caravaning à huis clos

ça m'suffit

Il faut dire ça libère du temps que de ne plus s’acharner sur rien à penser. Les épaisseurs de lierre retiennent les pierres du mur, on déambule parmi quelques-unes roulées au sol, nous habitons dans le musée des fouilles. Par la fenêtre nous regardons les voitures dans les herbes. De satellite nos papiers peints sont des pixels colorés où nos silhouettes se confondent, le vent souffle sur nos corps assoupis dans le silence des fauteuils, les fumées nocturnes des cheminées s’enroulent autour des lucioles. Le dégout nous tombe dessus sans que nous puissions voir son visage. Notre main devient abstraite, le moindre détail froisse.

Architecture des contemplatifs

F. Nietzsche, « La gaya scienza » – Le Gai Savoir, § 280. « Architecture des contemplatifs »- trad. P. Klossowski:

Il serait nécessaire de comprendre un jour, et ce jour est-il proche, ce qui manque avant tout à nos grandes villes : des lieux de silence, spacieux et fort étendus, destinés à la méditation, pourvus de hautes et de longues galeries pour les intempéries ou le trop ardent soleil, où ne pénètrent nulle rumeur de voiture ni de crieur, et où une bienséance plus subtile interdirait même aux prêtres l’oraison à voix haute : des édifices et des jardins qui, dans leur ensemble, exprimeraient la sublimité de la réflexion et de la vie à l’écart! Les temps sont révolus où l’église possédait le monopole de la méditation, où la vita contemplative était toujours en premier lieu vita religiosa : et tout ce que l’église a construit dans ce genre exprime cette pensée. Je ne saurais dire comment nous pourrions bien nous satisfaire de ces édifices, même désaffectés de leur destination ecclésiale : ces édifices parlent un langage beaucoup trop pathétique et contraint en tant que maison de Dieu et en tant que lieu somptueux d’un commerce avec l’au-delà, pour que nous autres sans-Dieu puissions y penser nos propres pensée. Notre désir serait de nous voir nous-mêmes traduits dans la pierre et dans la plante, de nous promener au-dedans de nous-mêmes, lorsque nous irions de-ci, de-là, dans ces galeries et dans ces jardins.

haut et bas

broc’ clémente

The pouvoir des tornades, Mapleton, Iowa. (by Timothy Wright) (© Smithsonian.com)

Clémence du ciel pour les châteaux de sable, la décantation des prières, les boîtes de conserve éventrées & canettes gueule de bois à l’effigie de Gaudi, la barque chahutée des ex-voto, les écharpes mouillées sur les herbes coupantes, les aurores boréales sur des carlingues en rade, l’amont des collines aux milles serpents d’eau, les chapiteaux et gondoles, les cours de récréations sur des terrasses liquides, les coquilles Saint-Jacques aplaties, les sangliers aériens, les ocres jaunes de remorque dégrisée, les temps de pause grippés, le poison de l’éternité, les roulements dévastés des skates, l’avachissement du rock’n’ roll, les petits matins sur le billard, les overdoses de botox et le brushing de la momie, les visions-éclair des aveugles, l’errance de la syntaxe, la langue et les vagues à sec, les trous d’eau, les déserts les marées-basses, les aires d’atterrissage des pigeons.

Crows - Nicholas Roerich  Crows - Nicholas Roerich, c.1905

Steve Roden – Airria (hanging garden) second version

semblant d’horizontale

Terrasse ô garde-fou, le vent divin prospère, l’oubli du futur souffle sur les décombres, l’horizon est clair, la nuit dense, lointaine. Exposé à la vue de tous et comme pas là, tu balayes où un jour tu t’étais mis en tête un jardin zen qu’il n’y a que toi qui vois –à part un bouddha que l’ail d’ours et les orties enfouissent en même temps qu’un buste en terre cuite, dont le volume est tel un véritable nain, de jardin d’elfe barbu de toute sa barbe, dégagé d’une décharge il y a un bail – quelques planches défoncées au coin du portique.

Tailler à ras des bambous et jusque sous le toit des rosiers que le gel tardif a vaincu, trancher le lierre qui perce la façade, rafistoler encadrer de planches le paravent qui allait s’effondrer, refaire un semblant de montant horizontal, voilà à quoi je m’emploie.

:-: 2

Il appelait du fond de son jardin les oiseaux les chiens les chats les compagnons de tous ordres à se rassembler quelque part, là où il n’allait pas, il traînerait trop, arriverait bien après la fin, tout aurait disparu: il eut fallu qu’ils soient déjà là, qu’ils arrivent à l’instant, qu’ils l’emmènent, mais… voulant perdre cette mauvaise habitude il n’eut aucun mal à laisser tomber le journal des spectacles. Les animaux n’étaient pas plus visibles pour autant. Parler est le propre de l’homme, se disait-il du fond de son jardin en appelant les poissons du bout de sa ligne.