ensablé

 

Les promenades dans le temps furent un luxe, quoique je dérivais pas mal. Un bout d’éternité trouble où le regard a plongé avant de disparaître. Qu’un chapeau fut mis là un jour sur la tête en mémoire, bouteille à la mer d’un temps trop grand, au vent froid & soleil oubliés pour toujours, des rides sur la roche, du sable dans les yeux.

SANS SUITE 38

 

la fourmi ne distingue ni le haut ni le bas ni l’horizontale, elle suit le chemin droit, la longueur élargie d’une courbe sans limite     quelqu’un dort sur le tapis roulant, le plafond d’un autre couloir qui du précédant promet aux murs ce même goût d’aventure     enfermé, il établit l’heure du départ, passe en revue toutes sortes de lieux, la chambre est vide, rien ne résonne     plus large que longue, trop lointaine pour voir     enfin appelé, et il se précipite dans la direction opposée     les piécettes jetées au fond du bassin, sous les cercles du ventre des cygnes majestueux, la blancheur en couleur.

 

amnesia 01

 

Il erre dans le temps et s’efface avec lui (les fables collent mieux à la matière des choses que les choses elles-mêmes), se retourne dans son corps animal à deux pattes mû par des rituels, des pauses, des vérifications de distances, des acrobaties maladroites lors d’écarts impromptus, des cadences chaotiques soutenues, et ni ombre ni guide ne suivent. La répétition peu à peu annule le besoin de repères et de territoire, le déplacement d’une pointe de toupie pour horizon. Le langage déporté en exercices de souffle.

… plus c’est

 

« Plus c’est vous, plus vous devenez n’importe qui…

Mais vous n’êtes les autres qu’en étant au maximum vous-même, n’est-ce pas ? »

A. Giacometti, «Entretien avec Pierre Schneider», in Écrits,  p . 262

maison

 

Grands zonards du ciel aux trajets lents et tortueux les corbeaux dérèglent les horloges, les enfants ne sont pas rentrés, au milieu des vieilles pierres la nuit abrasée de soleil, mémoires gravées ouvertes la nuit ensevelies et balayées, solides et liquides, peuplant le halo des jours, qui lui avait prédit il y a si longtemps qu’il ne reviendrait pas ?

sans suite 37

 

la chaleur enveloppe son dos, à l’arrêt il relève la tête // dans le ciel un bruit double, l’onde des hélices d’un vieil avion à chaque bout d’un arc // l’air glisse, une buse tourne juste au-dessus, une autre buse va-et-vient et délivre à vue de nez une ligne d’horizon parfaite // avant l’orage le vent enveloppe le corps comme la mer, les maïs tanguent et le sifflement strident d’un oiseau en piqué // le temps en abondance, le corps de vent, pas d’arrêt pour commencer // loué soit le vent en rafales, personne n’encombre