une lourdeur le lestait

« Je regardais le ciel quand je vis un nuage transparent, très particulier – une lourdeur le lestait. » Kenzaburô Ôé.

Fukushima – Focus sur le réacteur n° 4

Mitsuhei Murata, ex-ambassadeur du Japon en Suisse et au Sénégal, annonce une possible fin des temps. 

S’exprimant lors d’une audience publique de la commission budgétaire de la Chambre des Conseillers, le 22 Mars dernier, Murata avertit que « si le bâtiment endommagé de l’unité 4 – avec 1.535 barres de combustible usé suspendues dans la piscine à 30 mètres au-dessus du sol – s’effondre, non seulement il provoquera un arrêt des six autres réacteurs, mais affectera aussi la piscine de combustible usé contenant 6,375 commune barres de combustible, situé à quelque 50 mètres du réacteur n°4. »

Des deux côtés, les barres ne sont pas protégées d’une enceinte de confinement (…) Ce serait une catastrophe mondiale comme nous n’en avons jamais connu (…) responsabilité incommensurable du Japon à l’égard du reste du monde. Une telle catastrophe durerait des siècles. Le nombre total des barres de combustible irradié sur le site de Fukushima Daiichi est de 11 421 (à l’exclusion des tiges dans la cuve sous pression).

Matsumura s’est adressé à Robert Alvarez, spécialiste du désarmement nucléaire à l’Institute for Policy Studies de Washington, ancien conseiller énergétique de l’administration Clinton et d’industriels (Areva, EDF) pour réfléchir au moyen d’éviter la catastrophe. Il rapporte les points suivants ; (…) Contenir le rayonnement de l’installation paralysée ne sera pas un mince exploit. Le combustible irradié ne peut être simplement soulevé dans les airs par une grue comme s’il s’agissait d’une routine. Afin de s’assurer contre le risque d’une exposition sévère aux rayonnements, ou d’incendies et d’explosions possibles, il doit être transféré en tout temps dans de l’eau et placé des structures fortement blindées en fûts secs (…) Les 11,138 assemblages de combustibles usés stockés sur l’usine de Fukushima contiennent  » 134 millions de curies de césium-137 – soit environ 85 fois le montant de Cs-137 de l’accident de Tchernobyl (estimation du « Conseil national américain sur la radioprotection »).

« Il est important pour le public comprennent que les réacteurs qui ont été exploités pendant décennies, tels ceux du site de Fukushima-Dai-chi, ont généré quelques-unes des plus grandes concentrations de radioactivité sur la planète » (…) ce serait sur l’échelle des catastrophes un événement difficilement descriptible (…) 85 fois plus de césium 137 que Tchernobyl a  libéré, qui détruirait l’environnement mondial et notre civilisation. Ce n’est pas sorcier, ça dépasse le débat pugilistique sur le plus ou moins de centrales nucléaires. Il s’agit d’une question de survie de l’humanité.

Akio Matsumura a envoyé une missive au secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon. « Il n’est pas exagéré de dire que le sort du Japon et le monde entier dépend de réacteur N ° 4. Ceci est confirmé par les experts les plus fiables, comme le Dr Arnie Gundersen ou Dr Fumiaki Koide, (…) « Le monde est  si fragile et vulnérable. Le rôle de l’Organisation des Nations Unies est de plus en plus vitale. Je vous souhaite la meilleure des chances dans votre noble mission (…) J’ai écrit aujourd’hui au premier ministre Noda. Je lui ai demandé de prendre en compte l’initiative de mobiliser la sagesse des humains vers la sortie du problème du réacteur n°4, en prenant pleinement en compte l’avis d’une  »équipe d’évaluation indépendante ».

Ban Ki-Moon au pli des lèvres de Joconde Bouddhique n’a pour l’heure pas levé le petit doigt. Reste t-il le temps de faire autre chose que colmater des fissures, arroser les poussées de fièvre intermittentes du corium, étancher les sols, baratiner sur la crise?

 La Corée inquiète, concentre toute l’attention. La Corée du Nord déterminée à lancer une fusée, blanche, « Unha-3 » ou « Voie lactée » entre le 12 et le 16 avril, le 15 étant la date de célébrations du centième anniversaire de la naissance du président Kim Il-sung. Porteuse d’un satellite d’observation terrestre, Kwangmyongsong-3 « Etoile brillante ». La technologie des deux premiers étages de la fusée est identique à celle d’un missile Taepodong-2 d’une portée de 6 700 km.

