Quand le Baal Shem avait une tâche difficile devant lui, il allait à certaine place dans les bois, allumait un feu et méditait en prière, et ce qu’il avait décidé d’accomplir fut fait. Quand, une génération plus tard, le « Maggid » de Meseritz se trouva en face de la même tâche, il alla à la même place dans les bois et dit : Nous ne pouvons plus allumer le feu, mais nous pouvons encore dire les prières – et ce qu’il désirait faire devint la réalité. De nouveau une génération plus tard, Rabbi Mosche Leib de sassov eut à accomplir cette même tâche. Et lui aussi alla dans les bois et dit : Nous ne pouvons plus allumer un feu et nous ne connaissons plus les méditations secrètes qui appartiennent à la prière, mais nous savons dans les bois où cela s’est passé, ce doit être suffisant ; et cela suffit. Mais quand une autre génération fut passée et que Rabbi Israël de Rishin, invité à accomplir la même tâche, s’assit sur son fauteuil doré dans son château, il dit : Nous ne pouvons plus allumer le feu, nous ne pouvons plus dire les prières, nous ne savons plus la place mais nous pouvons raconter l’histoire de comment cela s’est fait. Et encore une fois cela suffit. Gershom Scholem, les grands courants de la mystique juive (1941), « petite Bibl. Payot » 2014, p 505-506.
Auteur : roma
zone intermédiaire
Concentration où on s’abrutit, où le temps pour qu’il passe doit être allongé, repoussé en chaînes, en arrière. Au passage, des chiens tapis dans les coins, effrayés, secrète béance une et entière promise. Eau étale où l’esprit doit se porter et taire le moindre remous, se hisser à la vitesse du tsunami. À deux doigts de la noyade ne pas perdre de vue la borne pour s’y rejoindre, entendre l’alerte, l’hallucination qui l’éclaire. Revenir s’échouer sur la grève. Refaire surface du désordre des éclats, plonger les yeux dans l’ombre, tenir dans la zone intermédiaire tracée entre deux pressions, sur le mirage d’une ligne de flottaison. Nuages qui brassent le même premier jour.
horizon
désir zombie (F. Lordon)
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Un être qui s’habitue à tout, voilà, je pense, la meilleure définition qu’on puisse donner de l’homme. Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Souvenirs de la maison des morts, Paris, Gallimard, 1977., p. 44.
Je transpirais abondamment. (Un temps.) Autrefois. (Un temps.) Plus maintenant. (Un temps.) Presque plus. (Un temps.) La chaleur a augmenté. (Un temps.) La transpiration diminué. (Un temps.) Ça que je trouve si merveilleux. (Un temps.) La façon dont l’homme s’adapte. (Un temps.) Aux conditions changeantes. S. Beckett, Oh les beaux jours, Paris, Minuit, 1963, rééd. 2001., p 43
( lisez cet éloge de la gratuité, l’Antimanuel d’économie, de Bernard Maris, pdf)
nœud
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Sur une vieille toile d’araignée les lettres tombent en poussière. Le vent y souffle vainement, la lumière du soleil y est terne. Dessous il y a l’autel du calme.
D’un manteau il enveloppe le silence, le prend et marche pour ralentir pensées. Les pensées ralentissent sa marche. Un défilement, des franges, un déferlement dans les deux sens s’équilibrant. Dormir. Le cercle se ferme en nœud après moults tours inutiles.
entours épuisés
Ils sont là, six, par hasard, rassurés d’être ensemble, placés suffisamment isolés les uns des autres, silencieux, recueillis comme des pierres, amarrés à leur isolement, ça semble tenir quand même.
Lui, de face, pleine face, c’est deux profils se découpent. De temps à autre il cherche dans les yeux de l’autre qui peut-il bien être. Impossible de détacher l’un du deux, l’effort redouble l’impossibilité, la distance est le champs de bataille. Dans cette image telle et telle partie d’autres images, de file en aiguille elle ne ressemble à rien, tentative de reconnaissance revenant pulvérisée à son point de départ.
Un pas encore, faire perdurer l’ennui, la vie ne tient qu’à ça, d’alléger, se glisser dans les creux, les frontières se resserrent. Il s’invente, ça part dans tous les sens dans un monde flottant où il n’est jamais rentré, où on l’a toujours sorti, chaque avancée s’avère être une dette. Avec lui surtout ne pas parler ne pas interrompre ne pas réfléchir, rester attentif, ne pas comprendre, le chien perdu, son rêve est mort. Attendre que coule l’eau sous le petit pont, franchir le petit pont, d’un pas hésitant, sa déambulation lente, un algèbre compliqué, ou c’est le sol qui se dérobe.





