___________ #11

 

Pierres offertes aux mains la nuit. des jours où le vent donnait congé, quand le froid sortait de terre. Sait-on encore de quoi il parle ?

« D’abord où sommes-nous ? » avons-nous entendu. on le regarda, nous longions les parois de l’iceberg, on le réchauffe nous chuchotions-nous, on se promettait de lui redonner d’urgence des cours de langue : tes yeux, ta bouche, le lait, le soleil, les brumes.

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___________ #10

blanc que la neige assemble, la nuit tombe sur la mer, derrière les rideaux le vent dans les cloches. à force d’échouer un seul mot suffit

comme ça

« Le mieux, c’est de faire semblant de comprendre.  /  Faire semblant de comprendre, mais en fait ne rien comprendre.  /  En réalité je ne comprends rien, strictement rien.  /  C’est comme ça. »  

Gao Xingjiang, dernières lignes de La montagne de l’âme, éd. de l’Aube, 2000, trad. N. et L. Dutrait, p. 670 

évasion au manège

Personna 1968

sans la corde, plus légers, le froid plus net. brouhaha, il aurait fallu être plus loin pour que naisse un prélude. starting-block à la renverse, des nids de poule les têtes émergent, des pièges à la cheville on s’habitue à tout, aux verticales de guingois, à coucher en meurtrières aménagées parc fortifié. mise au vert, l’attente du soleil traîne une bonne aumône, peut-être du dessert, bandelettes salivées, un ruban bleu tortille entre les explosions, perce à l’horizon, mansuétude des robots visionnaires.

mode

Chaque génération ressent les modes de celle qui l’a immédiatement précédée comme l’anti-aphrodisiaque le plus radical qui se puisse imaginer. En portant ce jugement , elle ne se fourvoie pas autant qu’on pourrait le supposer. Toute mode contient en germe une satire amère de l’amour, et les perversions les plus brutales qui soient. Toute mode est en conflit avec l’organique. Toute mode est l’entremetteuse qui accouple le corps vivant au monde anorganique. La mode fait valoir les droits du cadavre sur le vivant. Son principe vital est le fétichisme, qui succombe au sex-appeal de l’anorganique.

(Walter Benjamin, Baudelaire, éd. La Fabrique, p. 422)

temps cannibale

Max Klinger (Detail) la mort qui pisse, 1880le jour est de plus en plus court, le temps file, déborde, fatigue – une impasse sur la nuit, des stores, des nuits de plus en plus blanches, la mémoire longue qui s’endort, l’exigu gonfle à vue d’œil – n’avoir rien vu venir, tout ce temps volé, par quel tour croire que maintenant on sait ? réunis, exténués, déplacés par des rêves archaïques, tanguant de colère et malheur, prisonnier d’une ombre, temps vorace, et la mort riant te rattrape, malheureux, te dire tout ça n’est pas histoire de temps   /   Dehors la nuit et la neige. la méditation est une façon radicale de laisser le temps passer, la mort rit à chaudes larmes, ondule le silence. le bruit des combats approche et nulle place pour fuir. le rêve est un véhicule emprunté. les chemins passent entre les rêves pour les réunir, des syllabes s’y prennent, le chat suit des yeux les échanges invisibles