le chemin vers la maison

 

« Qu’on voie la force de persuasion de l’air après l’orage ! Si je ne résiste pas, mes mérites m’apparaissent et me subjuguent.

J’avance à grand pas et ma cadence est celle de ce coin de la rue, de cette rue, de ce quartier. Je suis à juste titre responsable pour tous les coups donnés aux portes, sur les assiettes des tables, pour tous les toasts, pour les couples d’amoureux dans leur lit, sur les échafaudages des nouveaux bâtiments, serrés aux murs des maisons dans les ruelles sombres, ou sur les canapés Ottoman des bordels.

J’évalue mon passé en le comparant à mon avenir, trouve cependant les deux excellents, ne peux cependant préférer aucun des deux, et je dois seulement réprouver le caractère injuste de la Providence qui me favorise ainsi.

C’est seulement lorsque j’entre dans ma chambre que je suis un peu pensif, mais sans avoir trouvé quelque chose qui mérite qu’on y réfléchisse en montant les escaliers. J’ouvre grand la fenêtre, dans un jardin on joue encore de la musique – mais cela m’aide peu. »

Publié dans la revue Hypérion, n° de janvier-février 1908, Franz Kafka, Traduction : Laurent Margantin

les trois grandes gorges-Chen-jiagang, 2011-Ville de Fuling.jpg

bouche de Cléopâtre

plan monde

allongé sur la crête, tête relevée, bras ouverts, ligne de flottaison étendue, un lent murmure ordonnance l’assaut

toupie dans le ciel

– 

Henri van Noordenburg, Composition lHenri van Noordenburg, Composition lI,

« Stabilité. Je ne veux pas me développer dans un sens défini, je veux changer de place, c’est bien, en vérité, ce fameux « vouloir-aller-sur-une-autre-planète », il me suffirait d’être placé juste à côté de moi, il me suffirait de pouvoir concevoir comme une autre la place qui est la mienne. » Kafka, Journal, 24 janvier 1922

suspension virgule

« Les gens se plaignent souvent que la musique est trop ambiguë, c’est ce qu’ils doivent penser quand ce qu’ils entendent est si peu clair, alors que tout le monde comprend la signification de chaque mot. Avec moi, c’est exactement le contraire, et pas seulement en ce qui concerne le sens d’un discours, mais encore en ce qui concerne les mots eux-mêmes. Ceux-là me semblent si ambigus, si vagues, et si facilement mal compris par rapport à la musique authentique. Les pensées qui s’expriment à moi par la musique que j’aime ne sont pas trop imprécises pour ne pas pouvoir être mises en mots, mais au contraire, trop précises. Les mots ne signifient jamais les mêmes choses selon les personnes. Seul un morceau peut dire la même chose, peut susciter les mêmes sentiments pour une seule personne comme pour toutes autres, un sentiment qui n’est toutefois pas exprimé des mêmes mots. Les mots ont plusieurs significations, mais la musique nous pouvons la recevoir dans une même intelligence. » Mendelssohn – Lettre à Marc-André Souchay, 15 Octobre 1842

Sur sa pierre de fondation des « Lieder ohne Worte» Mendelssohn lui-même saupoudra des paroles, des broderies à raccroc de je ne préfère mieux pas mais. La musique ne supplée pas les mots mais peut les absenter, leur donner l’illusion de transparence par des caresses d’oubli, les étourdir de labilités vagues et solubles en veux-tu les voilà, soulageant et rechargeant l’insatiable pensée d’une nostalgie de l’origine. Les grottes, et les caves elles-mêmes, en demi-teintes, en demi-jour, retrouveraient un peu d’hospitalité. A l’horizon le doux soleil suffit aux choses, l’adieu docile de la musique s’écoule jusqu’à nous, nous refait signe.

Jankélévitch dans La Musique et l’Ineffable rend à notre enfance d’autres joutes classieuses ; « Ces quatre hommes en noir qui ne racontent rien, s’égayent ou s’attristent pour rien, gesticulent dans le vide, c’est un quatuor à cordes. […] Il y a quelque chose d’étrange dans le sérieux infini avec lequel les auditeurs s’appliquent à cet harmonieux bredouillage sans signification ; il y a quelque chose de comique, quand on connaît la frivolité des hommes et la nature futile de leurs soucis, dans ce religieux silence qu’ils observent au concert et dans cette crainte maniaque d’être distraits. »