Ni ne gagne ni ne perd devant la casino, quelqu’un doit prendre la relève, on me l’avait promis. Je dors le plus longtemps possible pour raccourcir le temps, rendre élastique l’attente. J’ouvre les portes des clients comme un écrin, comme on prendrait un bras, on écarterait une branche, on ouvre un clapier, je varie. Seuls m’envient les clochards, eux seuls me voient, eux que les gardiens tabassent quand sortent les princes. Les princesses ne sont pas tristes ce qui me serre le cœur.
Aux aurores je m’échappe aux douches publiques parce que la solitude n’accueille que le premier. Je fais beaucoup plus que mes heures à cause des 4 X 8 où j’ai perdu le fil. À la fin de la nuit les gardiens des salles rentrent chez eux, ils sont célibataires. L’été je les vois revenir quand le soleil descend, ou quand la lumière des phares éblouit c’est l’hiver.
Je rêve souvent d’être gardien de musée, ça ne changerait pas grand chose sauf que je serais dedans à la chaleur, les gens importants déjà mis sur les toiles, les gueux désormais avec les dieux, les visiteurs ne sachant plus trop où ils sont. Je serais là caché dans mon costard à recueillir une langue animale, à attendre l’extinction des lumières dans les salles, avec le silence froissé des étoffes parmi la résonance des pas perdus. Je me demande si ça ne restera que le départ d’un film.



Le cerveau est un organe dont la vie dépend plus des astres vivants ou disparus qu’à nos préoccupations des jours. Nous aimons à nous y confondre mais notre affairement le détruit. Ce dont il se remplit tient en partie à notre insatiable épanchement envers la répétition et peu lui chaut l’original, un zeste d’illusion sera plus léger. Le temps de notre passage enrobe un fossile friable. Nos amarres tanguent sur la crête d’une vague.