bêtes de somme

Au souffle sourd des avenues grises de nuit subsiste d’anciens carnages. Une euphorie passée larguée d’images d’enfant à « se prendre pour » un chat, un chien, une gazelle, un cygne, un dragon etc. – nous livre plus sûrement que nostalgie au lynchage dans la fosse scato-zoomorphe.

Après la poussière d’un sillage ancien par langues de goudron s’augmentent les étalages où bêtes s’entassent, dépecées pesées déversées, raides et tendres assurées d’arriver à bon port, aux bornes des supermarchés, transparentes sous les cellophanes qui les rendent invisibles, les lampes sont aussi rouges que les affaires à faire.

Pourtant les animaux parlent une langue précoce faite d’espaces ouverts, habitée par la vitalité des corps. Se glissant à la frontière des signes et du langage leur territoire traverse le maillage, s’absente sans bord, s’étend. Et nous rendus muets et jaloux, nous, la tête au ciel cabrée, attentive à son peuplement, aux présages qu’il délivre, que notre langue convoite en alphabet d’ornement ciselant notre trône. Les présages animaux facilitent le voyage, fraient le chemin; porteurs d’une intelligence fatale ou meurtres et amours permutent, ils engendrent les espèces, voués aux forces du dehors lesquelles nous abandonnent, à mesure que notre chasse s’arrête d’un coté et de l’autre d’une ligne de peloton d’exécution. Nos trônes vermoulus crépitent, peinent à allumer le feu.

Tom Chambers -

mansuétude solitaire

Giacomo Brunelli Un chat emprunte sa personnalité à l’ambiance, aux individus du foyer, lesquels ne cessent de le scruter, de l’inviter en catimini à répondre à leurs propres questions, vaguement secrètes, ou honteuses. C’est un aimant à charmes insulaires d’autant qu’il se refuse en silence éloquent. Nous n’y sommes pas encore. Ses yeux étranges s’éclairent de paillettes d’or indéfiniment et se referment dans le sillon nuageux béant de photons des grands fonds. Il dort et rêve ses masques d’emprunt, il déambule indifférent parmi des escortes clandestines, varie les séquences de ses habitus, inventant celles d’entre saisons où s’abattent, surprenant, un état d’éveil, une foudre silencieuse, des horizons souverains: une cause extérieure l’absente, et le renvoie à son profond sommeil.

décrocher la lune.

préparatif à la fête« Ils ne leur manque que la parole » — auraient-ils parlé, été sacrés foules égarées, promus gardiens et maîtres du passage, que nous en aurions faits, fébrilement, orgie de bouche… dans la panique et la convoitise, nos propres mots se seraient troués. Du manque, de la perte, et par l’opportunité offerte, de fiers rituels propitiatoires seraient nés, des nuits d’épuisement à danser, grogner, crier, dans les fumées grasses et sanguines, dans les déserts furieusement vides. À en perdre la parole, nous entretuer jusqu’au dernier. En masse justicière, ça vient. Le carnaval s’est mal passé.

Беловы.

(j’insiste) parce que la course du tracteur (25’35) suivie de la lecture de Davide Longo l’homme vertical m’a fait déraillé dans mon sommeil où j’ai du me réveiller des catacombes du ciel et faire la part des choses, me rendormir.

Caméra qui passe invisible, qui a perdu de son pouvoir de rendre, d’un coté et de l’autre de l’écran, dépendant, interdépendant. Le cours du temps est un entrelacs qui avale ce qui lui passe par la bouche et les yeux, qui fait signe, de loin. Son rêve serait celui d’un cheval, et nous sur son dos sommes sauvés !

vous ! vous ! vous !

Adèle Natter: Il y a quand même d’autre sujet d’intérêt au monde que les femmes!

Hofreiter : Oui, pendant les pauses entre l’une et l’autre si l’on en ressent le désir, on peut construire des usines, ou conquérir des pays, ou écrire des symphonies ou devenir millionnaire… Mais, crois moi, tout cela n’est que foutaise, la seule chose qui compte c’est vous ! vous ! vous !                                                                 A. Schnitzler, Terre étrangère

Film complet, Беловы, Belovy, (The Belovs), (S-T anglais) (60′ – 1993) ICI 

Victor Kossakovsky: Filmographie

 

Lullaby (2012 – 3 mn.) Sur les sans-abris

¡Vivan las Antipodas! (2011) Extrait de 6 mn. Film entier ici. Entretien avec V. Kossakovski.   

Svyato (2005, doc. 33 mn. Film entier). Filmer face à un miroir sans être vu. « Dans les années 1986-1989, pendant mes études de cinéma de Moscou, j’habitais à la cité universitaire. C’était un bâtiment très particulier, où on ne pouvait pas trouver un seul miroir. J’y étais encore au moment de la naissance de mon fils aîné, et un beau jour, quand il a eu à peu près deux ans, j’ai réalisé qu’il n’avait encore jamais vu son reflet dans une glace. Au cours des quinze dernières années, en onze endroits différents, avec toutes sortes de caméras, onze fois, j’ai filmé ce moment précis, avec onze bébés, mais sans parvenir à un résultat satisfaisant. C’est vraiment difficile de tout calfeutrer partout où l’on se trouve, une simple cuillère renvoie un reflet… »

 Тише! Tishe! (2003, 80 mn. Film entier) Doc. Depuis la fenêtre de son appartement,  selon le hasard, à l’occasion des préparatifs des célébrations du 300e anniversaire de St-Petersbourg.

2000 – Jardin d’enfants – le triangle amoureux, 52 mn.  /  2000 – Sergueï et Natacha, 16 mn.  / 1998 – Pavel et Lialia , 35 mn, film entier. Pavel et Lialia ont quitté Saint-Pétersbourg et vivent en Israël. /  1991 – L’Autre jour, 10 mn. Un homme mort git par terre en plein centre ville, à Saint Petersbourg.  /  1989 – Losev ; 60 mn. Sur Losev (1893-1988), philologue, philosophe et penseur religieux.