7-8 juin 1525

Un rêve d'Albrecht Dürer

La nuit du mercredi au jeudi après la Pentecôte [7-8 juin 1525 ], je vis en rêve ce que représente ce croquis : une multitude de trombes d’eau tombant du ciel. La première frappa la terre à une distance de quatre lieues : la secousse et le bruit furent terrifiants, et toute la région fut inondée. J’en fus si éprouvé que je m’éveillai. Puis, les autres trombes d’eau, effroyables par leur violence et leur nombre, frappèrent la terre, les unes plus loin, d’autres plus près. Et elles tombaient de si haut qu’elles semblaient toutes descendre avec lenteur. Mais, quand la première trombe fut tout près de terre, sa chute devint si rapide et accompagnée d’un tel bruit et d’un tel ouragan que je m’éveillai, tremblant de tous mes membres, et mis très longtemps à me remettre. De sorte qu’une fois levé, j’ai peint ce qu’on voit ci-dessus. Dieu tourne pour le mieux toutes choses.    Journal de Dürer

vous ! vous ! vous !

Adèle Natter: Il y a quand même d’autre sujet d’intérêt au monde que les femmes!

Hofreiter : Oui, pendant les pauses entre l’une et l’autre si l’on en ressent le désir, on peut construire des usines, ou conquérir des pays, ou écrire des symphonies ou devenir millionnaire… Mais, crois moi, tout cela n’est que foutaise, la seule chose qui compte c’est vous ! vous ! vous !                                                                 A. Schnitzler, Terre étrangère

Film complet, Беловы, Belovy, (The Belovs), (S-T anglais) (60′ – 1993) ICI 

Victor Kossakovsky: Filmographie

 

Lullaby (2012 – 3 mn.) Sur les sans-abris

¡Vivan las Antipodas! (2011) Extrait de 6 mn. Film entier ici. Entretien avec V. Kossakovski.   

Svyato (2005, doc. 33 mn. Film entier). Filmer face à un miroir sans être vu. « Dans les années 1986-1989, pendant mes études de cinéma de Moscou, j’habitais à la cité universitaire. C’était un bâtiment très particulier, où on ne pouvait pas trouver un seul miroir. J’y étais encore au moment de la naissance de mon fils aîné, et un beau jour, quand il a eu à peu près deux ans, j’ai réalisé qu’il n’avait encore jamais vu son reflet dans une glace. Au cours des quinze dernières années, en onze endroits différents, avec toutes sortes de caméras, onze fois, j’ai filmé ce moment précis, avec onze bébés, mais sans parvenir à un résultat satisfaisant. C’est vraiment difficile de tout calfeutrer partout où l’on se trouve, une simple cuillère renvoie un reflet… »

 Тише! Tishe! (2003, 80 mn. Film entier) Doc. Depuis la fenêtre de son appartement,  selon le hasard, à l’occasion des préparatifs des célébrations du 300e anniversaire de St-Petersbourg.

2000 – Jardin d’enfants – le triangle amoureux, 52 mn.  /  2000 – Sergueï et Natacha, 16 mn.  / 1998 – Pavel et Lialia , 35 mn, film entier. Pavel et Lialia ont quitté Saint-Pétersbourg et vivent en Israël. /  1991 – L’Autre jour, 10 mn. Un homme mort git par terre en plein centre ville, à Saint Petersbourg.  /  1989 – Losev ; 60 mn. Sur Losev (1893-1988), philologue, philosophe et penseur religieux.

« Avant le venin, le serpent glace le sang dans nos veines » *

(* – Bachelard, La Terre et les Rêveries du Repos, Paris, Corti, 1948, p.296)

«II nous semble qu’on (pourrait découvrir) une véritable ligne de force de l’imagination. Cette ligne de force partirait d’un pôle vraiment vital, profondément inscrit dans la matière animée, — elle traverserait un monde de formes vivantes réalisées dans des bestiaires bien définis, — puis une zone de formes essayées comme rêves expérimentaux [ . . . ] , — elle aboutirait enfin à la conscience plus ou moins claire d’une liberté presque anarchique de spiritualisation. Tout le long de cette ligne de force, on doit sentir la richesse de la matière vivante; suivant le stade de la métamorphose, c’est la vie sourde qui brûle, c’est la vie précise qui attaque, c’est la vie rêveuse qui joue et qui pense.» Bachelard, Lautréamont. Éditions José Corti, 1951., p. 179-80

The Brussels Business

Documentaire réalisé par Mathieu Liétaert et Friedrich Moser, Printemps 2012

gauche droite

le temps file

Jérôme Bosch n’a laissé d’écrit que sa signature, reprise et confondue par de nombreux copistes et multipliée par de nombreux faussaires; Jheronimus Bosch, Bosch, du bois de la ville, Hertogenbosch, Bois-le-Duc, où il vécut. Mais son origine est flottante, puisqu’on l’appelle aussi Hieronimus van Akcn ou van Aquen ou Jeroen van Aken, du nom d’Aix-la-Chapelle (autrefois Aken ou Aecken, aujourd’hui Aachen). Un registre conciliant l’inscrit sous le nom de « Hieronimus Aquen als Bosch ». Comme cela n’avait pas d’importance, époque bénie où les papiers d’identité n’existaient pas, l’étranger tombait du ciel. Nom prodigue comme le chiendent qui livré aux chroniqueurs espagnols se trouve écrit Geronimo Bosco, Bosque, dcl Bosco, Boss, Bosqui, Hieronymus Bosz ; Les Italiens l’appelaient de Bos di Ertoghenbosc  et Guicciardini, de Girolamo Bosco di Bolduc.

