sans suite X

divisés du monde, d’autant par le miroir démultipliés, se tenant devant comme des originaux

la tête ne suit pas et l’esprit va dormir, la porte royale poussée, ainsi l’ambition ouvre la voie

la bourrasque me déporte, m’enfonce à flanc de forêt, glissade, banc de feuilles mouillées, pas trouvé mieux, troncs évités. au bout un chant d’été crépusculaire à la surface du ruisseau devenu torrent lent et épais

les animaux affamés se perdent, il pleut sans cesse depuis des jours. dissiper le temps, accompagner la promenade du chien

sage loup qui nous apprend depuis la première rencontre ce que ne voulons ni voir ni savoir

des bois, des forêts, tour à tour la charrue et celui qui ne la pousse pas

le roulement des pavés dans les brouettes et les mauvais chemins

avec l’idée fixe d’escalader la montagne immobile, léger progrès dans la pensée

sans mouvement, et sans répit. usure, effacement des limbes. le nom et la fonction des objets s’échappent, attendant leur disparition

calme après la tempête, les portes de l’attente baillent, le calme grandit, au guet balaye tout ce qui arrive

grande neige du dimanche, aucun pas sur le chemin, toute la lumière tombe en silence, rosée du lointain vole dans le ciel de demain. puis au dos le bleu du ciel, terrasses au désert

le papillon, le verre qui tombe, qu’il y ait vents, courants, ou pas, les pierres dérivent, des bras les lancent des sommets

condition d’humanité

Il est possible que la passivité où plonge la honte individuelle, ou la faiblesse à laquelle voue l’humiliation sociale, ou la vulnérabilité qui creuse d’heure en heure la contemplation solitaire, explorent plus la condition de l’humanité que l’orgueil d’appartenance, les rapports de force à l’intérieur du groupe, le fonctionnement haineux, belliqueux, attroupant, excité, qui le réconforte.    Pascal Quignard, Les désarçonnés, Grasset, p 312

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(pétales d’hibernation)

tout est devenu plus vrai

« Avez-vous remarqué que dans ce siècle tout est devenu plus vrai, plus véritablement soi-même? Le soldat est devenu un tueur professionnel; la politique, du banditisme; le capital, une usine à détruire équipée de fours crématoires; la loi, la règle d’un jeu de dupes ; l’antisémitisme, Auschwitz; le sentiment national, le génocide. Notre époque est celle de la vérité, c’est indubitable. Et bien que par habitude on continue à mentir, tout le monde y voit clair; si l’on s’écrie : amour, alors tous savent que l’heure du crime a sonné, et si c’est : loi, c’est celle du vol, du pillage. (…) N’oublions pas qu’Auschwitz n’a pas été liquidé pour avoir été Auschwitz, mais parce que la fortune des armes a tourné ; et depuis Auschwitz, il ne s’est rien passé que nous aurions pu vivre comme la réfutation d’Auschwitz. En revanche, nous avons connu des empires fondés sur des idéologies qui se sont avérées dans la pratique n’être que de simples jeux de mots et c’est justement leur nature de jeu de mots qui les rendaient si utilisables, c’est-à-dire en faisait des instruments de terreur efficaces ». Imre Kertész, Un autre, (1997) pp. 84-85

sans suite IV

Chacun jouait à merveille son rôle, improvisant, convaincu de partager, yeux dans les yeux inouïs. C’était une merveilleuse soirée de sourd et borgne sans images réfléchies dans le miroir. Les personnages de roman allaient pouvoir souffler à coeur joie et tout se raconter

Brouiller sa trace figurait au rang des actes indispensables, magie de bazar pour roi nu. Aux grandes fêtes les invités gais et déterminés, en sortant, se fiaient aux taches d’étoiles dans la brume

Son corps a deux fois plus de certitude que lui. Il s’y penche, s’arrange, y met toute son attention, se tient coi. De quelle certitude? Rien ne presse à dire. Uniquement ne pas perdre de vue le bord de la scène

Revenir, s’approcher du point de départ, encerclé, dépassé par la distance au grain de sable

Un dieu dilettante m’a ordonné d’élever un autel à la gloire de la rigueur

La terre est le paradis que nous n’aurons pas connu

Je crache le morceau : la pomme est le paradis des lombrics

Nourrir la nuit du gyrophare. Blanchir d’ancien sarcophage

Les assassins sont les experts du protocole

Chet’s Romance

« Chet’s Romance », filmé par Bertrand Fèvre dans un studio parisien (le Clap’s studio) un 25 novembre 1987, quelque temps avant sa disparition.