La Corée du Sud et le Japon ont déployé des unités de leur marine équipées de missiles SM-3 pour intercepter la fusée si elle traverse leurs espaces aériens. « Ce serait la première fois dans l’histoire spatiale qu’une fusée serait victime d’une agression dans l’espace ».

M. Jang Myong-jin, Directeur du centre spatial: « Même si nous avons faim, nous devons poursuivre notre développement technologique sinon nous allons devenir le pays le plus sous-développé du monde ». Sous les satellites le froid, les enfants ont froid et faim, leurs pères n’ont rien de fanatique, mais terriblement appliqués, surveillés, le travail est rare. Le trésor enfonce l’épave.

Sur l’écran radar Tepco met son garrot, Kim Il-sung retient son souffle, le communisme sera poussière de l’éternel. L’activité sismique au Japon depuis un an a été multipliée par cinq et a modifié les fonds marins.

Le mensonge de Fukushima – ZDF – 07.03.2012

 

conscience des méduses

Jai toujours cru au progrès, à une frontière quelque part vierge, un repos, espoir de progrès sinon des hommes du moins de moi quand rien ne va, par orgueil modeste et mesquin.

Je me disais un titre, « ça ne commence pas », ou «  interruption », juste un titre, pas plus, sans dessous, pendant que sur la jetée mon regard continuait à plonger sur les méduses, sous mon nez, sans être bien certain d’elles, de bien les voir je veux dire, confondues à leurs robes de percaline, aux plissés repassés, dont la taille oscille en reflets, robe ou capuche –ici sortant une tête vague comme une cornée lente, une algue amidonnée. Effet loupe ou miroir, à s’y casser le nez, à couler en radeau. Je passais au café, il était tôt, il neigeait, le néon dans le miroir. Les bulles de ta bière s’éclaircissaient et remontaient avec lourdeur à la surface, au bout d’un temps se perdant de vue avant d’y arriver, pendant que tu avais en tête les vieux de la vieille cherchés dans les cafés à l’écart. J’aime la marotte de Resnais à rendre hommage aux méduses , « On connaît la chanson » dans « Je t’aime je t’aime », et dans « Cœurs » où elles sont de neige travesties.

Ne plus écrire ? pas encore tout à fait, sans cette canne je risquerais de ne même plus essayer de tenir debout, pas sûr que la vie en serait plus facile. D’une malle plus ou moins pleine, vide et brinquebalante, mal fermée, tombe des débuts, pleins, mais qui s’arrêtent vite, autre chose détourne, une agitation à vide, des sursauts, déporté par ce qu’on a cru se saisir, et pas plus à voir pour autant. Plus de temps, derrière effectivement rien « comme avant » pour y revenir, et là, de là, aller où ? des débuts qui n’avancent pas c’est quoi ? des horizons bouchés, des signalisations déréglées, des motifs d’un dessein qui se juxtaposent, désaxés, aux couleurs brouillées, délavées, des statues de pâques sans tête. Ce pourrait à la suite des débuts qui ne durent qu’une journée, jour après jour, l’herbe verte, le foin. Par exemple, d’une journée occupée à rendre et faire l’attente supportable, à favoriser l’émiettement des blocs, souffler sur les particules, précipiter l’obsolescence programmée— taire sa méchanceté.

Le jour encore se lève, c’est un peu étonnant, quelqu’un s’est levé tôt, ok, bien ; café, fauteuil, musique. Levé tant qu’il y a quelque part où courir, sans risquer d’être arrêté, de peur de ne plus reconnaître, ce, répit, jusqu’à ce que la nuit tombe, dormir recommencer, jusqu’au vacances, les petits tours. Il y a du monde dans la file d’attente, là de ne pas pouvoir être ailleurs. Un peu de lassitude, on fait le mort, sa part. L’honneur d’être venu trop tôt, c’était les seules places ; le souffleur assiste les acteurs frappés d’Alzheimer, allongés ou pliés sur des bancs : il saute par dessus, la salle est dans le noir, les paroles résonnent, font des boucles. Autre chose ? on se regarderait tout en étant ailleurs. L’œil humide consolé par les animaux qui passent à la TV, filmés dans les terriers, les galeries, les voies de migrations suivis par satellites – Endossant, réchauffant, la sève de nos mythologies tandis que, sur notre cortège, le vent ramenait des vapeurs tendres au son du trombone. Avec gratitude nous commémorions les futurs chers disparus.

