La pièce est noire de nuit, on n’y serait pas ce serait pareil, à part le bruit laissé en claquant la porte pour aller trouver les lumières d’un bistrot où la télévision parle pour tous en silence, tandis qu’on est là, à se demander, à croiser des regards, où on est, on est pas seul à se le demander, c’est aussi vague tout ce qui se passe en ce lieu, on en revient pas d’avoir marché pour retrouver ce vide, les lumières de la nuit. On restera jusqu’à ce qu’il fasse jour. Le pavé sera couvert par le bruit du trafic. Le chemin fera tampon. On rentrera, on fermera les volets.
Catégorie : CHEMINS
les idées se débarrassent des corps.
Quelle drôle d’idée ont les idées de se flinguer, par débiteur interposé piégé au guichet du simple éclat de leur nectar, retourné comme rat mort ou traître défiguré, tandis que roule son couvre-chef, une ombre qu’un souffle de vent invente, dissipe.
Toutes les maisons ont leur odeur propre, les personnes une atmosphère, ce coin de forêt, ce point de vue, ce regard qui scintille et s’enfouit dans une rémanence obscure et indéfinissable de la mémoire.
Votre éloignement, votre absence, nous prennent, nous manquent, aucun reflet dans le miroir, devant lequel, à nous laver, nous habiller, feindre. L’heure et le ciel ne sont pas programmés. Le trajet qui mène au travail est exténuant, nous restons d’étranges proies indigestes à l’obsolescence des machines.
Pourtant, encore peu, réjouis à la vue des feux-follets sous le croquant des crevettes grillées, et plus encore, les feux-follets nous embrasaient. Le crime parfait, la candeur sur la route de l’amour attend son prochain client, l’arrogant désinvolte qui la couvrira d’or, l’inimitié élective, la haine originelle, universelle etc., fait son boulot, son leurre, le temps ne fait rien à l’affaire.
Let’s Get Lost – Chet Baker Documentary (Bruce Weber)
in the night, I am quite a romancer
Quelque fois au réveil j’entends une musique venue de très loin, brouillée par des levées de grands vents invisibles, de sorte que je ne sais si elle existe ailleurs que dans ma tête.
Christophe Colomb avait bien du mal ce matin à traverser le tunnel, peut-être qu’il y avait passé la nuit, il se retourna et me vit, complice de ce que le mur, hein mais non qu’il ne le tenait pas, comme les autres devaient le voir, il s’y tenait comme le casque d’un cosmonaute. Des babilles et ritournelles, des évasions sans rivage, des invasions génocidaires, Christophe Colomb n’en finit pas d’errer, il m’a demandé où était la lune mais n’y voyait plus.
partir où?
Où aller ? accoster à quoi, qui ? autour les plaintes, répondre, ajouter, dire presque, s’en foutre, oubli au plus vite, la nausée, la corvée de cordée, le jugement sanguinaire. Ce sale moment ne passe pas, la vigueur d’après reviendra t-elle un jour ? ne pas oublier (tu l’oublies tout le temps) un coin où te caler, ou simplement l’avoir à l’œil, tu peux finalement facilement imaginer la pièce vide n’ayant jamais accueillie quiconque. Un recoin qui te sépare, un coin de rumination silencieuse à rejoindre, s’éclipser au plus vite. Oublié le chemin parallèle, retrouvé pourtant, par hasard, où pour avancer, sans s’arrêter, d’impasses sauter d’un chemin l’autre – giratoire, kangourou, roue de secours. Croyant suivre un chemin, d’une prière faite sans connaissance, pour une troisième voie, le tapis roulant est en panne.
Donc tu recommences, pratique, deux bases de départ, suffisent pour traverser (plus de deux ferait rester, ce qui n’arrange rien). Passer de l’une à l’autre comme à une seule. Sur un seul fil c’est trop casse gueule – tu n’aimes pas suivre, c’est peut-être ça en fin de compte, ce que tu te demandais et que tu n’as jamais su, où vont-ils chercher ce plaisir dominical à s’entraîner sur des vélos, des motos, à faire des km ceci cela à tuer le temps, les couloirs de supermarché, les vitrines de verre closes emboîtées aux murs, indistinctes, aux miroirs : suivre ce seul fil que dans l’antichambre du gardien tu regardes passer, comme si c’était des ombres. Tu planques le chargeur à la prise de ton service, sous la table, tu le glisses derrière le paquet de frites du congel. Tu préférerais boire une bière sur la pelouse municipale. Une seule base est bien la seule qui compte. Ta ronde commence par le balai, pour une fois tu ne veux pas partir, tu t’attardes sur le seuil, sur le couloir, le sol qui se balaye, ton ordre de route ne comporte pas la moquette, ni les escaliers de grilles métalliques, par endroits tu traverses des poches d’air froid et humide. Tu tournes en rond peut-être, mais rien ne se dérobe, tu ne comptes pas le temps qui reste pour partir, tu rêves par l’embrasure de futur, d’un horizon barré de grands écrans relais renvoyant celui d’après, globe en boucle, cadran des lignes de fuite, tu descends les escaliers des rues d’Athènes.
