suspension virgule

« Les gens se plaignent souvent que la musique est trop ambiguë, c’est ce qu’ils doivent penser quand ce qu’ils entendent est si peu clair, alors que tout le monde comprend la signification de chaque mot. Avec moi, c’est exactement le contraire, et pas seulement en ce qui concerne le sens d’un discours, mais encore en ce qui concerne les mots eux-mêmes. Ceux-là me semblent si ambigus, si vagues, et si facilement mal compris par rapport à la musique authentique. Les pensées qui s’expriment à moi par la musique que j’aime ne sont pas trop imprécises pour ne pas pouvoir être mises en mots, mais au contraire, trop précises. Les mots ne signifient jamais les mêmes choses selon les personnes. Seul un morceau peut dire la même chose, peut susciter les mêmes sentiments pour une seule personne comme pour toutes autres, un sentiment qui n’est toutefois pas exprimé des mêmes mots. Les mots ont plusieurs significations, mais la musique nous pouvons la recevoir dans une même intelligence. » Mendelssohn – Lettre à Marc-André Souchay, 15 Octobre 1842

Sur sa pierre de fondation des « Lieder ohne Worte» Mendelssohn lui-même saupoudra des paroles, des broderies à raccroc de je ne préfère mieux pas mais. La musique ne supplée pas les mots mais peut les absenter, leur donner l’illusion de transparence par des caresses d’oubli, les étourdir de labilités vagues et solubles en veux-tu les voilà, soulageant et rechargeant l’insatiable pensée d’une nostalgie de l’origine. Les grottes, et les caves elles-mêmes, en demi-teintes, en demi-jour, retrouveraient un peu d’hospitalité. A l’horizon le doux soleil suffit aux choses, l’adieu docile de la musique s’écoule jusqu’à nous, nous refait signe.

Jankélévitch dans La Musique et l’Ineffable rend à notre enfance d’autres joutes classieuses ; « Ces quatre hommes en noir qui ne racontent rien, s’égayent ou s’attristent pour rien, gesticulent dans le vide, c’est un quatuor à cordes. […] Il y a quelque chose d’étrange dans le sérieux infini avec lequel les auditeurs s’appliquent à cet harmonieux bredouillage sans signification ; il y a quelque chose de comique, quand on connaît la frivolité des hommes et la nature futile de leurs soucis, dans ce religieux silence qu’ils observent au concert et dans cette crainte maniaque d’être distraits. »

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