luxury problems

Il est néanmoins vrai qu’un homme qui cherche une belle fille a souvent tendance à se persuader, l’espace d’un moment que Dieu existe…

Tropiques, Clément Rosset, p 24                

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Andy Stott – Luxury Problems

il a enfin découvert la forme de ses fesses, s’est réveillé de son état méditatif; le cercle original et les courbes de lumières les a déshabillées. le fantasme sorti, réalisé, comprime le voyeur. qui n’avait d’yeux que pour ses lèvres et son battement de paupière, elle qui avait choisi de ne pas parler. la lune drapait sa nudité. les pieds s’enfonçaient dans la mousse. le ciel descendait le long du lierre laiteux. sous l’arbre les corbeaux murmuraient, décillés.

le temps n’est rien

« Une des caractéristiques de l’art de Ver­meer, comme peut-être de tout art, parvenu à un cer­tain degré de noblesse, est de peindre des choses, et non des événements. Le monde que perçoit Vermeer n’est pas celui, muet à jamais, des événements insi­gnifiants, mais celui de la matière, éternellement ri­che et vivante. L’anecdotique, pourrait-on dire, y a chassé l’anecdotique : le hasard d’un moment de la journée, dans une pièce où rien d’important ne se passe, apparaît comme l’essentiel d’un réel dont les événements apparemment notables constituent au contraire la part accessoire. De ce réel saisi par Vermeer le moi est absent, car le moi n’est qu’un évé­nement parmi d’autres, comme eux muet et comme eux insignifiant. Il n’y a d’ailleurs pas d’autoportrait de Vermeer, et la biographie du peintre tient en dix lignes anodines. Cependant Vermeer semble bien s’être peint une fois, par un jeu de double miroir : dans cette toile sans nom précis, aujourd’hui appelée L’Atelier. Mais le dos, comme un peintre quelconque, qui pourrait être n’importe quelle autre personne occupée à sa toile. Rien, dans le costume, la taille, l’attitude du peintre, qui puisse être regardé comme signe distinctif, rien donc qui fasse état d’une com­plaisance quelconque du peintre à l’égard de sa pro­pre personne. Dans le même temps cet « atelier », comme toutes les toiles de Vermeer, semble riche d’un bonheur d’exister qui irradie de toutes parts et saisit d’emblée le spectateur, et qui témoigne d’une jubila­tion perpétuelle au spectacle des choses : d’en juger par cet instant de bonheur, on se persuade aisément que celui qui a fait cela, s’il n’a fixé dans sa toile qu’un seul moment de sa joie, en eût fait volontiers autant de l’instant d’avant comme l’instant d’après. Seul le temps lui a manqué pour célébrer tous les instants et toutes les choses » . Cl. Rosset, Le réel et son double.

Fernando António Nogueira Pessoa, Bourvil et Cl. Rosset

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« … Parce que penser, c’est ne pas comprendre…

Le monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui

(Penser c’est être dérangé des yeux)

Mais pour que nous le regardions et en tombions d’accord… »

Fernando António Nogueira Pessoa, Le Gardeur de troupeaux, II.

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(…) Moi j’aime les arbres parce qu’ils sont arbres, sans ma pensée (…)

Fernando António Nogueira Pessoa, Poèmes désassemblés

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La casquette et le cache-col d’André Raimbourg, natif de Bourville, alias Bourvil

L’idée philosophe de clément rosset

hors de tout propos

« […] le réel est là et a toujours été là, la où les hommes s’entretuent apparemment à son propos quoique en fait hors de tout propos, puisque la réalité à laquelle ils participent leur demeure invisible. »
Le monde et ses remèdes — Cl. Rosset, Paris, PUF 1965