Par le balcon, un moment, le bruit a fait trembler les vitres, souvenir de la dernière excursion, reprendre d’où, là, où on s’était dit, allez, encore un tour, déménager, d’autres villes. Sort habituel des chemins parallèles de mener à la friche, à un couvert de ronces de buissons de pierre et de métaux, à des bouts de bitume, de béton, à des plages, à des routes, à se perdre de vue. Recommencer ; du balcon les avions laissent des airs de bouées, en bas des ânes fourbus mangent aux ordures, plus loin un radeau suffit, en attendant d’être à sec, un seul chemin de 1ère 2ème et Xème Classes qui s’ensuivent au bonheur la chance.
valises
Le paysage est pittoresque, les greniers dorment tiroirs ouverts, vieux tickets grattés, dessins de grottes, des portes qu’on claque, contours, détours… dans les rues plus bas les façades vitrées offrent un supplément d’âme à ceux qui déambulent, en vagues contenues, qui s’effacent, se succèdent, à deux doigts, une goutte, un nuage d’une frénésie panique. En bas donc c’est encore, oui c’est calme, on est pour l’heure pas trop mal loti, une foule consommatrice bien avisée se regarde sans se voir aux écrans de contrôle et dilapide ses rêves en objets gradés, bradés, voitures de luxe maisons blindées, offres exclusives, repos à la terrasse des gastronomes, biens culturels et roses inclus. Surplus de jouissance d’une âme qui manque, ou très à la traîne comme un organe à la sauvette chez leurs vendeurs nerveux.
Ainsi croquignols du survival et consommateurs effrénés se détestent, s’ignorent, se jalousent. La grande chute dure. L’arbitre (qui se verrait bien siéger à la tête d’une commission, lui aussi, qui serait des droits de l’homme) prendrait plutôt parti que c’est les pauvres qui doivent payer.
Chez moi la machine à laver fuit et j’me vois mal poireauter dans une laverie, le lavoir lui est à sec. On me dit que les machines devraient être livrées avec une garantie minimum de vingt ans, qu’elles auraient le temps de s’humaniser, pousser, bricoler un escalier pour Mars. On me dit qu’on aurait droit à une ingénierie sociale redistributive qui surtaxerait à mort les objets chiffrés dépassant disons le mille €, je n’me rappelle plus bien. Comme on ne sait pas quoi faire des demi-mesures on affirme d’emblée la force des mesures comptables, élevées au rang de matrice et d’investissement matériel d’une justice sur terre; un peu de soucis pour son corollaire immédiat, les coûts d’une dominance exorbitante à établir qui puisse les garantir. Serpent qui se mord la queue.
Mon linge ressort pas toutes les fois très propre du cylindre et je dois me lever afin de ne pas perdre de vue les archivistes, les déménageurs immobiles qui, d’une ville l’autre empruntent déclassent incorporent agrandissent les étages de Babel. Ces imprévisibles couche-tard et lève-tôt ne me voient pas déguisé au bar qui leur verse le café tandis que nous dormons debout, et qu’au revoir je porte leurs valises.
occupé par un papier
Encore ce rêve où rien n’indique où j’habite, la langue est étrangère, comme une lettre sans usage dans la chaîne des mots, un panneau qui ne tient plus. Quand je sors pour reconnaître l’alentour, je reçois le secours de quelques vieillards qui m’envoient d’une main tendue ici et là à des endroits même opposés, quand j’aperçois tant bien que mal la façade blanche de chez moi. Je cherche dans des tiroirs vides un papier je ne sais pas lequel pariant qu’il permettrait de me rendre à n’importe quel autre coin, d’emprunter autant de transports possibles, et pouvoir d’évidence rentrer quand je le décide.
Il se peut qu’avant la route était bleue, les compteurs jaunes et bleus, la radio annonçait beau temps, la voix nasillarde mariée au vent à la poussière, aux oreilles derrière le foulard, au réjouissement d’aller au devant du temps, de rire des oiseaux affolés à notre approche, de tenir l’équilibre le plus vite possible les yeux tournés aux feuilles volantes derrière la roue des vélos.
On peut imaginer à la porte une hôtesse toute en jaune qui vous gratifie d’un accueil de velours, tu te retournes — tout ça est plus qu’improbable : mieux donc : un moulin d’eau où lors d’un discret banquet de séminaristes, sourire aux lèvres, toute en jaune, l’hôtesse vous reconnaît, vous tend un toast au canard laqué. Que fais-tu là ? sans importance, par contre à elle le lui demande. Il se pourrait encore qu’il soit là en fin de matinée à l’heure de l’apéro ; le préposé au relevé du compteur taperait un carton avec un représentant de cravates. Ou encore une panne d’essence, ou un truc KKK dans l’odeur de pisse. Ça se passerait peut-être sur une île, ou sur la butte d’une ville prospère. L’odeur de peinture fraîche et d’essence ; derrière la porte quelqu’un dirait c’est tout c’est terminé.





