masque

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Il ne vieillit pas, il est son propre masque, seuls ses yeux son mouvants mais enfermés derrière. Sa base s’est fendue, il disperse les débris un pied ici un pied là. Il arrive le vent, les bourrasques, qu’il regarde du coin de l’œil. Les cendres l’asphyxient.

ni ce qui est neuf ou passé

Edge of San Timoteo Canyon, Redlands, Californie 1978 Photo de Robert Adams.jpeg

Lorsque ma vie passait quelques tunnels obscurs je revenais souvent épier en pensée ce lieu continuellement retiré et silencieux où je n’avais jamais été. Plusieurs nuits s’étant rendues, la distance fut franchie, je relevais la tête; le lieu m’était méconnaissable, quoique certains éléments anodins d’arrière-plan, comme flous dans la mémoire, le désignaient lui assurément, mais par intermittence. Un brouhaha lointain régnait et j’entrepris mes jours à explorer les alentours pour remonter sa source. Passant du silence au brouhaha au silence je dormais beaucoup je ne sais où et m’égarais. Je laissais mes pensées se délier sans m’y interposer, interrompues par une alarme, persévérant sur d’infranchissables et ridicules obstacles. Je continuais très secoué en tous sens, ressaisi au sol, tiré lentement en arrière. Un peu plus loin tout le jour la lumière restait uniforme, un pays où on ne sait jamais l’heure quand on se réveille ni ce qui est neuf ou passé ni quand s’arrête l’interminable voyage.

 

trou d’air

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Les fenêtres m’ont largué mais demeurent une belle découverte. Si la vie est longue et toute petite, la maison vue du ciel est un trou, une termitière de pierre, des couloirs aux vents froids.

Se déplacer dans un quartier vide et bruyant, éviter les ronces et les bulldozers, revenir, la maison vit encore, les murs dorment dans la nuit, des fenêtres retiennent la dernière seconde, les volets sont empilés à l’intérieur. Comment renaître dans un monde qui n’existe qu’à peine?

Derrière les rideaux s’étire la multitude des héros cassés, des amoureux sont passés, il y a longtemps que l’heure s’est arrêtée, certains ricanent à la télé, ton ombre se réchauffe, se colle à la lumière, les chuchotements du silence se sont tus.

Tomber, tomber mollement, apprendre à bien tomber, se déniaiser, roulant sur soi, se régler, pile électrique au réveil. Du corps le rêve se dessine, un creux se forme au-dessus au-dessous. Parmi les choses qui tombent un creux se forme aussi, les unes remplacent les autres. Ceux qui courent n’auront pas été loin.

la casquette de Cioran

« Mer déchaînée. Cet après-midi, j’ai voulu m’acheter une casquette de pêcheur. Mais je me suis dit que j’étais indigne d’en porter une, vu les dangers que ces marins affrontent. »  (E. Cioran, Cahiers)

abris à chaleur

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« Ils parlent des besoins et des fourrages, puis commencent à se quereller, à se dévorer mutuellement ; ils ne croient pas ce que dit l’autre, ils se méfient. Qui tient l’auberge et saoule le peuple ? Le moujik. Qui a dilapidé l’argent de l’école ? Le moujik. Qui parle dans les assemblées contre le moujik ? Le moujik ».

(Anton Tchekhov, Carnets. p.222, Ed. C. Bourgois)

 

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indifférence

« Sans doute le sublime, l’éternel existent, mais tout cela se trouve hors de la vie ; ce qu’il faut, c’est ne pas vivre, se fondre avec le reste, puis dans un calme serein, regarder avec indifférence. (Anton Tchekhov, Carnets, P. 227, Ed. C. Bourgois)

La nature réconcilie l’homme, c’est à dire qu’elle le rend indifférent. Et dans ce monde, il faut être indifférent. Seuls ceux qui sont détachés sont capables d’être clairvoyants, d’être juste et de travailler ».

(Lettre de Tchekhov à Souvorine du 4 mai 1889, in Bibl. de la Pléiade, Anton Tchekhov, volume 1)

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