L’attachement tient à des nœuds indémêlables, innombrables, le mur de lierres et de pierres soulève le toit, l’hydre décapitée.
Les flammes prennent existence par elles-mêmes. Entre ciel et terre, traces des passages, glaciers de feu, formes en magma, étincelles béantes au désert.
Pour passer de cet espace à cet autre, l’intervalle était à coté de la plaque, la réalité de l’espace qu’on s’imaginait était toute autre rencontrée, dure et plus transparente, plus haute ou plus basse, sans bord, sablonneuse, identique et non reconnaissable. Certains disparus s’obstinant à l’effacer.
La neige, les arbres, le thé, le corbeau étincelant.
Ils ont mangé les domestiques et sont encore affamés. La chance de changer le monde s’avère aussi problématique que de vouloir le sauver. Les troupes captives sans ordre ni récompense se décomposent. L’exosquelette qui traîne ce paralytique cherche une tête. Les managers pétrifiés par le silence se terrent sous leurs châteaux de sable. La démotivation tout autour réjouit. Derrière les rideaux d’un chalet enneigé les grands-mères s’insultent au tournoi de Loto. La voie du milieu triomphe en d’illusoires cercles. Blancheur et rude corbeau sans cape font tournoyer les portes ouvertes sur la nuit au petit vent qui passe.
« L’homme commence par le principe : « toute grandeur est égale à elle-même et finit par peser le soleil et les planètes ». Il prétend qu’il est fait à l’image de Dieu, mais, là-bas, il boit avec avidité l’urine de l’immortel lama, construit des pyramides éternelles, le Louvre, Versailles et Sans-souci et, considère avec ravissement une cellule d’abeilles et une coquille d’escargot, navigue autour de la terre avec une aiguille, appelle Dieu, ici, l’être le plus actif, et là-bas, l’immobile. Ici le vêtement des anges est un rayon de soleil et au Kamtchatka, une fourrure de glouton. Ce qui m’a toujours beaucoup plu chez l’homme, c’est qu’il puisse construire le Louvre, les pyramides éternelles et Saint-Pierre-de-Rome, tout en considérant avec ravissement une cellule d’abeille ou un escargot dans sa coquille. » / Georg Cristoph Lichtenberg, Aphorisme, p 89, l’arbre double, les presses d’aujourd’hui, Second cahier (1772-1775).
« sni sni / bah bah / heng heng / heing heing, ho ho / » dessin à la plume de G. C. Lichtenberg, 1775
« L’homme. — Toute grandeur est égale à elle-même, dit-il, et il pèse finalement le soleil avec les planètes. Il connaît le temps de l’occultation des planètes les plus éloignées et ignore quand disparaitra le monde qui constitue son corps. Je suis créé à l’image de Dieu dit-il, et là-bas, il boit l’urine de l’immortel lama. Contemple avec émerveillement une cellule d’abeille et peut lui-même construire des églises Saint-Pierre. Jette des grains par le chas d’une aiguille ou l’aimante avec une pierre et trouve son chemin sur la mer. Tantôt, il nomme Dieu ici l’être le plus actif, là l’immobile ; il habille les anges tantôt de soleil, tantôt d’une fourrure de glouton (Kamtchatka), tantôt il adore des souris ou des verres de terre ; ici il croit à un Dieu pour qui mille ans sont comme pour nous le jour qui s’est écoulé hier, et tantôt à aucun Dieu. Se tue lui-même, se divinise lui-même, se châtre lui-même, flambe et se débauche jusqu’à la mort, fait des vœux de chasteté et brule quelqu’un… à cause de Troie. Mange ses semblables, son fumier… (mieux digéré, mieux ordonné) ». / Georg Cristoph Lichtenberg, Aphorisme, p 159-60, l’arbre double, les presses d’aujourd’hui, Troisième cahier (1775-1799).
« Le plus grand secret, celui qu’on a enseigné à tant d’hommes et que tant d’êtres humains apprendront encore, celui qu’on vous révèle habituellement sur les places publiques, que personne n’a jamais trahi et ne trahira jamais — la sensation d’un homme à qui on tranche la tête. » Georg Cristoph Lichtenberg, Aphorisme, p 102, l’arbre double, les presses d’aujourd’hui.
« Tout tableau est une tête de Méduse » Le Caravage
Toit d’argile sombre, soleil, ciel bleu, verts intenses, champs humides balayés, vent sec qui égalise le vide, l’arbre peu à peu mêlé aux formes voisines. // L’odeur de la pluie creuse soudain le dehors comme une vieille madeleine vidée de son goût, le vide lové dans les pierres du muret. Puis expulsé, repris dans les plis froissés des apparences. // Les coteaux tellement mouillés de pluies qu’au premier soleil ils se raplatissent telle l’éponge qui dégorge. // Drones bourdonnant au-dessus des champs couchés, les apiculteurs en plastique sortent du moule des anges, l’air s’infiltre dans les caveaux, l’eau du ciel toute avalée. // La rêverie de la nature se débarrasse de nos nuits. Le froid accélère le passage entre les nappes de brouillard. // « Nature », guillemets comme des braises humides, cheminée sans feu. // Les montagnes sont encore au fond de la rivière. Dieu a tout fait à la même seconde où notre contemplation va exténuée dans les plus noires grottes.