mutique à mémoire courte

Étude du vol des insectes, MAREY films IX insects 
Le spectacle d’images mouvantes s’est appelé «théâtre kinétoscope», projeté dans un coin de salle de fêtes foraine, d’une boîte par le trou de laquelle l’œil pensif penchait. Un trou de mémoire, comme au passage d’une porte, pour ramener au monde du jour les figures insolites, anonymes, fugitives de la nuit. Aimant la distraction, nous la cherchons au risque de nous y dissoudre, par l’ivresse partagée, ou dans la fatalité de ce que nous brusquons. Le cinéma nous confie sa nuit afin d’y voir s’inscrire par le miroir sur le négatif la lumière de quelque chose qui sinon nous échappe. Ce peut-être d’une mouche qui nous pique, ou tenir d’une histoire d’amour, de trahison, comme si le cerveau se mettait à dupliquer en image ce que nous nous racontons, ce qui s’impose, ce à quoi nous nous soumettons corps et âme, comme si ce que nous nous disions pouvait être vrai, en dépit de tout, absous et abusés de toutes les illusions.
Nous pourrions « croire tout voir », la réalité comme solde monstre devant disparaître, gardée par un troisième œil, ouvert jour et nuit, du vœux libre de notre seule paupière. Les martyrs ont leur alibi. Les puissants la peur et le respect. L’inoffensivité de la science, sa naïveté, vérifier, voir, loin de la distraction ; pour le vol il fallut s’y prendre à ce qui passait sous les yeux, des insectes ni trop petits ni pas assez. De cette étude du vol des insectes, quelle pesanteur du vol, exiguïté de la lumière, du son blanc –mouche aveugle. L’intervalle jouant de la mouche en boîte, coupée et immortalisée en succession d’instantanés – et grand étonnement un cheval au galop tient sur un pied.
« Traiter le temps comme variable indépendante » (Bergson)
Je me souviens de l’unique meuble que j’ai pris l’initiative d’acheter, un meuble indien, handicraft industriel, morceaux de bois disparates collés cloués recyclés en un meuble qui aurait été de salon des années 60, classe moyenne pauvre. Quand je le débarquais chez moi et le posais je fus épouvanté : levé devant moi c’était par la lucarne de ses battants devenu un cercueil.  Satyajit Ray – la salle de bal (Le Salon de musique – 1958)
Le film des salles dure le temps de s’abstraire du monde épars, il passe une porte, c’est une boîte, il occupe une durée, un continuum, le corps y est inoccupé, serein, quand  la méditation l’exaspèrerait, s’impatienterait, le trouverait secrètement répugnant, pour s’immobiliser dans une image identificatoire, prédatrice, attachée à la subordination, question de tenir le coup, en place. Si l’animal peut être comédien il ne sera jamais acteur, le petit plus qu’à l’homme pour s’autodétruire ; entrez, frères Cohen : O Brother, Where Art Thou?
« vrai-ment-pas-trop-tôt »
Chanter dans la boîte- O’brother 
Pour en finir, la musique perd son cylindre  (Céleste) Chilly Gonzales
Pour les adeptes de ritournelles et de l’oubli, du balancement, de la reprise, de la rumination, du balbutiement, de la flânerie dans les ruines, des coudes appesantis sur les meurtrières, de la boîte de Pandore sans espoir, des alizés du couchant, de sentiments océaniques, du murmure de la rivière, de la nuit bleue, du déhanchement, de l’agitation vaine, des déambulations vides sous le chapeau, des bassins que la pluie finira de remplir : Dakota Suite – The Basin

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