SANS SUITE 40

 

en entrant dans la nuit chaque jour cherche une sortie    la nuit d’hiver couvre le croassement blanc   le bruit ne s’échappe pas, il tombe    l’éternel silencieux cache sous le sable l’imparfait alphabet d’une langue sans lecteur     imaginer ceci faire cela sans savoir quand ça a commencé    la glace lumineuse suspendue sous la rivière ivre, dans la lumière l’air gélif   de la cendre compactée dans la résine, fatigue de la lumière, les cendres n’ont que le vent

Emeric Lhuisset ( http://www.emericlhuisset.com/ )

AMNESIA 02

 

Les escaliers s’escaladent pour changer de hauteur, la raison de monter et descendre s’en trouve renforcée par la vue des fenêtres sur d’autres plongées. Ses oublis tombés fermés sur eux-mêmes, un relief érodé où d’un puit cristallin une tête sort, une vue indéchiffrable: arpenteur d’une chambre vide au sommet d’une tour, les souvenirs entassés inutilisables muets comme des carpes sur le mur.

SANS SUITE 39

 

Frontières invisibles celles que des animaux perdus bordent, figés   /   Pour éclore de la roche la saxifrage se hisse à la pointe des feuilles, voix sans langue où rumine le futur, où les frontières verticales prospèrent   /   Sous la saxifrage éclosent des plantes qui éclairent le ciel, éblouissent le brouillard   /   Des conseils cryptiques variés sortent de la bouche d’animaux morts, comme fleurir dans la caillasse   /   Des labyrinthes voués à perdre les corps, des églises qui essaiment    /   De l’inconscient comme pont qu’en parasite le langage traverse.

noire et blanche, blanche et noire solitude

 

« Je suis célèbre ? Ça c’est la meilleure ! » (Thelonious Monk in « Straight, No Chaser »)

« Ces pièces ont été écrites de manière à avoir quelque chose à jouer et à intéresser les chats à venir en répétition »

Conseils de Thelonious Monk à ses musiciens (retranscrits par Steve Lacy en 1960)

dépassé

 

Rien ne mord, le poisson et l’hameçon sont absents, le temps se noie dans le courant qui avance, puis recule et à la fin verse, la journée s’annule, le vent la pluie remontent en pleine face. Renonçant à débusquer les illusions il rentre à la maison, livré à leurs effets secondaires, versant soporifique ; au chaud près de lui des dormeuses muettes discrètes actives et limpides le déplacent, poussent les meubles de leur place, changent l’adresse et l’emplacement des ronds-points. Le gardien de musée s’égare en directions contraires, le jour la nuit on ne sait pas si lointains. La mort de l’eau, la mort du lent, des arbres, des âmes, des animaux, tout est donné, la scène se découpe, le cours est rapide, indulgent, la suite inextinguible, y être ou pas se ressemblent, la mer redevient calme, la voile de travers hissée et défaite quand le vent souffle au fond des cales, un grain de lumière, une vague, la rouille, ou des mots qui murmurent, la pluie qui glisse, entrée frontale dans les pierres à respirer le feu, pierres à nos corps, des pierres levées lestent son corps presque sans poids, à l’équilibre, qui le dépassent.

Site archéologique de Girsu, Emeric Lhuisset https://www.imarabe.org/fr/expositions/last-water-war-ruins-of-a-future-par-emeric-lhuisset

arrivé là

 

La maison par miracle fut retrouvée, la porte poussée, avec le perdu nez à nez qui avançait encore. Désolé je ne me rappelle de presque rien, j’étais perdu, ce n’était pas loin, ça devait se retrouver. Quand tu poursuis le chemin du milieu qui tombe au plus mauvais moment. Quand nous l’avons su il était déjà trop tard. Tu veux savoir, tu ne voulais pas l’entendre, nous étions arrivés à ce point là depuis longtemps et nous ignorions que nous finirions là, nous n’arrivons même plus à le voir.