nous ne chanterons

Ossip Mandelstam,  cachots de la Loubianka
Ossip Mandelstam, à son entrée dans les cachots de la Loubianka (le 3 mai 1938)

Nous mourrons comme meurt la piétaille,

Mais nous ne chanterons ni le pillage, ni la corvée, ni le mensonge !

Du jour au lendemain, Alain Veinstein reçoit Ralph Dutli pour sa biographie « Mandelstam, mon temps, mon fauve » (Le Bruit du temps / La Dogana)

l’errance, l’ennui

Stranger Than Paradise (VOSTFr.) /Jim Jarmusch / 1985

L’errance, tout court. « À vouloir se rejoindre parfois on se perd »

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in Peter král, Notions de base, éd. Flammarion, p 196:

L’ennui

 Seulement dans la paresse nous nous approchons de Dieu – et lui ressemblons –, en nous arrogeant le droit de perdre du temps qu’il nous dénie jalousement. La fainéantise est un luxe, elle libère notre être à l’état pur, soudain dégagé du flux des travaux, des activités, des devoirs à remplir, à l’image de l’immobile substance dont nous sommes des pousses frétillantes. Fainéantise, ou séjour dans et avec l’ennui : plus nous nous languissons et bayons au corneilles, plus nous plongeons dans l’être en soi et le remuons en nous à l’égale de la substance d’origine, avant que, par ennui, elle n’ait décidé de nous engendrer et de s’amuser un peu de nos allées et venues. À notre tour, nous retrouvons dans l’ennui un peu d’unité première et l’explorons tautologiquement de l’intérieur, voulant à la fois tout et rien de précis, devinant partout alentour des chances inconnues sans nous laisser tenter par aucune. Il suffit de voir Laurel alors qu’il reste un moment seul, sans Hardy, dans la cabine d’un yacht : tantôt il commence à pleurnicher et tantôt il arbore un sourire d’idiot, à peine il entreprend l’examen d’un nœud de bois que, déjà, il se gratte la tête d’un geste perdu. Nul doute qu’il est alors divin, si magistralement il s’ennuie…

L’aptitude à l’ennui est certes aussi un art, qu’il faut d’abord acquérir et qui n’est pas donné à tous. Le plus important est de traiter l’ennui avec patience, de le prendre pour une chance sans l’esquiver, ou même se mettre par ennui à faire quelque chose. Ne pas s’ennuyer avec lui, bien au contraire : s’y plonger et le développer comme tel, par un honnête tournoiement à l’intérieur du cercle où il nous enferme. Ne pas plus chercher à bêcher le potager qu’à écrire un poème, ne se battre pour rien ; éviter de se priver, sous prétexte de libération, du peu qui nous est donné. Il suffit de varier un peu la façon dont on fait tourner le verre et sonner les glaçons au fond, de glisser à nouveau du regard sur le titre du livre qu’on ouvre pas. Il va de soi que nous en serons punis, toute société parvenue à l’art subtil de l’ennui a dû périr impérativement. Même dans un village perdu, désormais, pend avant les vacances une affiche avec la menace des amuseurs locaux : « cet été, vous n’arriverez pas à vous ennuyer ». De nouveau il nous faut nous asservir, nous rappeler à l’ordre et nous soumettre au maître jaloux. 

ouvrir sa gueule!

je découvre à l’instant, frais de ce jour, BONJOUR MADAME LA TERRE, le mercredi 3 juillet 2013 à 7h21 

dernier test avant extinction

Tandis que les services secrets du FSB et du FBI négocient Snowden par-dessus les jambes fatiguées et increvables des experts-représentants ès com’ et business alertés altérés soudain et courant précipitamment après leurs boulons juste le temps d’interdire le survol de leur territoire à Evo Morales. Les territoires du terrain de jeu soumis aux lois de la NSA interdisent qu’un membre se détache de l’aile de la grande puissance, à la grande puissance être for ever. Le drôle, au moins, dans cette affaire NSA, à propos de ces livreurs de bisournous, c’est en live l’affichage aux yeux de tous de leur offuscation sans fard face à l’ampleur des révélations de Snowden (mais c’est le propre du berné que de l’avoir été longtemps, non sans complicité à en tirer quelque profit, avant de se réveiller à la nuit tombée, groggy grognons sous les bruyantes pertes, de protester de n’avoir plus personne sous leur masque trogné d’honorabilité). « La faute » de Snowden sera la nôtre à tous, l’austérité étant notre vrai dieu unique. Mais s’est-il vraiment passé quelque chose? l’information secrète énorme reste un bouchon dans un flux d’événements, une vague à surfer, un nuage, une noyade, un mur à creuser, prétexte à scénariser la repentance publique, d’un bout du tunnel à repeindre pour couvrir l’irrémédiable sans issue. La plupart du temps, hélas ou tant mieux, il suffit au berné de s’éteindre suivant la lueur de son tuba de plongée la surface de quelques traces, d’épaisseur de poussières, de brins, de poudre indolore, au grès accumulés, jusqu’à la dernière seconde, d’arborer un tricot de gloire posthume, revanche à ce qui s’est rit du destin. Pour nos bernés du jour, le consentement reboote simplement sa langue de bois de nobélisée 2012. Mais comme ça devient dur pour s’entendre, et pour eux de ne pas se prendre dans le tapis, pour nous va sans dire

Un tuba embarqué sera notre nouvel emblème

moments humains dans la troisième guerre mondiale

(In Don Delillo, L’Ange Esmeralda, nouvelles traduites de l’américain par Marianne Véron, éd. Actes sud)

« le temps qu’il fait » d’un 18 mars 2009 à érosion fatale

Je venais de relire mon billet « Le 18 mars 2009 : fin du capitalisme » pour pouvoir en parler, du coup (il était 5h ce matin), je dis : « Nous sommes le 18 mars 2013 » – ne me croyez pas : nous sommes bien le 28 juin 2013 ! Après je parle du « 28 mars » 2009, misère !

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