perdu

Le soleil attend derrière les persiennes, l’eau tiédit dans la mare. La fabrique des souvenirs en panne, les pièces rouillent, on y jette des sorts. Le puits s’est élargi, déborde sous les lits. Le temps d’attente se remplit de temps mort, le temps qui vient est son cortège, les pluies les pleurs, l’oscillation lente, le pas de deux du temps perdu, le répit des sauvages, la caresse des amnésies. Temps définitivement perdu en mesurant l’attente, annule l’événement, défonce les portes. À reculons fantôme dans un lieu familier. Je me remplis des ombres, je flâne le long des murs sur le chemin du retour que je ne reconnais plus.

sans nous

L’homme est comme Macbeth après le crime : reculer serait pour lui beaucoup plus difficile et plus fastidieux que de persévérer, que de s’enfoncer davantage dans l’irréparable. Cioran, Cahiers 1957-1972, p. 224.

 


l’été pleut

De la canicule de la veille l'air attiédi traîne alors que la pluie bat devant la fenêtre ouverte

___________ #9

Gros coup de pompe, soudain les sons arrivent avec léger décalage, arrivent par eux-mêmes, sans lien, une cassure sonore, ce bruit fait ce bruit, ce bruit se produit pour lui-même, je n’y suis plus, j’enregistre deux fois, le souvenir immédiat de l’action et son annulation par la vitesse de rémanence du bruit produit. Le bruit d’une porte qui claque, libérateur mais de quoi. Le son persiste à vivre sa propre vie, et revient par la même porte, inlassablement depuis des siècles, à peine voilé par notre corps troué qui jette l’éponge. Je tente une dernière fois, muet je rembobine le film de l’action, je remonte d’un passé lointain dont le fil s’est rompu, mon présent est rayé, je reviens à moi, la nuit dans les marais.

Par ici le soleil est plutôt de passage, depuis le 22 juin les jours passent comme une flèche. Moment idéal pour viser l’hiver au cœur de l’oubli.

le salon de musique

Akira Kurosawa disait : « Ne pas avoir vu les films de Ray, c’est comme avoir vécu sur terre sans avoir jamais aperçu la lune ou le soleil. »
 Le salon de musique, film indien (bengali) de Satyajit Ray (Jalsaghar, 1958, noir et blanc, VOSTF), scénario d’après le conte de Tarashankar Banerjee, musique de Ustad Vilayat Khan, avec Chhabi Biswas (Huzur Biswambhar Roy), Gangapada Basu (Mahim Ganguly), Padma Devi (Mahamaya). 1 h 40 min (voir les parties suivantes directement sur dailymotion)

refuge

Ahurissement perpétuel… Je n’ai jamais été à l’aise dans l’être… Ne me séduit que ce qui me précède, les instants sans nombre où je ne fus pas… Le non-né est mon refuge…» (note rayée par l’auteur : Cioran, carnet)