Erasme à dix sept ans passa trois années à Bois-le-Duc pendant que J. B peignait. « Les autorités religieuses gâchent les talents » écrira t-il, «les peintures idiotes ou obscènes doivent être enlevées non seulement des églises mais encore de chaque ville».

Passé l’atelier, le chevalet, au terme d’innombrables retournements façon de plier déplier en quatre un cercle, l’œil de la roue des Sept péchés capitaux et des quatre dernières étapes humaines, s’est fixé; le monde renversé par le péché, remis en place. Marges pour Cl. Rosset, espoir versus Ludwig Wittgenstein « Une roue qu’on peut faire tourner, sans que rien d’autres soit en mouvement avec elle, ne fait pas partie du mécanisme »

L’œil talisman au centre du tableau perpétua la vision : « Cave Cave Deus Videt » : Attention, Attention, Dieu vous voit. Des siècles ont passé, courants et marées ont balayé les hommes, la mer aux jours sans vent est inchangée, plate, nuit/jour tranchés net par l’horizon. L’histoire et ses promesses eurent aimé que les visions reviennent aux limbes, nettoient le ciel, passent les pluies de météores. Chassées les visions (dont l’auteur de l’oeuvre-ci demeure apocryphe) restent les meurtrières qui les ont vu naître, le filet des vieilles grilles saturées de vernis.

Il fallut qu’une niche de repos s’offre, la toile de 120×150 cm vue depuis l’oreiller s’imposa, haut bas ramenés au plafond, à zéro. Dessous, allongé sur le matelas, afin de faire bonne mesure de tant d’avertissements, le sommeil s’immisce, écarte les vapeurs laiteuses de la voute céleste, le plafond se creusant alors, concave, face au creux de l’oreiller, tailla dans l’air une sphère, dissipa les piaillements de la cour de récréation, la chaleur des buches noueuses, la lenteur du vol effarouché d’un papillon. Le superflu éliminé, les pensées les actes portant la marque de l’effort, balayés, la pièce fort aise se vide, le temps file laisse les secondes s’égrainer au sol et s’éteindre, le jour par la fenêtre de laquelle sauter, effriter la terre, une part d’argile, l’autre de poussières.

limites de l’os

Wilhelm Brasse, dit « le photographe d’Auschwitz » est mort le 23 octobre 2012 à l’âge de 95 ans à Zywiec, lieu de sa naissance. Pour survivre, garder la vie sauve, il accepta de photographier près de 50 000 détenus entre 1940 et 1943. Le délire technique et documentaliste nazi pré-écrit à la tronçonneuse le chemin de croix qui se retourne en fac-similé, fiévreusement branche les néons de l’horizon neuf : les boules de cristal tintinnabulent, les pendus se  balancent au nœud coulant de l’origine, les pierres de fondation sont indéboulonnables, preuves et sacralité en self-service : l’inflation contemporaine de l’info-com’, des rapports de suivi et des réunions en portent la marque ; centres de tri du réel selon une hystérie de la représentation, où dès lors le temps neutralisé, débarrassé de ses scories, du malheur de la répétition, appartient au chef d’orchestre : en sortant de sa loge il éteint la dernière lumière du spectacle, et se réveille à midi en traînant des cadavres.
« J’ai dû faire de gros plans. Le Dr Josef Mengele me disait de prendre des photos de telle sorte que l’os de la mâchoire entière soit visible, je devais en faire de gros plans. J’ai fait les gros plans à la lumière dure, on pouvait voir à l’os », dit Brasse. « Plus tard, mon patron m’a appelé, et il a exprimé son bonheur avec les photos que j’avais prises, que je les avais prises au moment où il avait besoin d’elles ». Brasse s’essaya au sortir des camps au portrait photographique, mais ne put : « Chaque fois que je regardais dans le viseur, je voyais les jeunes filles juives. »
En 2005 le documentaire Portrecista (le portraitiste) de Ireneusz Dobrowolski, retrace sa vie.
« Ces jours-là, je lisais justement le récit de la mort de trois cent quarante juifs hollandais dans les carrières de Mauthausen. À l’arrivée du convoi, le lieutenant Ernstberger fait comprendre à Glas, un détenu politique qui est secrétaire de baraque, que selon les ordres, ils ne doivent pas rester en vie plus de six semaines.
Glas émet des réserves : condamné à trente coups de bâton, il est remplacé par un droit commun. Le lendemain, les juifs hollandais sont menés à la carrière. Au lieu de prendre les cent quarante-huit marches de pierres, ils doivent descendre par les éboulis abrupts. Tout au fond, on leur met une planche sur les épaules et, dessus, des blocs de pierres trop gros. Dès la première marche, les pierres glissent des planches et écrasent les pieds de ceux qui se pressent derrière. Chaque accident entraîne des coups. Plusieurs juifs hollandais se jettent du haut de la falaise dès le premier jour. Puis, neuf à douze personnes sautent ensemble en se tenant par la main. Les employés civils de la carrière adressent une réclamation aux SS : ils se plaignent de ce que les lambeaux de chair et de cervelle qui recouvrent les rochers ‘offrent un spectacle horrible’. Une équipe de travail nettoie les pierres avec de l’eau sous pression : désormais des détenus fonctionnaires montent la garde et toute infraction entraîne un châtiment exemplaire. On peut dire que le désir de mort est puni de mort. Et même ceux qui ne veulent pas mourir sont tués. Tous sont massacrés en trois semaines au lieu de six. » Imre Kertész, Le refus,p.46.