Amnesia ∼ 3

 

Juste à temps, avant que le souvenir ne s’efface, l’amnésique récapitule la maigre récolte dans les embruns. Pendant qu’il se meurt il prépare son grand déménagement. Les voyages qu’il n’a pas fait, les pays qu’il n’a pas vu, voilent un peu l’entrée, la porte close du premier jour.

Arrangement avec l’âme

 

Le corps émerge et meurt avant la conscience, il nous précède et nous lâche quand nous ne sommes que son ombre encombrée, ainsi que le mot sur le bout de la langue précède le langage. Dieu étant mort ou fossilisé, l’âme nous la recevrons le jour de notre mort, de croyance il restait pour tous les jours les breuvages au sang de loup qui fouettent l’âme pour in fine l’opération sans soi de ce baptême inoffensif.

bêtes comme la lune

AMNESIA 02

 

Les escaliers s’escaladent pour changer de hauteur, la raison de monter et descendre s’en trouve renforcée par la vue des fenêtres sur d’autres plongées. Ses oublis tombés fermés sur eux-mêmes, un relief érodé où d’un puit cristallin une tête sort, une vue indéchiffrable: arpenteur d’une chambre vide au sommet d’une tour, les souvenirs entassés inutilisables muets comme des carpes sur le mur.

amnesia 01

 

Il erre dans le temps et s’efface avec lui (les fables collent mieux à la matière des choses que les choses elles-mêmes), se retourne dans son corps animal à deux pattes mû par des rituels, des pauses, des vérifications de distances, des acrobaties maladroites lors d’écarts impromptus, des cadences chaotiques soutenues, et ni ombre ni guide ne suivent. La répétition peu à peu annule le besoin de repères et de territoire, le déplacement d’une pointe de toupie pour horizon. Le langage déporté en exercices de souffle.