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Le rêve déplace le monde et au réveil rien n’a eu lieu. Le rêve est l’aurore et n’a pas de main. Entre le rêve d’hier et celui de demain le jour a traversé et a rebondi, le fil du rêve imprévisible s’est effiloché, tout aussi solide. Le rêve sauve notre vie exacerbée.

Voilé de nuit, le jour à l’état de traces, l’inconscient entend la langue branlante, langue de travers, lui marche dessous dessus et se demande parfois où tu es, sans regard sur ton chemin quelconque. La pièce se perce de ses découvertes à tâtons où les échos se perdent.

Je n’ai jamais trop su ce qu’est l’inconscient, à son sujet j’ai rejoint des signes du miroir qu’un certain nombre de livres éclairent, des balises sur un terrain friable, des cryptogrammes de terrain vague. La plage tient à ce grain de sable qui m’échappe de la main, l’inconscient préfère l’arrière-plan, les héros sont une autre diversion des fantômes.

L’inconscient pourrait être cet écart, angle mort à partir duquel on inventerait un récit qui le tienne au calme. Les 3/4 de l’iceberg seront avantageusement remplacés par une sardine musarde, ou par une boite de sardine ordinaire, nature, tombée de la poubelle, à peine plus loin des sirènes, élément important sur la piste d’un fait-divers.

 

sans suite 50

 

Un grand bloc de verre sans fenêtre ouvre l’horizon tranché. Ligne de crête retournée.

Tout ce qu’il met sur l’étagère disparaît, minimaliste il s’arrange de tout.

Un vase vide et poussiéreux repose sur le napperon plastifié bariolé de fleurs.

Tout mettre ensemble, vider ce qui est plein, ranger et jeter.

Un fétiche minuscule dont la tête est taillée à angle droit.

Sans idole un doute subsiste, à qui parle t-on ? la parole ou son texte se perdent. Le monde serait celui de figurants.

Sa silhouette la solitude l’a isolé, de petits échos il se perd, le temps a mangé la porte.

La terre battue est un puits de lumière éteinte. Les arbres absorbent les pensées.

Dieu est tout ce qu’on voit Et ce qu’on ne voit pas, son jardin nu est inondé.

Ralph Grue

Atopie, aphasie (Michel Foucault)

Il paraît que certains aphasiques n’arrivent pas à classer de façon cohérente les écheveaux de laines multicolores qu’on leur présente sur la surface d’une table comme si ce rectangle uni ne pouvait pas servir d’espace homogène et neutre où les choses viendraient à la fois manifester l’ordre continu de leurs identités ou de leurs différences et le champ sémantique de leur dénomination. Ils forment, en cet espace uni où les choses normalement se distribuent et se nomment, une multiplicité de petits domaines grumeleux et fragmentaires où des ressemblances sans nom agglutinent les choses en îlots discontinus; dans un coin, ils placent les écheveaux les plus clairs, dans un autre les rouges, ailleurs ceux qui ont une consistance plus laineuse, ailleurs encore les plus longs, ou ceux qui tirent sur le violet ou ceux qui ont été noués en boule. Mais à peine esquissés, tous ces groupements se défont, car la plage d’identité qui les soutient, aussi étroite qu’elle soit, est encore trop étendue pour n’être pas instable; et à l’infini, le malade rassemble et sépare, entasse les similitudes diverses, ruine les plus évidentes, disperse les identités, superpose les critères différents, s’agite, recommence, s’inquiète et arrive finalement au bord de l’angoisse.

Michel Foucault, les mots et les choses, NRF Gal. 1966, Introduction, p 10.

L'heure du loup (1968) - Ingmar Bergman +L'heure du loup (1968) - Ingmar Bergman 2L'heure du loup (1968) - Ingmar Bergman 3

fenêtres

 

Emprisonné dans son sketch, incapable d’en sortir, nuit blanche dans le sketch non reconnu au matin, s’éroder, marcher sur l’allée comme si la tête sortait de l’encadrement d’une fenêtre.

Dans le jardin le domicile des oiseaux, leur voyage immobile. Sortir de la maison, surprendre le lent balancement de la branche au vent, gueuler au passage de l’avion à réaction, revenir sur la branche au vent, silence qui n’a jamais pris fin, ciel gris invraisemblablement haut, journée où il ne se passe rien, un vrai don.

Fenêtres, laissez entrer les nomades, élargir les murs, ce que je faisais avant, tête en l’air, je le refais maintenant mais obligé de m’appliquer, d’aller d’un pas plus lent.

Tu cherches au levé comme hier il n’y a personne, comme autrefois hier tu t’étais mis en colère, l’île étouffante, par chance tu es resté planté dans ton jardin, dans son tour minutieux, ça n’était pas si mal. Quand les jours glissent ainsi qu’un beau jour à la hâte tu entres dans le bateau de marbre car a commencé le chemin de l’exil.

 

Yamamoto Masao

VENT D’OUEST – Jean-Luc Godard

 

 

(voir sur lundimatin)

de l’avenir du parc

 

Du troc de coquillages et cailloux rares ceux qui ont roulé sous terre préoccupent. Les animaux en voie d’extinction si nombreux se réveillent d’une tuerie et d’un rêve accourent vers les grottes. Ce seront des parcs, des sanctuaires. La préservation des espèces passe par leur domestication, les dieux sont aimés morts, si nous les appelons encore dieux c’est pour être leur sauveur, nous les aimons conjurant la contagion des petites figures, l’esclave est par définition très mal éduqué. Le parc met les animaux en valeur sans leur faire aucun mal (leur valeur est assurée) ils œuvrent par eux-mêmes à leur émancipation en version augmentée, enfin quelqu’un avec qui parler.

La montagne elle-même, sans plus aucun animal, est spontanément, viralement, devenue emblème, parc d’attractions que l’on voit de loin. Sur ses flancs des files humaines longent des couloirs aux rampes sécurisées. Vu du ciel la boucle se referme. Des arbres subsistent accrochés à la pente du précipice, dommage qu’il soit interdit de les couper.

REUTERS:SCANPIX - Cygne augmenté
(@Reuters) – Cygne augmenté
(Du film d' Adam Curtis - It Felt Like a Kiss-
(Du film d’ Adam Curtis – It Felt Like a Kiss-)