miroir fêlé

S’attaquer à l’objet dont on ne peut se débarrasser, encombrant, en faire la mascarade, le découper en fines dentelles, s’enfiler toutes sortes de masques délicieux et cruels, d’ennui faire un pas de coté, déchaîner son acidité contre tout ce qui indiffère. Par vents contraires prendre son envol dans le turbine des souterrains.

Renato D’Agostin, Tokyo Untitled No. 16 Silver Gelatin Print, 2008

En tous sens rues empruntées, à toutes heures, rues de toutes les heures, d’une seule qui les rassemble, errer à tuer le temps, creuser le passé, revenir tanière fantôme, ombres trempées. Des matins déserts fatigués, jusqu’à la nuit marche nerveuse, infatigable, les silhouettes fermées, les réverbères, lumière visible froissée, reflets des tissus des passants, le bruit des escaliers sous les pas, deux hommes devant, deux autres derrière qui les rattrapent, les arrêtent. L’éclat des deux poignards comme des kaiken mêlé à celui du sang qui jaillit : lame retournée contre eux-mêmes glisse de bas en haut, du thorax à la carotide jusqu’au front, une coupe rapide, traverse nette, corps debout, le temps de répéter l’identique profonde entaille dans ceux qu’ils emportent dans la mort.

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