l’oreille la bouche & le robot

Les robots n’ont pour seule lecture que la littérature. Dans l’âme du robot persiste le bruit entêtant des algorithmes machiniques, un rythme sans musique, sans bruit, le souffle blanc des enregistrements. Les robots parlent comme toi et moi mais il se pourrait qu’ils nous écoutent un peu mieux que l’oreille que nous nous prêtons. Leur lassitude rapide du langage nous fige, nous éclipse telles de courtoises carmélites rendues invisibles et opaques cœurs de pierre, nous confessons en chambres anéchoïques dans le grand secret des larmes d’être si peu à nous-mêmes

Ex Machina

nœud

Sur une vieille toile d’araignée les lettres tombent en poussière. Le vent y souffle vainement, la lumière du soleil y est terne. Dessous il y a l’autel du calme.

D’un manteau il enveloppe le silence, le prend et marche pour ralentir pensées. Les pensées ralentissent sa marche. Un défilement, des franges, un déferlement dans les deux sens s’équilibrant. Dormir. Le cercle se ferme en nœud après moults tours inutiles.

Daido Moriyama - Memory of a Dog 6

appeler le silence

La fuite entraîne tant de déconvenues que jamais tu n’y arriveras. Sans que tu l’aies voulu les choses s’approchent d’elles-mêmes et affamées te dépassent entraînant la venue d’autres à de plus grandes vitesses. Fermant les yeux, décidé à ne plus bouger d’un poil, tenter, folie, de rebrousser chemin : abimes, rien n’avait tenu.

J’écoutais gentiment les scripts endimanchés inventer les mots qui touchent au cœur et humanisent le programme ; aux coûts sociaux du contrôle devenus exorbitants répondra un changement par étape, lors d’une pause on accélère, c’est plus simple, on ne voit pas la différence.

Le désœuvrement donne ses leçons d’observation du temps qui passe. Laisse de coté l’invisible pour ne pas te distraire. Pas loin de rien, mettre à l’épreuve le silence. La vie est assez longue encore. Recommencer : reprends un peu d’indifférence d’hier, sans gloire et qui repose, mariée au gris du ciel la lumière de feuilles mortes.

monter aux arbres

La défaite est un rôle qui lui a été donné et qu’il affectionne. S’éclipser, jouer à suivre les fantômes, avant de disparaître définitivement sans être vu (autant que possible derrière un sommet). Les miroirs sont de bons intercesseurs. C’est un rôle égoïste qui gâche et qui met beaucoup de choses de coté autour, mais de cela ne sait qu’à peine, c’est à dire rien, peut-être a t-il besoin à lui seul de cette place vide ? Il aimait beaucoup les livres les plus impossibles, regarder la lune, rêver d’un ticket pour mars, du ventre des robots, se précipiter au cheval sur la grande roue. Une fois revenu à lui, les constructions étaient inutiles, le rendaient inepte à ce monde mis à nu, futile et cruel, les constructions évanouies en marques inondées sur terrain vague dévasté. Plus il lisait, sans dépit car c’était sa tasse de thé, mieux il suivait, plus les fils se tendaient entre les siècles, plus il lisait tout en même temps, s’entortillant, se ruinant, plus le vertige le prenait, le repoussait. Pour calmer sa peur, il allait relire niché se balançant dans le recoin de la pièce : ce n’était qu’alors qu’il se rappelait, qu’il retenait, donnant des branches à sa mémoire. Il ne sait pas s’il a lu entendu ou vu que l’arbre c’était les branches, ne sait pas s’il rêve, les branches pour ainsi dire s’élevaient, soulevaient une robe autour du tronc.

il n'est plus l'heure

égarements

Il arrive qu’à l’improviste ou pas tu écoutes quelqu’un les minutes passent, et de te réveiller soudain ; hébété, tu ne comprends rien dès le début tu avais lâché. Alors tu écoutes et t’en vas dépourvu au lieu de dire au-revoir tu demandes mais personne si tu as bien entendu et surtout brouillard en ce que tu fais là encore, ici.

J’attends que le chien me souffle le premier mot. Où est-il passé ? D’ailleurs à ce jour j’ignorais l’existence d’une porte de sortie, de même j’ignorais l’existence réelle de ceux qui sont partis. De l’intérêt à fréquenter ses semblables ; passer par les couloirs du temps, mettre la main sur quelque chose à quoi s’accrocher. Et donc de défoncer la porte qui avait été toujours ouverte, celle que je revois disparaître.

Si je ne le fais pas maintenant ! dit-il, plein de ferveur, et très vite quelque chose l’en empêche. La direction à prendre. Pourtant quasiment sûr de l’avoir, d’y aller, d’y être, mais à se retourner c’est douter de toutes directions, sauf de celle prise, ne la reconnaissant pas. Continuant peu ou prou. Il se souvenait de toutes les étapes faites, mais ne savait plus pourquoi c’était là, il était là, ne se souvenait pas l’arrivée à cette étape, et pourquoi tellement inhospitalière qu’on aurait aimé passer à la vitesse d’un regard qui s’y refusait. L’oubli alors est d’un grand secours, il ne dure qu’un temps.

miroir fêlé

S’attaquer à l’objet dont on ne peut se débarrasser, encombrant, en faire la mascarade, le découper en fines dentelles, s’enfiler toutes sortes de masques délicieux et cruels, d’ennui faire un pas de coté, déchaîner son acidité contre tout ce qui indiffère. Par vents contraires prendre son envol dans le turbine des souterrains.

Renato D’Agostin, Tokyo Untitled No. 16 Silver Gelatin Print, 2008

En tous sens rues empruntées, à toutes heures, rues de toutes les heures, d’une seule qui les rassemble, errer à tuer le temps, creuser le passé, revenir tanière fantôme, ombres trempées. Des matins déserts fatigués, jusqu’à la nuit marche nerveuse, infatigable, les silhouettes fermées, les réverbères, lumière visible froissée, reflets des tissus des passants, le bruit des escaliers sous les pas, deux hommes devant, deux autres derrière qui les rattrapent, les arrêtent. L’éclat des deux poignards comme des kaiken mêlé à celui du sang qui jaillit : lame retournée contre eux-mêmes glisse de bas en haut, du thorax à la carotide jusqu’au front, une coupe rapide, traverse nette, corps debout, le temps de répéter l’identique profonde entaille dans ceux qu’ils emportent dans la mort.