Tu apprends qu’il reste avant extinction 700 gorilles des montagnes ; En 10 ans, 70% de leur population a disparu. Déjà sur les écrans tu les pleures. Tu les mets au pinacle, tu leur mets tes habits, tes pantoufles, vanité du simplet.

Dehors, des jours après que la bande était passée, ni projet ni belles lurettes à prendre goût à rêver, des jouets traînaient au fond du jardin. On aurait pu racler la rouille, la glisser dans des bouteilles, jouer de solutions chimiques, mélanger à du blanc, enregistrer des tracés, stopper des réactions, fendre la bouteille. Risquer de s’endormir à ce jeu de l’illusion et l’infini. Sur l’oreiller tu lis « Le Monde » : « Les scientifiques ont suggéré que l’évolution rapide des gènes de l’audition chez l’homme était liée à l’évolution du langage. Nos résultats jettent un doute là-dessus, car les gènes de l’audition ont évolué chez les gorilles à une vitesse à peu près équivalente à celle des humains ».

 

« Et les images s’abaisseront jusqu’au sol »

Les muses reviennent sur le lieu des méfaits, changent nuit en soleil, écart minime, promenade des ombres dans la cour, le rythme écarquille les yeux, la répétition déplie sa ronde, les hurluberlus reprennent le balai comme pour la première fois ; tu avances ou c’est plutôt le paysage qui avance quand après des heures de train, à l’arrêt dans une gare, tu crois décoller quand c’est le train dans l’autre sens qui se fait la malle : tu rages prêt à croire avoir été trompé et qu’on te fait reculer. 

vieux animaux

Luxe, la photo est le luxe. Une façon de perdre son temps en petits cailloux blancs, de se leurrer de la fumée de terre en lisière. Petite revanche sur ceux qui arrivent, haletants, pris comme des mouches au ruban de glue dont la bouche clame les nouvelles du monde, un miroir qu’on aimerait brisé, soucis d’encore se déplacer on garderait le cadre, pour l’oublier un peu.

Consolation des raccourcis qui ne mènent nulle part. Faire plusieurs choses à la fois. Écouter Paul Jorion – Le temps qu’il fait, regarder les photos d’Isa Leshko, écouter  « Music promenade » (1964/1969) de Luc Ferrari, boire un verre, fumer, caresser le chat, oublier que je devrais être au travail.

À une époque déjà loin de l’enfance orpailleuse j’ai passé beaucoup de temps dans la forêt à chercher des crânes, qui m’arrêtent encore, sur les étagères un peu partout dans la maison. Des générations, des siècles, des millénaires des squelettes. Deviennent nobles les fossiles, à coté desquels les vaches sont couchées, ruminantes, s’échauffent, crounissent d’aise (rêves des grande migrations). Au légendaire ennui animal affleurent sans âme ni queue ni tête les fossiles saillants polis par le vent les eaux les passages animaux. Les exceptions à cet ennui sont légions bien que rares pour les animaux domestiqués, de compagnie, de spectacles zoologiques sous chapiteau grille ou réserves de safari, et véritablement exceptionnelles pour les cobayes que nous devenons tous, à défaut d’exister. Les cailloux les fossiles tintinnabulent dans la bouche. Les yeux de mon chat sont des pépites d’une pierre variable. L’ennui y est rare ou plutôt fourré dans le corps dont les siestes répétées le sauve de l’urgence. Le somme acquis l’ennui se dissipe, sans jamais savoir ce qui glisse du somme et quand le somme va l’ensevelir (la vie n’a que fiche des destins). Les animaux, forts peu discrets (quoiqu’anges à nos cotés) quand tous ensemble s’immobilisent, écoutent un drôle de silence quand on a lu et oublié, un jour celui d’éclipse de soleil. Peut-être que ça ressemble à une fleur blanche de nuit, à un dessert parleur. Leur acuité sensorielle et corporelle aux événements et catastrophes naturels servent de droit aux maîtres du langage d’aller y lire aux tripes le sang et l’or de l’avenir, dit-on. On fera, dira, tout des animaux. Peut-être que l’idée de dieu est l’idée d’y échapper. De mon jardin j’entends les animaux animer les conversations. J’ai la malchance d’avoir vu peu à peu ce qui était un champ devenir le zoo de nos jeunes voisins, deux puis trois puis sept chèvres et un mouton, puis deux cochons, des poules un peu paumées, deux chiens Shar-peï auxquels répond, de l’autre coté du grillage, d’un autre jardin, où vient d’être planté un âne plastique, une ribambelle de nains de jardins aux couleurs pétantes : de la causerie entre voisins j’apprends qu’un nouveau lapin, le sixième a été rejeté de l’aire pleine de cratères des primos lapins arrivants, et, qu’en attendant, pour « qu’il s’y fasse » dans un clapier enfermé, il grossit. « Non mais! ils l’ont attaqué, il a été attaqué ! » (…) « ah ouais c’est comme ça… ils savent les animaux ». Je relis A. Porchia: « Les choses ne sont pas ce qu’elles sont car si elles étaient ce qu’elles sont elles seraient toujours ce qu’elles sont ».

