c’est obscur ce que je raconte, enfant j’ai dû croire que les gens entre eux se révélaient des secrets, je n’y comprenais rien, j’ai parlé à cinq ans, je lisais sur les visages quand j’étais invisible, j’ai essayé, maintenant c’est la même chose, au lieu des secrets c’est rien. faute de ne pas voir derrière le mur mes phrases s’y brisent. dès que je me retrouvais dans la solitude la joie était trop forte. on ne pouvait pas aller plus loin, on était pas transporté. l’autre bout de la terre n’a pas bougé, pas plus loin que devant tes yeux.
Catégorie : Zik’
tête comme nature morte
La mémoire des machines et l’orbitale mémoire vive du net nous rappellent que nous ne sommes pas seuls, un spectre mou traverse notre matière. Pas seuls car branchés à nos prothèses, leurs précisions nous modèlent. Nous travaillons à ce que la vie intérieure soit au cœur de la machine, nous rêvons de vacances éternelles.
Comme vous regardez l’écran, il est possible de croire que vous regardez l’éternité. Vous voyez les choses qui étaient à l’intérieur de vous. Ceci est l’utérus, le site original de l’imagination. Vous ne déplacez pas vos yeux de l’écran. Vous êtes devenus invisibles. Les images vous captivent, mais tout de même vous vous assoupissez. Vous pouvez toujours voir chaque détail clairement, mais ne pouvez pas en saisir la signification. Quand un changement dans votre vie spirituelle arrive, il n’affecte que des fragments de cette surface. Vous ne serez pas distraits, ni par une autoréflexion, ni par la dernière lueur des choses maintenant perdues pour toujours. Comme vous regardez l’écran, il est possible de croire que vous regardez l’éternité. Pour un instant tout s’enchaîne. Mais alors un nouveau modèle d’ordre/désordre apparaît devant vous, toujours dans cet ordre. Vous êtes de nouveau dans un rêve, marchant sur des chemins infiniment sinueux. Et vous ne trouvez pas votre sortie du labyrinthe qui, vous en êtes convaincu, a été créé seulement pour vous. Philip K. Dick
___________ #5
le rêve est une seconde langue, ou la première, non parlée, unique et commune à toutes les langues. nous sommes médium d’une seconde langue, du silence, d’un bilingue orphelin, nous sommes médium de je ne sais quel fichu lendemain, muet, liquidé au levé.
les abandonnés, ont un penchant pour l’abondance, ils maigrissent grossissent au gré du temps, en étouffent.
pour exprimer ce qui saisit la mémoire et la perception, tel ou tel animal doit traverser le miroir, chasser les ombres, les mots et les morts.
donnez-moi un plafond
j’ai gardé ce qui reste, j’ai mis de coté un peu de ce qui a débordé, j’ai mis un point, allégé ma valise, j’ai étiré le temps, plié replié la page, la page dépliée en éventail, j’ai fait semblant d’être là, j’ai gardé ce qui reste, j’ai trébuché, je me suis relevé, je suis reparti un peu à coté, le chemin s’est allongé, indéfini, le temps interminable, ou le temps s’est-il raccourci ?
quand ça va pas, ne tourne pas rond, l’insomnieux aux cents pas cherche désespérément l’équilibre entre longueur et légèreté, à se glisser dispersé dans le balancement du cercle, l’accord du saut et de l’extinction
chaosmos
La chanson que chantait la petite paraissait être d’un genre tout à fait joyeux et heureux. Les notes retentissaient comme le bonheur lui-même, le jeune et innocent bonheur de vivre et d’aimer ; elles s’élançaient, comme des figures d’anges aux ailes allègres immaculées comme la neige, vers le ciel bleu, d’où elles paraissaient ensuite retomber pour mourir en souriant. Cela ressemblait à une mort de chagrin, à une mort causée peut-être par une joie trop grande, à un excès de bonheur dans l’amour et la vie, à une impossibilité de vivre à force de se représenter la vie avec trop de richesse, de beauté et de délicatesse, si bien qu’en quelque sorte l’idée subtile et débordante d’amour et de bonheur qui venait envahir l’existence avec exubérance semblait trébucher, basculer et s’effondrer sur elle-même. — Robert Walser, Seeland, La promenade, p 49, Zoé.
___________ #4
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ne savons rien faire plus parfaitement qu’ouvrir et fermer les yeux
maintenir un minimum d’attention, la densité d’une ombre
la nuit cette fois avait avancée, nous n’étions plus là au matin, la nuit nous avait pris.


