attendre

Ni ne gagne ni ne perd devant la casino, quelqu’un doit prendre la relève, on me l’avait promis. Je dors le plus longtemps possible pour raccourcir le temps, rendre élastique l’attente. J’ouvre les portes des clients comme un écrin, comme on prendrait un bras, on écarterait une branche, on ouvre un clapier, je varie. Seuls m’envient les clochards, eux seuls me voient, eux que les gardiens tabassent quand sortent les princes. Les princesses ne sont pas tristes ce qui me serre le cœur.

Aux aurores je m’échappe aux douches publiques parce que la solitude n’accueille que le premier. Je fais beaucoup plus que mes heures à cause des 4 X 8 où j’ai perdu le fil. À la fin de la nuit les gardiens des salles rentrent chez eux, ils sont célibataires. L’été je les vois revenir quand le soleil descend, ou quand la lumière des phares éblouit c’est l’hiver.

Je rêve souvent d’être gardien de musée, ça ne changerait pas grand chose sauf que je serais dedans à la chaleur, les gens importants déjà mis sur les toiles, les gueux désormais avec les dieux, les visiteurs ne sachant plus trop où ils sont. Je serais là caché dans mon costard à recueillir une langue animale, à attendre l’extinction des lumières dans les salles, avec le silence froissé des étoffes parmi la résonance des pas perdus. Je me demande si ça ne restera que le départ d’un film.

Manuel Álvarez Bravo

pas à nous

Le cerveau est un organe dont la vie dépend plus des astres vivants ou disparus qu’à nos préoccupations des jours. Nous aimons à nous y confondre mais notre affairement le détruit. Ce dont il se remplit tient en partie à notre insatiable épanchement envers la répétition et peu lui chaut l’original, un zeste d’illusion sera plus léger. Le temps de notre passage enrobe un fossile friable. Nos amarres tanguent sur la crête d’une vague.

refuge

Ahurissement perpétuel… Je n’ai jamais été à l’aise dans l’être… Ne me séduit que ce qui me précède, les instants sans nombre où je ne fus pas… Le non-né est mon refuge…» (note rayée par l’auteur : Cioran, carnet)

___________ #7

je perpétuais la grande grande faute, je m’effondrais en pleurs, je ne m’enterrais pas vivant, la tristesse accourait m’offrir secours, je ramassais dans la fange des miettes de sacré, en lourde attente je relevais la tête, aux chutes lyriques fugaces, aux illusions du commencement

suicide Karma mode d’emploi

Une fois mort le travail commencera par devoir se débarrasser de toutes les ordures physiques laissées derrière soi depuis son premier jour; scinder son territoire en déchetterie et compost, sans queue ni tête attendre longuement sur un banc quelques tranchants obscurs de la mémoire, l’aiguille noire dans la botte de foin, sucer des champignons en contemplant les spores voler dans le brouillard. Tâche accomplie du devenir fourmi ou miel, renaître homme en plein désert, se tailler au plus vite un salut de l’âme. Travail spirituel ad aeternam trouver l’angle vierge d’où justifier le grand œuvre, entendre au feu l’éclat du silex. Se réveiller, faire de l’argile. Du grain de sel de sa sueur s’activer à ériger la digue contre les mécréants et les pleureurs (parmi qui tu reconnais malheureusement ceux que tu aimes).

Entre temps ne laisser rien au hasard, aux branlants épisodes: rendre les caves profondes transparentes, aux expériences, aux possibilités d’humanité, pour une humanité nouvelle: après 30 heures d’insomnies on te jette des miettes, on t’asperge d’eau, jusqu’à ce que tu t’endormes. Puis debout, retour aux 30 heures, Yes We Can ; les leaders de la boîte étant à ce jour les plus vieux rescapés, qui ne succomberait pas ?

cillement du jour

Ronald Stoops

A l’époque où nous vivons, chaque lustre vaut un siècle ; la société meurt et se renouvelle tous les dix ans.   / Chateaubriand – J. P Clément, Réflexions et aphorismes. 1993. Ed. de Fallois