crépuscule de l’aube

Suzuki Kiitsu, herbe d'Automne période Edo, 19e siècle

« Mais pour Macmann, ouf, le revoilà, c’est bien un soir de printemps, un vent d’équinoxe rage le long des quais, bordés de part et d’autre du fleuve de hauts bâtiments rouges, dont beaucoup sont des entrepôts. Ou c’est peut-être un soir d’automne et ces feuilles qui tournoient dans l’air, venues d’on ne sait où, car ici il n’y a pas d’arbres, ne sont plus les premières de l’année, vertes à peine, mais des vieilles, qui ont connu les longues joies de l’été et ne sont plus bonnes maintenant qu’à faire de l’humus, maintenant que les hommes et les bêtes n’ont plus besoin d’ombre, au contraire, ni les oiseaux de nids où pondre et couver, et que même là où aucun coeur ne bat les arbres doivent noircir, quoiqu’il y en ait paraît-il qui restent toujours verts, on se demande pourquoi. Et à Macmann cela est sans doute égal que ce soit le printemps ou l’automne, à moins qu’il ne préfère l’été à l’hiver ou inversement, ce qui est peu probable. Mais on aurait tort de croire qu’il ne bougera jamais plus, ne changera jamais plus de place ni d’attitude, car il a encore toute la vieillesse devant lui, et puis ensuite cette sorte d’épilogue où l’on ne voit pas très bien de quoi il s’agit et qui ne semble pas ajouter grand’chose au déjà acquis ni lui enlever rien de sa confusion, mais qui a sans doute son utilité, comme on laisse sécher le foin avant de le rentrer » Malone Meurt, Samuel Beckett, Minuit, p 94

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