on se rappellera les gémissements humains des glissements de terrain, on gardera un espoir sans mot au milieu de la violence, on désertera les troupes, les temps définitifs. On les verra sortir des affaissements, essoufflés, à l’écart, ou disparaître dans les ruptures soudaines de cavités – au dessus d’eux la joie est trop vive, la douleur très calme. Parfois la paix surgira, douce et lente, au détour d’un angle mort où, sans s’attarder, on surprendra l’un d’eux, ivre et frissonnant réjoui, arque bouté sur des idoles passées et à venir – cette énigme inconcevable du sacrifice dont ils sont auteurs.

  Dandy à qui la cour des fantômes fait tendre l’oreille. Un appât pris dans leur filet, qui aspire les femmes.

 

 

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Prière d’occupation des places, des aveugles transparents, des fantômes d’agonie, l’escalier passage large vue d’une géométrie derrière où la lumière en tranches se fixe en fond écran. Au front sur soi lumière terreuse, un caillot de silence bloqué, un souffle chaque seconde, un temps qui n’en revient pas, néons bureau vide ouvert ou pas, le même air, le vélo qui n’irait pas loin, et ce que l’homme y fait, y reste, se doit, utile sans autre fin. Qui, que regarde t-on ? y voir si tard à quoi sert? d’une pâte molle on jette les grumeaux on rêvera escapades, ronces et odeurs de rose… « que reste t-il encore ? ». Par bonheur je trouvais encore le sommeil.
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Il n’y a pas d’avancée, aucune, dans le labyrinthe, les traces laissées par derrière soi égarent tant la sortie est nulle part. Le plan, dédale l’a brûlé et rôde dans les fumées tardives. Les traces suivies sont englouties par des morts. Il négligeait le sentiment d’ivresse et de fureur lors d’égarements. Pas le temps, le soleil et la lune l’avaient oublié, il agissait comme un perdu, croisait d’indifférents démons et anges. On reparla de lui à cause de ce qu’il avait perdu la parole et ne comprenait aucun langage. Avant de passer la porte, les traces derrière lui s’étaient effacées. La porte était sans gardien, pour cette fois. De l’autre coté de l’horizon des fantômes bègues l’accueillirent par des danses au goût et dégoût de la violence sociale.

piégé

Pour un objet sans aucune sorte d’usage imaginable nous nous pressions à la ronde, accroupis, rampants afin de l’entrevoir. Certains d’entre nous avaient l’art d’en faire une histoire et il était plaisant la première fois de les voir occuper un trône sur la place et de poursuivre seuls ou pas, ça ne faisait rien. Ce n’était pas de l’art, c’était sans origine, mi déchet, mi trésor, un caillou blanc manquant. Étrange fantôme de traîne grise que nous agrippions quand la lune était blanche, et quand à tâtons nous cherchions l’interrupteur électrique de la pièce ou dormait un albinos. Nous sommes décidément des drôles de nomades mal attachés. Comment se représenter une forme transparente ? Fantômes, bric à brac fécond à piéger les propriétés de la matière du miroir qui n’en retient pas l’image, nous l’habillons de blanc. Remissionnés sur une mine d’or désaffectée, réduits à attendre, être mangé ou, être longuement enfanté dans leur gueule. Sans le savoir heureusement nous fabriquions des exorcismes, des exercices à rêver : regarder, allongés sur la terrasse nocturne les feux des avions – s’approcher des animaux sauvages en fredonnant – avancer dans la mer qui se retire. Ou être réveillé par le soleil quelques heures après s’être endormi penché sur les phalènes de Kouyaté-Neerman.