l’enfance revenait héroïque, l’île déserte que nous découvrions est un champ de ruines
Auteur : roma
donnez-moi un plafond
j’ai gardé ce qui reste, j’ai mis de coté un peu de ce qui a débordé, j’ai mis un point, allégé ma valise, j’ai étiré le temps, plié replié la page, la page dépliée en éventail, j’ai fait semblant d’être là, j’ai gardé ce qui reste, j’ai trébuché, je me suis relevé, je suis reparti un peu à coté, le chemin s’est allongé, indéfini, le temps interminable, ou le temps s’est-il raccourci ?
quand ça va pas, ne tourne pas rond, l’insomnieux aux cents pas cherche désespérément l’équilibre entre longueur et légèreté, à se glisser dispersé dans le balancement du cercle, l’accord du saut et de l’extinction
au jour le jour
S’il n’y a jamais eu ni concept, ni théorie, ni même forme délimitée ou fixée du fragment, c’est qu’il ne saurait en être autrement, non à cause de déterminismes historiques ou «extérieurs», mais à cause de la nature même du fragment. Ni théorie, ni concept, ni forme du fragment n’aident à penser l’exigence fragmentaire. C’est même, très exactement, cette méconnaissance, et seulement cette méconnaissance, qui peut aider à lire l’exigence fragmentaire. Cette méconnaissance n’est pas qu’une erreur elle est le mode même de la pensée qu’exige le fragmentaire: une pensée qui pressent mais qui laisse échapper, une pensée qui entrevoit mais sans peut-être les avoir jamais.
Ginette Michaud, Le fragment dans les textes de Roland Barthes, Théorie et pratique de la lecture, p. 54 (thèse de doctorat, Montréal, 1983)
tv paradisio
Il n’avait jamais vu une télévision, la télévision. Il pensa qu’en son absence les hommes furent allés au bout de leur rêve, il usait du passé simple n’y croyant qu’à moitié. Qu’ils avaient fait jonction entre somme et éveil, passé un compromis, des couleurs aux nuits blanches. On pouvait voir le monde bouger sans voyager ou prendre l’avion sans jamais se poser, voir tourner le monde sur une tête d’épingle, on pouvait vendre la vie en pièces et les détacher de sa misère, suivre le monde en pièces, recomposé sur la même place. Jusqu’aux pistes de montagne, par le rétroviseur intérieur du bus, on abandonnait l’éloignement interminable des sommets en déplaçant le regard juste de coté, vers où on allait, dans la télévision, glissant sur la musique d’une marque de savon. L’aurore si attendue qu’on en supportait la nuit tout autour.
chaosmos
La chanson que chantait la petite paraissait être d’un genre tout à fait joyeux et heureux. Les notes retentissaient comme le bonheur lui-même, le jeune et innocent bonheur de vivre et d’aimer ; elles s’élançaient, comme des figures d’anges aux ailes allègres immaculées comme la neige, vers le ciel bleu, d’où elles paraissaient ensuite retomber pour mourir en souriant. Cela ressemblait à une mort de chagrin, à une mort causée peut-être par une joie trop grande, à un excès de bonheur dans l’amour et la vie, à une impossibilité de vivre à force de se représenter la vie avec trop de richesse, de beauté et de délicatesse, si bien qu’en quelque sorte l’idée subtile et débordante d’amour et de bonheur qui venait envahir l’existence avec exubérance semblait trébucher, basculer et s’effondrer sur elle-même. — Robert Walser, Seeland, La promenade, p 49, Zoé.
___________ #4
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ne savons rien faire plus parfaitement qu’ouvrir et fermer les yeux
maintenir un minimum d’attention, la densité d’une ombre
la nuit cette fois avait avancée, nous n’étions plus là au matin, la nuit nous avait pris.