 

Major Z’homm’s & rats

Le célèbre chien de terrier "Major" exécute leur merveilleux exploit de tuer 100 rats

mutique à mémoire courte

Étude du vol des insectes, MAREY films IX insects 
Le spectacle d’images mouvantes s’est appelé «théâtre kinétoscope», projeté dans un coin de salle de fêtes foraine, d’une boîte par le trou de laquelle l’œil pensif penchait. Un trou de mémoire, comme au passage d’une porte, pour ramener au monde du jour les figures insolites, anonymes, fugitives de la nuit. Aimant la distraction, nous la cherchons au risque de nous y dissoudre, par l’ivresse partagée, ou dans la fatalité de ce que nous brusquons. Le cinéma nous confie sa nuit afin d’y voir s’inscrire par le miroir sur le négatif la lumière de quelque chose qui sinon nous échappe. Ce peut-être d’une mouche qui nous pique, ou tenir d’une histoire d’amour, de trahison, comme si le cerveau se mettait à dupliquer en image ce que nous nous racontons, ce qui s’impose, ce à quoi nous nous soumettons corps et âme, comme si ce que nous nous disions pouvait être vrai, en dépit de tout, absous et abusés de toutes les illusions.
Nous pourrions « croire tout voir », la réalité comme solde monstre devant disparaître, gardée par un troisième œil, ouvert jour et nuit, du vœux libre de notre seule paupière. Les martyrs ont leur alibi. Les puissants la peur et le respect. L’inoffensivité de la science, sa naïveté, vérifier, voir, loin de la distraction ; pour le vol il fallut s’y prendre à ce qui passait sous les yeux, des insectes ni trop petits ni pas assez. De cette étude du vol des insectes, quelle pesanteur du vol, exiguïté de la lumière, du son blanc –mouche aveugle. L’intervalle jouant de la mouche en boîte, coupée et immortalisée en succession d’instantanés – et grand étonnement un cheval au galop tient sur un pied.
« Traiter le temps comme variable indépendante » (Bergson)
Je me souviens de l’unique meuble que j’ai pris l’initiative d’acheter, un meuble indien, handicraft industriel, morceaux de bois disparates collés cloués recyclés en un meuble qui aurait été de salon des années 60, classe moyenne pauvre. Quand je le débarquais chez moi et le posais je fus épouvanté : levé devant moi c’était par la lucarne de ses battants devenu un cercueil.  Satyajit Ray – la salle de bal (Le Salon de musique – 1958)
Le film des salles dure le temps de s’abstraire du monde épars, il passe une porte, c’est une boîte, il occupe une durée, un continuum, le corps y est inoccupé, serein, quand  la méditation l’exaspèrerait, s’impatienterait, le trouverait secrètement répugnant, pour s’immobiliser dans une image identificatoire, prédatrice, attachée à la subordination, question de tenir le coup, en place. Si l’animal peut être comédien il ne sera jamais acteur, le petit plus qu’à l’homme pour s’autodétruire ; entrez, frères Cohen : O Brother, Where Art Thou?
« vrai-ment-pas-trop-tôt »
Chanter dans la boîte- O’brother 
Pour en finir, la musique perd son cylindre  (Céleste) Chilly Gonzales
Pour les adeptes de ritournelles et de l’oubli, du balancement, de la reprise, de la rumination, du balbutiement, de la flânerie dans les ruines, des coudes appesantis sur les meurtrières, de la boîte de Pandore sans espoir, des alizés du couchant, de sentiments océaniques, du murmure de la rivière, de la nuit bleue, du déhanchement, de l’agitation vaine, des déambulations vides sous le chapeau, des bassins que la pluie finira de remplir : Dakota Suite – The Basin