lors d’un beau soir de printemps 1792

J 1004.    Lors d’un beau soir de printemps 1792, couché près de la fenêtre du jardin, qui est à environ 200 pieds de la ville, j’ai dressé l’oreille pour voir ce qui de la fameuse ville de Göttingen parvenait jusqu’à mes oreilles, et c’était

1)  le murmure de l’eau du grand moulin  2) le bruit de quelques chars et calèches 3) des cris clairs et animés d’enfant qui étaient probablement à la chasse aux hannetons sur les murs de la ville  4) des aboiements à diverses distances, avec des voix et des humeurs variées  5) 3 ou 4 rossignols dans les jardins alentours ou en ville  6) d’innombrables grenouilles  7) le choc de quilles renversées  8) un cor dont quelqu’un jouait mal, ce qui était le son le plus désagréable de tous.

Lichtenberg. Paris: Allia, 2014, p.104

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le même jour

(Pozzo) « Vous n’avez pas fini de m’empoisonner avec vos histoires de temps? C’est insensé! Quand! Quand! Un jour, ça ne vous suffit pas, un jour pareil aux autres il est devenu muet, un jour je suis devenu aveugle, un jour nous deviendrons sourds, un jour nous sommes nés, un jour nous mourrons, le même jour, le même instant, ça ne vous suffit pas? Elles accouchent à cheval sur une tombe, le jour brille un instant, puis c’est la nuit à nouveau ».  (S. Beckett, En attendant Godot, Minuit. P. 126)

Image[N'y a-t-il pas un monde invisible] - [estampe] : Odilon Redon

s’élever immobile

trouver une musique qui s’accorde à la dimension de ta tête, qui la traverse, de long en large, qui ne la dépasse ni ne l’entraîne, qui s’y promène, y est bien, y reste, qui effleure le silence, souffle un rythme caché, l’ombre qui s’efface

 

 

sans suite X

divisés du monde, d’autant par le miroir démultipliés, se tenant devant comme des originaux

la tête ne suit pas et l’esprit va dormir, la porte royale poussée, ainsi l’ambition ouvre la voie

la bourrasque me déporte, m’enfonce à flanc de forêt, glissade, banc de feuilles mouillées, pas trouvé mieux, troncs évités. au bout un chant d’été crépusculaire à la surface du ruisseau devenu torrent lent et épais

les animaux affamés se perdent, il pleut sans cesse depuis des jours. dissiper le temps, accompagner la promenade du chien

sage loup qui nous apprend depuis la première rencontre ce que ne voulons ni voir ni savoir

des bois, des forêts, tour à tour la charrue et celui qui ne la pousse pas

le roulement des pavés dans les brouettes et les mauvais chemins

avec l’idée fixe d’escalader la montagne immobile, léger progrès dans la pensée

sans mouvement, et sans répit. usure, effacement des limbes. le nom et la fonction des objets s’échappent, attendant leur disparition

calme après la tempête, les portes de l’attente baillent, le calme grandit, au guet balaye tout ce qui arrive

grande neige du dimanche, aucun pas sur le chemin, toute la lumière tombe en silence, rosée du lointain vole dans le ciel de demain. puis au dos le bleu du ciel, terrasses au désert

le papillon, le verre qui tombe, qu’il y ait vents, courants, ou pas, les pierres dérivent, des bras les lancent des sommets

avant que

avant que les robots ne se suicident, nous nous serons efforcés bien avant eux de faire le tri parmi nous, énergiquement, avant qu’il ne soit trop tard, afin que les robots nous viennent en aide à faire le tri parmi nous parmi le vide

sans suite IX

pleins feux sur le labyrinthe, les robots libèrent les hommes, le zoo est ouvert, les animaux ne trouvent pas la sortie, les hommes se perdent dans la ville sans limite, le signal avec les robots n’est plus, des fantômes viennent à leur rencontre

dans les vastes ruines d’un temps fini, l’espoir à chaque porte, le nom donné aux statues relevées

les robots armés plus humains sur le champ de bataille que les humains, désarmant

robot-revenant à fureteuse mémoire vit sa vie petite source sombre d’associations, revient en surface labour sableux faible, mission trouée, reprendre l’archivage des unes en live pour planète terre, nostalgie d’un recommencement, roulement d’une bouteille à la mer

chronique d’un temps qui s’effondre. On repartirait à zéro, zéro cette fois fermé à double-tour

la vie est un film, juste après

comment passer du temps-cinéma à celui de la rue. La tête de l’homme appartient à tant d’espèces

un lâche restera caché dans le scénario du pire

le contexte changeant nous voile

inventer des langues que google ne reconnaîtrait pas, secourir les robots accablés, déconnectés, souffler à l’oreille des robots peluches, aristocratiques

l’enclos des religions cachent la relique d’un vieillard

assis la journée derrière la vitre, tombe la neige, neige jours et nuits encore si calmes, diamants taillés en poussières, folie parfaite, course en chambre de plus en plus rapide, surface qui se réduit si petite chacun l’ignore, le crépuscule fond, nage un énorme poisson rouge

quelques mots tombent et se suivent selon leurs résonnances, sans se lier, pas longtemps. Quelques pas en cercle dans la pièce, un vide concentrique

parler ne dit, le temps manque. des sages cul de jatte, renonçants, sages et renonçants, une foule ou chacun s’évite, condamné à murmurer, à grommeler, maîtres des feux de paille

troublant que le corps en sache plus sur soi que soi, tout n’est pas perdu

s’embêter à porter l’attention sur son corps à chaque fois montant l’escalier

chacun sous l’emprise a sa chance, les pauvres achètent aux pauvres d’autres pauvres etc.

l’enfant exilé, nouvelle humanité

03_Untitled, Constellations 2012 © Grâce Kim